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l'heure du conte

Petite-lune-de-Noel

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

La lune, derrière un gros nuage, essayait d'apercevoir la Terre. On lui avait raconté que cette nuit le Père Noël allait venir et elle ne l'avait encore jamais vu. C'est une toute nouvelle lune.

Elle espérait pouvoir lui être utile en éclairant les toits des maisons. Il ne fallait pas qu'il glisse ou encore qu'il se trompe de cheminées!

Mais ce nuage restait là, sans bouger.

- Ce n'est pas grave se dit-elle, si je ne le vois pas ici, je le verrais sans doute un peu plus loin, un peu plus tard.

Il faut vous dire que la lune, toute nouvelle qu'elle était, savait bien que la terre n'allait pas s'arrêter de tourner, même la nuit de Noël. Alors si elle ne voyait pas le Père Noël descendre sur les toits australiens, peut-être aurait-elle la chance de le voir lorsqu'il arriverait en Europe, ou alors un peu plus tard, en Amérique! Le nuage lui, ne pourrait pas faire ce long voyage.

Effectivement la petite lune ne s'était pas trompée! Juste au dessus de l'Europe le ciel était tout dégagé et elle avait une vue magnifique sur le vieux continent.

Enfin elle l'aperçut! Un tout petit homme habillé de rouge avec un grand sac sur l'épaule! Mais oui! C'était bien lui, le Père Noël!!

Et, bien qu'elle fut à des kilomètres de lui, la petite lune, qui éclairait de toutes ses forces le chemin du Père Noël, le vit se tourner vers elle et lui faire un clin d'œil pour la remercier. La petite lune n'osait plus bouger!

Au matin, lorsque le soleil arriva sur l'Amérique la lune en le croisant lui dit tout simplement:

"Moi, je l'ai vu!! Joyeux Noël Soleil!"

Puis elle repartit vers une autre journée.

Marie

Lu  sur :  http://www.momes.net/Comptines/Contes/Petite-lune-de-Noel

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte 2021 : La montagne magique

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Voici revenu le temps de notre conte de l'Avent.

Jour après jour, chapitre après chapitre, nous allons vous rapporter une nouvelle histoire de notre vieille amie, la femme sans âge du pays de n'importe où.

Êtes-vous bien installés? Nous pouvons commencer ...

Lundi 29 novembre 2021

Il y a quelques jours, le brouillard est tombé sur notre campagne. Une véritable purée de pois , si épaisse que c’est à peine si nous pouvions voir le bout des volets lorsque nous les avons refermés.

Le jardin avait disparu. Un silence poisseux régnait et l’humidité nous étouffait. Nous refermâmes vite les fenêtres en frissonnant, décidés à rester retranchés dans la maison. Nous nous sentions bien seuls au monde…

Bien seuls ? Pas tout à fait car nous entendîmes une voix bien connue derrière nous :

« Vous vous sentez seuls au monde ? »

Mais, oui ! C’était la femme sans âge du Pays-de-n’importe-où, qui raconte des histoires de n’importe quoi et qui rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter des histoires si étonnantes que l’on ne peut s’empêcher de les écouter et … d’y croire.

Nous fûmes tout contents de la recevoir !

« Bonsoir, bonsoir chère amie ! Nous voici moins seuls avec vous malgré ce brouillard qui nous isole tant! »

« Mais, ce n’est rien chers amis ! Si vous saviez comme une montagne du Pays-de-n’importe-où a pu être isolée au point de disparaître dans un vide total pendant des temps infinis ! » 

« Ah bon ! Racontez-nous ... »

«Alors, installez-vous confortablement et écoutez ceci... »

Mardi 30 novembre 2021

Il était donc, au Pays-de-n’importe-où, une montagne dont le sommet était si haut et si perdu dans le vide que tous les nuages, les brouillards et les neiges s’y accumulaient au point de le cacher totalement. De la vallée nul ne pouvait le voir. C’était comme si la montagne était tronçonnée et surmontée d’un grand vide sombre et maléfique.Comme si une gomme géante l’avait effacé.

Personne n’avait l’idée saugrenue et téméraire de s’y aventurer, de près ou de loin. Le vide, c’est trop dangereux et cela manque bien d’intérêt, disait-on. Que pourrait-il donc pousser dans le vide ? Qui pourrait vivre, ou plutôt survivre dans le vide ? D’ailleurs personne n’était jamais descendu de ce vide...

Non ce grand espace obscur et absent était totalement oublié des regards et des mémoires. Autant se tourner vers les rayons du soleil et les innombrables richesses qu’ils éclairent…

Mais les gens de la vallée se trompaient bien. Cette absence de sommet, ce vide absolu, inaccessible à leurs regards était habité !

Mercredi 1er décembre 2021

Oui, mes bons amis! Cet espace vide, ce grand néant, cet invisible insondable abritait des êtres humains ! Oui, des êtres humains ! Mais si particuliers qu’on ne pouvait les trouver qu’au Pays-de-n’importe-où, bien sûr !

C’étaient les Impavides. Ils n’étaient pas très nombreux, deux ou trois familles, mais ils avaient tous la particularité de ne pas parler. Sans doute influencés par le grand vide qui les cernaient et l’absence totale de relation avec d’autres populations, ils ne communiquaient que par des regards et des mimiques. Et encore, ils économisaient leurs gestes comme si le vide les habitaient aussi.

En fait, les Impavides étaient un petit peuple à la fois calme, tranquille, impassible, serein, placide, imperturbable, indifférent et surtout très silencieux.

Un dialogue chez les Impavides ressemblait à ceci :

-(vide) ?

- (vide) !

- (vide), (vide) ??

- (vide), (vide), (vide) !!!

Ce que l’on pourrait traduire si les regards étaient gais par :

-ça va ?

-ça va !

-ça va bien ??

-oui, ça va très bien !!!

Mais si le regard était sombre :

-ça va ?

- bof !

-ah bon ??

-à quoi bon !!!

Qu’importe ! Ils vivaient ainsi, sans se soucier ni du vide ni de l’au-delà du vide. Ils ne gênaient personne ; ils n’étaient gênés par personne.

Jeudi 2 décembre 2021

Les Impavides ne parlaient pas et ne ressentaient aucune grande émotion : ni joie, ni tristesse, ni peur, ni colère, ni dégoût, ni gentillesse, ni méchanceté, ni envie, ni jalousie. Ils planaient dans le vide. Ils étaient habités par le vide.

Il ne se passait rien dans ce monde inexistant aux yeux des autres. Rien ne pouvait surprendre les Impavides. Tout était égal et le temps glissait sur leurs têtes fièrement dressées mais … vides, définitivement vides.

Comme les Impavides n’éprouvaient aucun besoin particulier, leurs vêtements étaient d’une extrême sobriété et leurs demeures totalement dépouillées de toute décoration ou objet inutile.

Cernés par le grand vide, ils savaient qu’ils ne pouvaient déambuler au-delà de certaines limites et s’en contentaient sans état d’âme particulier. Ils vivaient en autarcie, travaillant sans se plaindre et se reposant lorsqu’il le fallait. L’école n’existait pas car les parents transmettaient aisément le (vide) à leurs enfants.

Quant au sens de la fête, il leur était totalement étranger. Les naissances, les mariages, les anniversaires se vivaient sans y penser, plein de dialogues de - (vide) ? - (vide) ! . Quant aux fêtes carillonnées elles étaient réduites à leur simple mention sur le calendrier. Les Impavides ne ressentaient nullement le besoin de se réunir pour les célébrer.

Vraiment, il ne se passait rien au pays du grand vide.

Vendredi 3 décembre 2021

Il ne se passait rien… jusqu’au jour où un événement incroyable se produisit … dans l’indifférence totale des Impavides !

C’était par une nuit claire. Le ciel était illuminé d’étoiles. De belles étoiles brillantes et scintillantes à souhait. N’importe quel humain se serait arrêté pour lever la tête et contempler l’infinie beauté de ce spectacle. Mais les Impavides, eux, restaient imperturbables. Avaient-ils ou non conscience de cet enchantement ? Maîtrisaient-ils à ce point leurs émotions ? Étaient-ils tout simplement vides de sentiment ? Nul ne le saura jamais. Toujours est-il qu’ils allaient et venaient comme à leur habitude, échangeant ici et là de vagues « (vide) ! »

Dans le ciel en revanche, les étoiles formaient  un véritable ballet, filant à droite et à gauche, toutes pétillantes et frétillantes, libres dans l’espace sans limite. Peu à peu, accompagnée de longues traînes de poussière d’or, leur danse s’accéléra, s’accéléra, s’accéléra…

Samedi 4 décembre 2021

Comme ivres de leurs courses, les étoiles partirent en tous sens , zébrant le ciel de leurs lumières et frôlant la montagne et son absence de sommet. C’est alors qu’une petite étoile, une « fi-fille » toute émoustillée fonça droit sur le grand vide, invisible pour elle comme pour ses sœurs.

Et boum ! Elle tomba la tête la première dans le domaine des Impavides. Le choc fut tel que tous tressautèrent sur place et que notre Fi-fille resta toute étourdie.

Nullement perturbés, les Impavides vinrent les uns après les autres voir ce qui venait d’arriver et, constatant que la petite pierre dorée scintillait doucement et qu’elle ne représentait aucun danger pour eux, ils repartirent les uns après les autres en échangeant quelques (vide) ! au passage.

La petite Fi-fille se retrouva seule au milieu du grand vide, ne comprenant toujours pas ce qui avait bien pu lui arriver...

Dimanche 5 décembre 2021

Fi-fille mit un certain temps à reprendre ses esprits. Elle regarda autour d’elle et … ne vit rien ! Rien qu’un grand vide !

« Broutilles, broutilles ! Où suis-je tombée? Je suis bien loin de mes sœurs et de l’espace infini où nous dansions chaque nuit ! Malgré ma robe de lumière, je ne vois rien autour de moi… ! »

En effet, le grand vide absorbait toutes les lumières et les formes.

Elle voulut secouer sa longue traîne de poussière d’or pour mieux éclairer mais las ! Rien n’y fit car il n’y avait rien à éclairer. Elle ne pouvait percevoir que sa propre tenue.

Elle leva les yeux vers le firmament pour retrouver ses sœurs et attirer leur attention. Mais le ballet continuait en quadrilles effrénés sans que personne ne la remarque, gommée à son tour par le grand vide.

« Broutilles, broutilles ! Il faut trouver une autre solution ! »

Lundi 6 décembre 2021

« Je ne vais pas rester ici sans rien faire ! Allez, je me lève, je prends de l’élan et je vais vite me lancer dans l’espace pour rejoindre mes ingrates de sœurs et reprendre nos folles échappées  la haut dans le ciel ! »

Fi-fille voulut se redresser mais, las ! Elle n’avait plus de force. Impossible de bouger ni de remuer : elle n’était plus qu’un pierre écrasé dans le sol. Une très belle pierre, dorée et scintillante mais figée et inanimée. Fi-fille ragea :

« Broutilles, broutilles! Est-ce sol vide qui me bloque ainsi ? Il est vrai que je n’avais jamais quitté l’espace infini où rien ne nous empêche de filer en tous sens !  Comment faire pour y retourner? Quelqu’un pourrait peut-être me relancer dans le ciel  et je pourrai étirer de nouveau ma belle traîne d’or? »

Mais elle n’aperçut personne dans les environs ; tous les Impavides étaient repartis aux quatre coins de leur grand vide…

Mardi 7 décembre 2021

Fi-fille se sentit bien abandonnée. Elle poussa un long soupir :

« Mais où suis-je tombée ? Quelle est cette contrée où le vide absorbe tout, lumière, sons, parfums ? Sans ma traîne scintillante, je ne percevrais même pas le sol ! Et ces habitants bizarres, qui ne parlent pas et ne ressentent aucune grande émotion ? Ni joyeux, ni tristes, ni peureux, ni fiers, ni gentils, ni méchants .... Ils sont vides eux-même ! »

Elle poussa un soupir encore plus long : « Et maintenant, je me mets à parler toute seule ! C’est bien le seul bruit que je puisse entendre ici ! Broutilles, broutilles ! Après tout, puisque je ne peux pas me relever, je vais appeler bien fort pour attirer l’attention du ciel et de la terre ! »

Fi-fille se mit à crier, à hurler jusqu’à s’égosiller mais personne ne lui répondit, ni les étoiles qui filaient dans le ciel noir, ni les habitants de la montagne. Aucun son ne s’élevait au-dessus d’elle. Le grand vide absorbait tout, comme un monstrueux édredon.

Mercredi 8 décembre 2021

Comprenant que personne ne pourrait jamais l’entendre, Fi-fille commença à s’inquiéter.

« Broutilles, broutilles ! Me voilà en bien mauvaise posture : mas appels et mes cris ne peuvent être entendus de personne ! Je vais d’abord reprendre mon souffle avant de chercher une autre solution. »

La petite étoile se calma et prit une grande aspiration, puis deux, puis trois… Elle resta stupéfaite: « Broutilles, broutilles ! Mais il n’y a vraiment aucune odeur, aucun parfum ici ! Ni fleurs, ni fruits, ni herbe, ni terre ! Il n’y a aucune odeur ici ! »

Elle essaya encore de respirer plus fort mais l’air lui manquait encore et encore! Non seulement le grand vide absorbait la lumière les sons et les odeurs mais il raréfiait l’air aussi !

Fi-fille se sentit prise d’un vertige . Tout se mit à tourner autour d’elle et elle perdit conscience.

Jeudi 9 décembre 2021

Elle ne voyait plus rien, elle n’entendait plus rien, elle ne sentait plus rien, elle ne pensait plus à rien : la petite étoile filante avait rejoint le grand vide !

Sa longue traîne scintillante de mille feux pâlissait peu à peu, s’enroulant comme un nid autour de la petite pierre. Les délicates étincelles vacillaient, luttant pour ne pas s’éteindre et préserver encore ce qui restait de notre pauvre Fi-fille. Elles se frottaient les unes aux autres pour entretenir leur douce lueur et tenter de lui redonner vie .

Le spectacle était touchant mais hélas bien inutile puisque personne , ni étoiles du ciel ni Impavides de la montagne, ne pouvait le voir et personne, ne pouvait lui porter secours .

Fi-fille allait s’éteindre dans une indifférence totale.

L’histoire s’achèverait-elle donc ainsi, avec la disparation de la petite étoile filante dans la misère du grand vide ?

Vendredi 10 décembre 2021

Mais non ! L’histoire ne s’arrête pas là !

Au bout de quelque temps, l’écheveau pâlissant de la traîne se mit à bouger légèrement. Fi-fille n’avait cependant pas repris conscience. C’étaient comme de petits frissons ou de minuscules ondulations. De toute évidence, quelque chose bougeait sous la traîne et lui donnait comme un semblant de vie.

Peu à peu les frissons augmentèrent, se transformant en petites vagues irrégulières. Un par un, les longs fils dorés se mirent à scintiller plus intensément. Puis, toujours entraînés par cette force mystérieuse, ils s’étirèrent doucement et longuement. Comme si les petites dents d’un peigne délicat les caressaient et les lissaient .

Bien détendue, la traîne se remit à briller de mille feux et à frétiller joyeusement, secouant notre petite étoile qui finit par se réveiller toute étonnée.

« Broutilles, broutilles ! Que se passe-t-il ? Ma traîne brille à nouveau ! Et quels sont ces petits chatouillis dans mon dos ? »

Samedi 11 décembre 2021

Fi-fille voulut se relever pour voir d’où venaient ces petits chatouillis mais las ! Elle resta encore bloquée sur le sol, comme une pierre quelconque . « Broutilles, broutilles ! Je vais donc devoir finir mes jours dans ce vide affreux sans rien faire  si ce n’est contempler ma traîne dorée ! «  Disant ces mots elle constata avec effroi que seule sa traîne brillait encore tandis qu’elle-même n’était plus qu’un caillou sombre, aussi sombre que le grand vide.

Et toujours ces chatouillis ! Si elle pouvait voir d’où ils provenaient !

Pour se consoler, elle contempla sa traîne qui avait repris des couleurs et s’étirait peu à peu « Broutilles, broutilles ! Quel est ce mystère ? Habituellement ma traîne me suit mais ne bouge pas seule ! Aurait-elle maintenant sa propre vie ? Ne va-t-elle pas partir sans moi et loin de moi ? »

Une grande tristesse envahit Fi-fille à l’idée de se retrouver seule, définitivement abandonnée de tous dans ce grand vide sinistre.

Dimanche 12 décembre 2021

Et ce chatouillis qui continue et s’amplifie sous son dos ! Fi-fille finit par s’inquiéter et voulu comprendre. « Ce fourmillement vient-il de mon dos ou du sol ? ». Elle se tortille en tous sens et pousse un grand cri en voyant soudain surgir dans l’ombre autour d’elle une myriade de petites ombres grouillant en tous sens. « Broutilles, broutilles ! Quelle horreur ! C’est affreux ! Je vais être dévorée par ces êtres ! »

En l’entendant s’égosiller ainsi, toute la petite armée se dispersa en tous sens et s’évanouit sans un bruit dans le grand vide. Le chatouillis disparut dans le dos de Fi-fille ; sa traîne perdit de sa couleur et commença à se recroqueviller à nouveau.

« Broutilles, broutilles ! Me voilà soulagée de ce chatouillis ! Mais pour combien de temps ? Et toi, ma belle traîne pourquoi deviens-tu si triste tout à coup ?Ah ! Si je pouvais me relever et vite filer avec mes sœurs dans le ciel ! »

Lundi 13 décembre 2021

Alors que Fi-fille se lamentait sur son triste sort, les petites ombres ressortirent peu à peu du grand vide se faufilant d’abord doucement sous la traîne qui s’étira à nouveau et se remit à scintiller. L’étoile remarqua le manège et s’étonna : « Broutilles, broutilles ! Mais, mais, ce sont ces petits êtres grouillant qui font revivre ma traîne ! Mais alors ! Ces chatouillis sous mon dos me seraient peut-être profitables ? Petits êtres, petits êtres ! Qui que vous soyez venez m’aider ! »

Ainsi encouragée, toute la petite armée vint se faufiler autour d’elle, aussi silencieuse que des Impavides. Les petites ombres s’entrecroisaient, se superposaient , les unes très occupées à continuer d’étirer la traîne les autres se glissant sous l’étoile qui ressentit à nouveau les chatouillis, pleine d’espoir cette fois. Encouragés par son calme revenu, des petits êtres commencèrent à grimper sur Fi-fille qui put les distinguer.

Découvrant qui ils étaient, elle poussa à nouveau un cri !

Mardi 14 décembre 2021

« Des cloportes ! » Fi-fille eut un sursaut de dégoût qui éloigna la petite troupe et elle se sentit à nouveau bien seule.

« Broutilles, broutilles ! Ces bestioles ne me dévoreront pas ! Elles ne s’intéressent qu’aux détritus végétaux . Et, après tout puisqu’elles les transforment en humus bien riche, peut-être sauront -elles transformer ma misère en bonheur ?? » Et, malgré sa répugnance, elle laissa revenir les minuscules crustacés qui reprirent fébrilement leur activité.

Ils étirèrent encore la traîne, encore et encore jusqu’à ce qu’elle soit bien tendue et commence à faire bouger l’étoile. « Broutilles, broutilles ! Voilà que je suis tirée par ma traîne ! Bravo mes amis les cloportes ! Vous voilà transformés en petits chevaux de trait ! Quelle bonne idée ! Emmenez-moi vite loin d’ici ! »

Toujours aussi silencieux, les cloportes reprirent leurs efforts, les uns soulevant le dos de l’étoile et les autres tirant la traîne vers l’avant.

Le convoi avança lentement, mais sûrement.

Mercredi 15 décembre 2021

La tâche n’était pas aisée. L’étoile était bien lourde et la traîne bien longue pour les braves cloportes.Mais ils étaient nombreux et se relayaient au fur et à mesure de leur avancée, sortant de nulle part par milliers.

Fi-fille en fut toute émue « Broutilles, broutilles ! Je ne sais pas où nous allons ainsi mais pour l’instant le déplacement est plutôt agréable et délicat. »

A peine avait-elle prononcé ces mots que les convoi butta contre un énorme obstacle qui renversa pêle-mêle bestioles et traîne sur la pauvre étoile. Il y eut une grande confusion, les cloportes grouillaient en tous sens, les fils dorés s’emmêlaient et Fi-fille désespéra à nouveau. « Broutilles, broutilles ! Le voyage n’aura pas été bien long ! Me voilà encore en bien mauvaise posture ! »

Mais les braves petits soldats crustacés s’organisèrent, se remirent à tendre la traîne et se glissèrent sous l’étoile pour reprendre leur progression.

Il s’apprêtaient à repartir à l’assaut de l’obstacle quand celui-ci se mit brusquement à remuer.

Jeudi 16 décembre 2021

Nouvel affolement, nouvelle dispersion, nouveau désespoir de Fi-fille.

« Broutilles, broutilles ! Que se passe-t-il encore ? Un tremblement de terre ? Une éruption volcanique ? »

Le sol semblait en effet se soulever petit à petit, de plus en plus haut et , peu à peu, une grande silhouette se détacha. Un monstre, pour les cloportes cachés ici et là! Un géant pour l’étoile échouée et solitaire! En fait, ce n’était qu’un Impavide qui se réveillait après un bon somme dans la nature.

Après s’être longuement étiré, il constata sobrement que le joli caillou était arrivé par il ne savait quel miracle sur son épaule. Il se dit très tranquillement « (vide), (vide) ,(vide), (vide) ? », ce qui voulait dire « tiens donc c’est l’étoile que nous avons vu plus tôt ; que fait-elle donc sur mon épaule ? ». Il la prit délicatement, la secoua doucement pour déplier la traîne et , comme s’il souriait, il la replaça sur le sol. Puis il partit.

Vendredi 17 décembre 2021

La petite troupe se reforma aussitôt. Chacun reprit ses fonctions, les uns tirant la traîne, les autres soulevant l’étoile encore une peu secouée par l’événement. « Broutilles, broutilles ! J’ai eu la peur de ma vie ! Mais finalement l’indifférence de cet Impavide nous aura épargnés!Reprenons notre progression mes bons amis, puisque vous semblez savoir où aller ! »

Et Fi-fille se détendit, se laissant porter par les cloportes.

Le convoi avançait lentement mais sûrement , prenant mille précautions pour que les fils dorés reste tendus sans rompre . Il finit par gagner une petite route bien plus facile d’accès que le talus terreux et le mouvement s’accéléra un peu, les petits crustacés continuant à se relayer sans cesse, dans un grouillement permanent.

« Quelle belle organisation ! » songea Fi-fille « Broutilles, broutilles ! Je n’aurais jamais imaginé que je pourrais autant apprécier une nuée de cloportes ! »

Et elle se laissa bercer par le mouvement du cortège à mille pattes,, soudain rassérénée et souriante.

Samedi 18 décembre 2021

L’accalmie fut de courte durée. Une grande ombre couvrit brusquement la route et la petite cohorte. Tout le monde tressauta sous l’effet du martèlement de la chaussée par des pas lourds et rapides. Avant même que l’étoile et ses amis aient compris ce qui pouvait bien arriver, un grand choc les propulsa tous en l’air. Fifille retomba très loin sur la route et les cloportes se trouvèrent dispersés ici et là.

Sous l’effet du choc, Fi-fille crut avoir rejoint ses sœurs en voyant mille étoiles tourner en rond autour d’elle mais le mirage s’estompa vite . « Broutilles, broutilles ! Mes petites sœurs ne m’abandonnez pas ! Pourquoi ne puis-je vous suivre ? Broutilles, broutilles ! Mais je suis toujours sur cette route au milieu du grand vide, très loin de mes braves petits soldats!Que s’est-il passé ? »

La chaussée se mit à nouveau à résonner . Les pas lourds, encore plus rapides et claudicants se rapprochèrent et l’ombre immense couvrit la petite étoile.

Dimanche 19 décembre 2021

Craignant d’être écrasée ou percutée à nouveau, Fi-fille n’osait pas regarder. L’ombre se pencha et émit un douloureux « (vide), (vide) ,(vide), (vide) ! » qui signifiait : « Voilà donc sur quoi mon pied s’est heurté! Une simple pierre ! Mais… non il y a une poudre dorée derrière elle : c’est l’étoile filante qui s’est échoué tout à l’heure dans notre grand vide ! ». Il se baissa, la ramassa, étira à son tour sa traîne , la replaça le long de la route pour que personne d’autre ne trébuche sur elle et repartit en boitillant .

Fi-fille reprit ses esprits : « Broutilles, broutilles ! Quelle émotion ! Je crois que cet Impavide a eu encore plus de mal que moi, si tant est qu’il ressente de la douleur ! » Elle se tourna et vit arriver dans un grouillement des plus chaotiques tous les cloportes qui avaient survécu au choc. Ils étaient bien essoufflés car le coup avait lancé l’étoile très loin sur la route et ils avaient dû beaucoup courir pour la rattraper. Mais, plein de courage et de détermination, ils reprirent leurs postes, qui à la traîne, qui sous la pierre et repartirent droit devant.

Lundi 20 décembre 2021

Toute la petite troupe semblait très déterminée à mener une mission à terme. « Mais quelle mission ? » se demandait Fi-fille qui voyait défiler les bas côtés de la route à belle allure. « Broutilles, broutilles ! J’espère qu’ils m’emmènent vers le moyen le plus sûr de retrouver mes sœurs dans l’espace. Malgré leur dévouement je trouve quand-même ce séjour au milieu du grand vide bien sinistre ! »

Au bout d’un certain temps, la petite étoile fut remplie d’espoir en voyant le paysage se dégager et des maisons apparaître.. ainsi que l’immense silhouette d’un Impavide  barrant la route!

« Broutilles, broutilles ! Oh non ! Que va-t-il se passer encore? Où vais-je encore être propulsée ? »

La cohorte ralentit son train et finit par s’arrêter doucement aux pieds de l’Impavide. Les cloportes se mirent grouiller en tous sens autour de l’Impavide et de Fi-fille, lui faisant de nouveaux plein de petits chatouillis comme autant de confidences, puis se dispersèrent et disparurent dans le grand vide !

« Broutilles, broutilles ! Ces chatouillis-là étaient leur adieu ! Mes amis cloportes m’ont donc abandonnée aux pieds de ce géant ! Je crains le pire ! »

Mardi 21 décembre 2021

L’Impavide se baissa et , délicatement, saisit la petite étoile. Il pencha la tête , la contempla avec une certaine tendresse et émit doucement un « (vide), (vide) ,(vide), (vide) ! » qui signifiait : «petite princesse tombée du ciel, tu sembles bien fatiguée, viens, je t’emmène chez moi ». Et il descendit à grandes enjambées vers le village.

Sa grande main formait comme un berceau dans lequel Fi-fille se sentit douillettement installée. « Broutilles, broutilles ! Je ne sais ce que ce géant veut faire de moi mais pour l’instant je peux me reposer tranquillement ! »

L’Impavide arriva devant sa maison et entra avec son trésor dans la main. Comme toutes les autres demeures impavides, elle était totalement dépouillée de toute décoration ou objet inutile. Fi-fille frissonna « Broutilles, broutilles ! Quel vide ! Cette maison est aussi triste que son environnement ! » Elle entendit des bruits au fond « Broutilles, broutilles ! La maison n’est pas si vide que cela ! Que va-t-il m’arriver encore ? »

Une sorte de sourire glissa sur le visage de l’Impavide qui lança un long « (vide), (vide) ,(vide), (vide) ! »

Mercredi 22 décembre 2021

Une femme arriva, berçant dans ses bras un bébé : « (vide), (vide) ,(vide), (vide) ! » qui signifiait : « mais c’est la petite étoile tombée aujourd’hui ! » Elle tourna le bébé vers la main de l’Impavide en lui disant : « (vide), (vide) ,(vide), (vide) ! » qui signifiait : regarde ce que ton père nous apporte ! »

L’enfant écarquilla les yeux , attiré par la traîne dorée qui scintillait sous la pierre sombre. Il rit et se mit à gazouiller : « areuh , areuh! » Les parents se regardèrent, étonnés de cette expression inconnue, mais elle était si agréable qu’ils se prirent à … sourire ! Un beau et large sourire comme ils n’en n’avaient jamais eu et qui les emplit d’aise.

Voyant sourire ses parents, le bébé reprit de plus belle toute une gamme de «areuh , areuh! » et les parents sourirent de plus en plus fort jusqu’à rire franchement. L’enfant attrapa l’étoile et se mit à la câliner en caressant les longs fils dorés.

Fi-fille frissonna : « Broutilles, broutilles ! Comme ses petits doigts me font du bien ! Pourvu qu’il ne me laisse pas tomber ! »

Mais le bébé garda fermement l’étoile contre lui et s’endormit avec elle. Les parents le couchèrent et la petite chambre toute vide se mit à scintiller des mille reflets de la traîne.

Jeudi 23 décembre 2021

Le lendemain matin, les parents Impavides furent tout étonnés en se découvrant la lumière qui éclairait vivement toute la maison : jamais ils n’avaient vu pareil éclat chez eux. Ils comprirent que la source lumineuse venait de la chambre du bébé qui vocalisait de magnifiques «areuh , areuh! ». Ils sourirent et coururent vers le berceau tout brillant.

Le jeune chanteur riait en câlinant la petite étoile qui avait retrouvé toute sa beauté et scintillait de toutes ses forces. « Broutilles, broutilles ! » s’extasiait Fi-fille, « j’ai retrouvé toutes mes forces et mon éclat dans ces douces menottes ! Merci ! Merci ! »

Intrigués par l’inhabituelle lumière venant de la maison, les voisins, puis tous les habitants du grand vide rendirent visite aux deux parents Impavides qui leur transmirent leurs sourires et leurs rires. Peu à peu, on entendit ici et là jaillir des mots et des bribes de phrases ressuscités des temps immémoriaux : « C’est beau ! » « Quel bonheur ! » « Merci petite étoile ! »

Fi-fille se mit à frétiller dans le berceau ; le bébé, tout souriant comprit le message et, avec de magnifiques «areuh , areuh! », ouvrit ses menottes pour libérer son trésor. Fi-fille s’ébroua, couvrant toute l’assistance de poudre d’or. Ses forces revenaient et elle s’élança au-dessus du village qui se mit à briller de mille feux.

Vendredi 24 décembre 2021

Baignés de lumière, les Impavides sortaient de toutes les maisons et se rassemblèrent sur la place du village. Ils regardaient la belle étoile danser au-dessus de leurs têtes . Ils ressentirent soudain tout un flot de sentiments bienheureux. Ils dressèrent un immense sapin au milieu de la place pour que Fi-fille puisse se poser et rester visible de tous.

La lumière s’étendit si loin que le grand vide disparut et que les gens de la vallée virent soudain apparaître le sommet de la montagne, nimbé de clarté.

Les Impavides entendirent alors le carillon des cloches de la vallée qui s’étaient mises à sonner et comprirent, eux qui n’avaient jamais fêté quoique ce soit, que Noël était là. Ils se mirent à chanter, oui à chanter ! Des noëls traditionnels, des cantiques : tout leur revenait à la mémoire !

Fi-fille du haut de son sapin se réjouit de voir le pays ainsi transformé. « Broutilles, broutilles !  Moi qui voulait vite rejoindre mes sœurs dans l’espace, je ne peux pas repartir tout de suite ! »

Elle resta toute la journée de Noël puis, appelée par ses sœurs, elle repartit les rejoindre, non sans avoir promis aux Impavides de revenir.

C’est ainsi que chaque année, à Noël, la montagne magique réapparaît , merveilleusement lumineuse. Et entre temps ? Non, non, les Impavides n'étaient pas redevenus impassibles et silencieux ! Non, ils gardaient la lueur reçue dans leurs cœurs et éclairaient eux même le grand vide de leur joie et de leurs chants...

Fin

 

 

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte 2020 : Ranpanpan, le malheureux rampant (épisode du jour)

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Heureux de vous retrouver pour notre nouveau conte de l'année!
Vous êtes bien installés ? 
Vous êtes impatients de retrouver avec nous  la femme sans âge du pays de n’importe où ?
Alors n’attendons plus et écoutons vite ce qu’elle nous a conté aujourd'hui...

Pour retrouver les épisodes précédents : 

Notre conte de l'Avent 2020 : Ranpanpan, malheureux Rampant

Rien n’était plus comme avant : sa porte était bouchée mais une chaude lumière ondoyait sur les murs et des bouffées de parfums délicieux lui parvenaient. Ranpanpan se retourna et découvrit… encore une galerie ! Une galerie qui semblait l’appeler avec ses effluves et ses scintillements. Il saisit sa boîte à trésors et s’envola littéralement vers ce nouveau destin.

Au fur et à mesure qu’il avançait, des sons mélodieux lui parvenaient. Des airs qui lui donnaient envie de chanter, lui qui n’avait jamais chanté. Un bon et grand sourire l’envahit.

Au bout de la galerie, il fut saisi par le spectacle qui s’offrait à lui. Une immense salle décorée de fleurs et de branches, de fruits et de boules de verre multicolores, de guirlandes et de bougies. Elle était parcourue par tout un peuple habillé de douces couleurs, riant et chantant.

Ranpanpan n’avait jamais imaginé pareil enchantement. Il fut aussitôt entouré et entraîné gaiement vers un buffet de délices parfumées.

Il entendit alors un petit bruit bien familier: « Pssst… ! Pssst ! Par ici…. ». Une belle jeune femme aux longs cheveux lui offrait avec un sourire malicieux un verre d’eau douce et dorée :« Joyeux Noël Ranpanpan ! Te voilà un être nouveau après toutes tes épreuves ! »

-  « Oui ! Grâce à ta curiosité, ta joie, ta patience, ta sagesse et ton courage tu as brisé la malédiction qui pesait sur les Rampants depuis les excès de leurs ancêtres ! » ajouta derrière lui la voix joviale d’un vieil homme finalement pas si ratatiné et pas si moche que cela... « Joyeux Noël, Ranpanpan ! »

Ranpanpan eut un immense sourire : « Joyeux Noël à tous ! »

Et depuis les Rampants vécurent debout, légers et colorés, heureux et accueillants dans de belles maisons sans prétention.

Fin

Publié dans L'heure du conte

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La maison qui bouge

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Aujourd'hui nous vous proposons un conte de Agnès Bertron que nous avons lu sur le site Contes.biz 
Nous l'avons bien aimé... et nous espérons que vous l'apprécierez aussi.

Pépé Loulou, l'ami des petites bêtes de la forêt, est mort. Sa maison est vide, abandonnée en haut de la colline.

Alors, un matin d'automne, par une fenêtre entrouverte, les oiseaux, les écureuils, les lapins, et les souris s'y installent. Ils se préparent pour passer l'hiver. Ils sont nombreux mais chacun trouve sa place. Les oiseaux prennent la chambre du haut, les lapins s'étalent au salon, les écureuils envahissent la cuisine, les souris se glissent dans les coins, au grenier, et sous le plancher. Ensuite, chacun s'organise : les oiseaux répètent de grands airs pour animer les veillées. Les lapins font des réserves de bois pour la cheminée. Les écureuils remplissent de fruits tous les placards et toutes les

casseroles de la cuisine. On nomme les souris "gardiennes du logis". Quand la neige arrive, les animaux sont à l'abri et sans souci.

Mais un jour, une belle dame vient visiter la maison pour l'acheter. Les souris donnent l'alerte. Les animaux ne veulent pas être chassés, et retourner se geler dans la forêt. Alors ils ont une idée. Chacun se cache, se met en place. Et quand la dame entre, aussitôt la maison se met à bouger. Le plancher grince, le toit danse, les portes claquent et les murs tremblent. Quelle agitation du sol au plafond !

La belle dame a une peur bleue. Elle s'enfuit en criant : - Non merci, pas question !

Les animaux quittent leurs cachettes. Ils rient à s'étrangler du bon tour qu'ils viennent de jouer. Chaque fois que quelqu'un vient visiter la maison, les animaux rejouent leur comédie. Partout on dit que la maison qui bouge est hantée, et plus personne ne veut y habiter.

Un soir de décembre où le vent souffle et où la neige tombe sans s'arrêter, Léon, un vagabond, pousse la porte de la maison. Il est épuisé de froid et de faim et il s'écroule sur le plancher. Les animaux commencent leur numéro. La maison bouge comme il faut, mais Léon n'est pas du tout effrayé : parce qu'il ronfle si profondément qu'il ne sent pas la maison bouger. Pas moyen de le réveiller.

Les souris sont intriguées. Elles approchent en catimini. Puis les écureuils, les oiseaux et les lapins aussi. Ils entourent le vagabond. Les lapins voient qu'il a froid avec ses habits troués. Alors ils se serrent contre lui pour le réchauffer avec leur fourrure. Les écureuils, à ses joues creuses, voient qu'il n'a rien mangé. Vite, ils préparent un repas de fruits secs. On fait une flambée dans la cheminée. Les souris mettent le couvert. Les oiseaux répètent un concert.

Petit à petit, Léon se réchauffe. Ses joues redeviennent roses. Il ouvre les yeux. Il ne

comprend pas. Il se croit dans un rêve. Mais les oiseaux chantent, les lapins le conduisent par la manche jusqu'à la cheminée. Les écureuils et les souris servent le dîner. Léon voit qu'il ne rêve pas.

C'est Noël, cette nuit.

Dans la maison qui bouge, aussi, c'est Noël, cette nuit, pour des animaux amis et pour Léon le vagabond. C'est Noël, cette nuit, et les oiseaux, les écureuils, les lapins et les souris savent que si Léon pleure un peu, c'est qu'il est heureux.

Agnès Bertron

http://www.contes.biz/conte-16-La_maison_qui_bouge.html

 

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte 2020 : Ranpanpan, le malheureux rampant

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Heureux de vous retrouver pour notre nouveau conte de l'année!
Vous êtes bien installés ? 
Vous êtes impatients de retrouver avec nous  la femme sans âge du pays de n’importe où ?
Alors n’attendons plus et écoutons vite ce qu’elle nous a conté
Lundi 30 novembre 2020

En cette terrible année de pandémie, nous étions confinés et un peu mélancoliques dans notre maison , lorsque nous vîmes surgir devant nous notre amie, la femme sans âge.Elle portait un masque comme il se devait et se frottait les mains avec du gel.

Vous savez, la femme sans âge du pays de n’importe où, qui raconte des histoires de n’importe quoi et qui rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter des histoires si étonnantes que l’on ne peut s’empêcher de les écouter et … d’y croire.

« Alors, mes amis, vous voilà tout transis , loin de tous ceux que vous aimez , vous aussi ? Il faut tenir bon, n’est-ce pas ? Croyez-moi, patience et espérance vous mèneront tous à bon port et vous retrouverez à nouveau les plaisirs de la vie sociale ! Vous n’en êtes pas au point des rampants du pays de n’importe où ! »

« Les rampants ??? Qui est-ce ? Vous ne nous en avez encore jamais parlé ??? »

« Eh oui, mes bons amis,le pays de n’importe où est vaste et varié. Il comporte aussi la contrée des Rampants. C’est une bien longue histoire que je peux vous narrer si vous le voulez... »

« Oh bien sûr ! Nous avons bien le temps en ce moment ! »

«Alors, installez-vous confortablement et écoutez ceci... »

Mardi 1er décembre 2020

Il est donc au pays de n’importe où, une contrée habitée par les Rampants. Son histoire remonte à un temps si lointain qu’on le dit sans date. Mais ce passé très glorieux est resté dans toutes les mémoires.

Les lointains ancêtres des Rampants s’appelaient les Fiers-à-Bras. C’étaient des êtres imposants, fièrement campés, parés de tenues hautes en couleur et de bijoux rutilants et pesants. Ils parlaient haut et fort, affirmant qu’ils étaient les meilleurs en tout.

Ce n’était pas vanité : ils étaient réellement les plus beaux et les plus forts de tout le pays de n’importe où. Nul ne savait exactement la source de leur réussite et de leur richesse mais le résultat était là : rien ne leur résistait et ils jouissaient d’un bonheur insolent qu’ils aimaient afficher, paradant dans leurs riches atours et traitant par le mépris toute source d’ennui.

Leur seule préoccupation était de rivaliser de couleurs, de bruit et de richesse avec leur voisin.

Lorsqu’un étranger passait chez les Fiers-à-Bras, il restait stupéfait, ébloui et abasourdi, mais ne pouvait rester, écrasé par le poids de ces démonstrations que nul autre ne pouvait concurrencer.

Les Fiers-à-Bras vivaient donc entre eux, insouciants et heureux, très heureux, trop heureux ?

Mercredi 2 décembre 2020

Un beau jour de grand soleil,où les dorures brillaient de mille feux, apparut un vieil homme, ratatiné et moche, bref sans intérêt pour les Fiers-à-Bras. Il faisait tache, tout gris, tout terne, parmi les couleurs rutilantes du pays. Chacun passait près de lui sans le remarquer, certains même le bousculaient, ne l’ayant pas remarqué. Ils s’excusaient car les Fiers-à-Bras étaient vaniteux mais polis : « oh ! Pardon ! Je n’avais pas vu que vous étiez là ! ».

Le vieil homme ratatiné et moche se sentait chaque fois blessé. Il finit par se redresser un peu et s’écria : « Mais, à la fin, il n’y a personne ici à qui je pourrais m’adresser ? »

Les Fiers-à-Bras se retournèrent vers lui, stupéfaits. Quel être aussi terne osait ainsi troubler leur joie ?

« Je suis bien fatigué et je souhaiterais faire une pause. Où pourrais-je me reposer ici ?

Les Fiers-à-Bras haussèrent les épaules. Aucun étranger n’avait jamais eu l’idée ni l’envie de s’arrêter parmi eux et il n’y avait même pas d’auberge dans la contrée.Personne n’eut l’idée non plus de l’accueillir en sa demeure : il était si gris qu’il aurait pu ternir la richesse de la maisonnée.

Chacun reprit sa parade bigarrée, bombant un peu plus le torse, laissant de côté le vieil homme ratatiné et moche.

Jeudi 3 décembre 2020

Le vieil homme ratatiné et moche se rebella. Oui, il osa ! « Quel peuple prétentieux et vaniteux êtes-vous donc?Que seriez-vous si vous perdiez vos couleurs et vos richesses ? »

Comment un étranger aussi terne pouvait-il avoir l’audace de crier parmi eux alors qu’il ne leur arrivait pas à la cheville et que sa tenue était si triste et si pauvre qu’on pouvait à peine le distinguer ? Les Fiers-à-Bras éclatèrent de rire :

« Vous n’êtes pas le premier ni le dernier à nous envier ! Rien ne peut nous ôter notre chance et notre bonheur ! Nous sommes les meilleurs en tout et nous en profitons, voilà tout ! Si vous ne l’appréciez pas, vous pouvez partir tout de suite ! »

Le vieil homme se redressa encore. Sa voix frémissait et ses yeux brillaient d’une lueur si étrange que tous les Fiers-à-Bras eurent un frisson : « Votre prétention et votre insolence est bien celle dont on m’avait prévenu ! Soyez maudits ! Votre bonheur est fini ! Vos couleurs et vos richesses disparaîtront et vous serez réduits à ramper comme des larves ! ».

Saisis les Fiers-à-Bras se regardèrent un instant puis se mirent à rire aussitôt, sûrs de leur force : »C’est cela, c’est cela… ! »

Furieux le vieil homme ratatiné et moche commençait à s’éloigner lorsqu’une impression étrange le retint.

Vendredi 4 décembre 2020

Malgré le tohu-bohu des Fiers-à-Bras il lui semblait bien percevoir autre chose , comme un petit murmure, faible et lointain.

En fait, rien ne lui échappait car il était … sorcier ! Un sorcier aux terribles et puissants pouvoirs ne supportant pas qu’on lui résiste. « Qu’est-ce donc ? Encore une fantaisie de ces gens insupportables ? Ce son vient du fond du bois ? »

Et, encore furieux du rire des Fiers-à-Bras, il s’engagea sur le sentier qui s’enfonçait dans la forêt.

Les cris des Fiers-à-Bras s’estompèrent, remplacés peu à peu par un joyeux gargouillis. C’était une fontaine toute simple d’où coulait une eau douce et dorée. Une eau si particulière qu’elle transformait toute chose en richesse. Oui, là était le secret des Fier-à-Bras. La fontaine était magique .

La lueur étrange brilla de nouveau dans le regard du vieux sorcier « Ha-hahh ! Voilà donc l’origine de toutes ces richesses mal utilisées ! Désormais, fontaine, tu perdras ce pouvoir et tu seras cachée à tout jamais aux regards des Fiers-à-Bras ! »

Il se redressa et d’un large geste balaya l’espace. Aussitôt d’impénétrables broussailles recouvrirent la fontaine qui disparut immédiatement.

Le vieil homme ratatiné et moche ricana et se volatilisa d’un coup.

Samedi 5 décembre 2020

Après le départ du sorcier, les Fiers-à-Bras reprirent joyeusement leurs activités et leurs parades mirobolantes, se moquant ici et là de l’incroyable menace proférée par ce vieil homme ratatiné et moche . Il n’était pas le premier à les jalouser et ils n’avaient jamais eu à s’inquiéter de leurs lendemains!

Mais vint un jour où l’un d’entre eux se sentit un peu déprimé. Il courut bien vite à la fontaine pour boire l’eau magique : impossible de la retrouver ! Il appela ses amis qui se mirent à chercher avec lui : impossible de la retrouver ! Et plus ils cherchaient, plus ils se fatiguaient et plus ils perdaient leurs couleurs...Ils achetèrent des engins pour fouiller la forêt et ses buissons impénétrables, recrutèrent des ouvriers, des ingénieurs, les savants les plus célèbres mais rien n’y fit, si ce n’est que leurs richesses et leurs forces baissaient inexorablement. Ils devinrent tout palots, leurs vêtements se défraîchissaient et devenaient ternes. Exténués, ils se courbaient de plus en plus, perdaient leur faconde et n’avaient plus qu’un désir : se coucher.

Impossible de survivre dans leur gloire sans l’eau douce et dorée de la fontaine magique !

Alors, peu à peu, l’un après l’autre ils se résignèrent à survivre sans couleur, sans gaîté. Ils se traînaient de plus en plus près du sol au point de ne plus pouvoir se redresser.

Ils étaient devenus des Rampants et l’on n’entendit plus jamais parler des Fiers-à-Bras ailleurs que dans les légendes !

Dimanche 6 décembre 2020

Les jours suivaient aux jours, les mois aux mois, les années aux années, les siècles aux siècles, rien ne changeait chez les Rampants.

Ils avaient perdu leur vanité et vivaient presque cachés. Ils avaient perdu leurs couleurs et se vêtaient tous de noir ou de gris. Ils avaient perdu leur appétit et grignotaient à peine quelques herbes. Ils n’habitaient plus de hautes maisons mais se glissaient dans des sortes de tanières. Ils ne criaient plus haut et fort mais susurraient quelques mots qu’eux seuls pouvaient comprendre.Ils n’intéressaient personne et ils ne s’en rendaient pas compte.

Oui la vie des Rampants n’avait plus rien à voir avec celles de leurs ancêtres Fiers-à-Bras. Mais curieusement, ils ne se plaignaient pas. Ils vivotaient tranquillement, sortant grignoter deux trois herbes et rentrant aussitôt dans leurs tanières, sans chercher à savoir ce qui se passait chez le voisin, jusqu’au jour où ils disparaissaient on ne sait où, sans laisser de trace. Pas de corps, pas de tombeaux, pas de cimetières, pas de souvenir.

Ainsi allait leur vie . Ils étaient tous semblables et cela ne les dérangeait en rien.

Tous ?

Lundi 7 décembre 2020

Eh non ! Parmi les Rampants apparut un jour une petit jeune qui avait plus de tonus que les autres Rampants. Oh! On ne pouvait pas dire que c’était un être dynamique et brillant, mais, comparé aux autres, il était différent. En particulier quand il avançait il s’appuyait un peu plus fermement sur ses petits membres de sorte que l’on entendait comme un tambourinement : Ran-pan-pan ! Ran-pan-pan ! Ran-pan-pan ! Ran-pan-pan ! … Ce qui lui valu d’être surnommé « Ranpanpan », bien sûr.

Ranpanpan avait une autre particularité. Il était curieux. Il ne se contentait pas de grignoter et de rentrer dans sa tanière. Il regardait autour de lui, même si sa position de rampant ne lui permettait pas de voir très loin. Il arrivait à remarquer des nuances dans l’herbe, à distinguer de légères différences dans les tenues de ses compagnons, variant du gris au noir et au brun, avec parfois d’imperceptibles petits points de couleur, sans doute hérités des ancêtres Fiers-à-Bras. Il cherchait à deviner ce qui pouvait bien se trouver au-delà de ce qu’il voyait.

Il essayait de poser des questions autour de lui, dans l’indifférence générale et ne recevait en guise de réponse que des « bof ! » , « mouiche ! » , ahhhhhhhhhh ! » qui le rendait bien malheureux.

Mardi 8 décembre 2020

Un beau jour bien gris comme les autres jours, le jeune Ranpanpan, malheureux incompris, s’aventura jusqu’à la forêt et ses broussailles impénétrables. Exténué par ce long trajet, il s’arrêta devant les ronces, déçu de ne pouvoir aller plus loin. Il souffla : « Ici s’arrête donc le monde...Comme c’est triste … »

Il fermait les yeux pour se reposer quand il entendit un petit bruit, comme un imperceptible gargouillis : « Pssst… ! Pssst ! Par ici…. ». Ranpanpan rouvrit les yeux, étonné. Pas de doute, il percevait bien un petit son : « Pssst… ! Pssst ! Par ici…. ».

Il tourna la tête à droite, puis à gauche, se baissa encore plus et découvrit un petit passage dans les buissons, au ras du sol, juste assez grand pour qu’il s’y faufile. Guidé par les appels, de plus en plus clairs, il rampa entre les épines, s’écorchant un peu ici et là et finit par arriver dans une sorte de petite clairière .

Une belle lumière y régnait, comme Ranpanpan n’en avait jamais vu dans la contrée des Rampants. Il en fut tout ébloui. Mais le petit gargouillis l’appela tout au bout :« Pssst… ! Pssst ! Viens ici…. »

Rampanpan avança encore, et, stupéfait, fit une découverte qu’il n’aurait jamais imaginée.

Vous l’avez deviné, c’était la fontaine !

Mercredi 9 / Jeudi 10 décembre 2020

La fontaine, la belle fontaine magique dont l’eau transformait tout en richesse avant que le sorcier ratatiné et moche ne lui ait retiré ses pouvoirs ! Elle était restée très belle cependant, cachée au fond des broussailles, avec son petit filet d’eau douce et dorée qui produisait ce tout petit gargouillis « Pssst… ! Pssst ! ici…. »

Ranpanpan n’avait jamais vu autant de beauté et de lumière. Il s’approcha timidement de la fontaine, un peu craintif.

« Pssst… ! Pssst ! Viens, rafraîchis-toi ! Bois de mon eau elle est toujours bonne même si elle n’a plus de pouvoirs magiques…. »

Ranpanpan hésita mais, séduit par l’éclat de l’eau, finit par ramper doucement jusqu’à la vasque et lapa une gorgée du nectar. C’était comme un délicat sirop de miel mais il ne connaissait rien de pareil. Une onde de bonheur l’envahit et pour la première fois de sa vie, il sourit.

Comme il n’avait jamais souri et n’avait non plus jamais vu sourire aucun Rampant, il fut inquiet et se recula « Que m’arrive-t-il ? Cette eau a toujours des pouvoirs magiques ! Ne serait-elle pas empoisonnée ? »

La fontaine semblait amusée :« Pssst… ! Pssst ! Que tu es drôle ! Il n’est pas dangereux de sourire ! Au contraire … ! Bois encore !»

Mais tant de choses étranges étourdissaient Rantantpan qu’il rebroussa chemin, aussi vite que sa reptation le permit.

Vendredi 11 décembre 2020

Ran-pan-pan, ran-pan-pan, à petits pas rapprochés, Ranpanpan se glissa dans sa tanière. Exténué, il s’effondra à même le sol et se mit à réfléchir.

«  Quelle émotion!Ai-je bien vécu toute cette journée ou n’est-ce qu’un rêve, un beau rêve ? Un passage dans les broussailles. Une fontaine perdue qui murmure doucement. Son eau si douce et si dorée. Et… ce plaisir de sourire ! »

Et, revivant son expérience du sourire, Ranpanapan, se prit à sourire et oublia qu’il était malheureux depuis toujours et pour toujours : le bonheur le traversait à nouveau de part en part.

Il pouvait donc sourire ! Et il sourit de nouveau, encore, encore et encore.

Tout fier, il eut envie de montrer aux autres Rampants son nouvel état. Il se glissa dehors et alla saluer ses voisins qui le regardèrent sans réagir : « Tiens Ranpanpan a une tête curieuse ! Bof ! Cela lui passera... » Et ils retournèrent tous dans leurs tanières, indifférents comme de coutume.

Ranpanpan fut déçu et son visage se figea . Son sourire disparut peu à peu et Ranpanpan retrouva son état malheureux d’origine.

« Non, ce n’était qu’une illusion » se dit-il.

Samedi 12 décembre 2020

Mais, ne l’oublions pas, Ranpanpan était curieux. Après quelques jours moroses et une bonne nuit de sommeil, il eut envie de retrouver le bonheur et décida de retourner à la fontaine pour voir s’il pourrait retrouver son sourire.

Il refit le chemin qui l’avait mené aux broussailles impénétrables et entendit de nouveau le petit gargouillis qui lui indiqua le passage caché « Pssst… ! Pssst ! Ici…. » « Fontaine, fontaine, c’est moi, Ranpanpan, j’arrive ! » Il se faufila délicatement sans se blesser et retrouva la si belle lumière de la petite clairière. Il cligna un peu des yeux et avança jusqu’à la source.

« Bonjour, bonjour, Ranpanpan ! Je suis contente de te revoir ! Je suis si seule ici ! Mais… tu sembles bien triste !»

« Bonjour, bonjour, fontaine ! Moi aussi je suis content de revenir mais, vois-tu j’ai perdu le beau sourire que tu m’avais donné avec ton eau ! »

« Alors, bois vite pour reprendre des forces et retrouver le plaisir de sourire... »

Ranpanpan rampa jusqu’à la vasque et dégusta le doux nectar. Il but et but de nouveau

jusqu’à retrouver ce sourire qui le réchauffait de la tête aux pieds. Cette fois il n’eut pas peur et se prit à rire : « Fontaine, fontaine ! Merci ! Comme je me sens si bien ! Je crois que je vais rester ici toute ma vie ! »

Dimanche 13 décembre 2020

La fontaine se mit à rire « Jeune écervelé ! Que ferais-tu toute la journée dans ce tout petit enclos?» -  « Mais , fontaine, je ramperais ici et là pour grignoter quelques herbes comme autour de ma tanière… et ce serait plus agréable au soleil ! »

- « Tu serais tout seul, loin de tes congénères ! » - « Mais, fontaine, ils sont tout tristes, tout gris et ne parlent guère ! »

- « Et la nuit, quand le froid descend, tu ne pourras pas t’abriter, même sous les ronces ! Tu tomberas malade et tu mourras ! - « Oh, fontaine, qu’importe ! Les Rampants disparaissent sans mourir ! »

- « Mais oui, mais oui, je connais ce grand mystère, Ranpanpan!Mais c’est parce que vous vous abritez dans vos tanières et je ne veux pas te voir malade ici ! »

Ranpanpan se renfrogna. - « Mais, fontaine, je veux rester heureux toujours et avoir une vie différente ! »

- « Tu peux rester heureux si tu le décides et tu peux aussi avoir une vie différente dans ta contrée . Sais-tu qu’il existe des galeries à mystère ? »

-  «  Toutes les tanières sont semblables, grises et uniformes… ! »

-  « Justement non, Ranpanpan. Observe bien autour de toi quand tu rentreras et tu découvriras cinq galeries différentes et chacune, abrite un mystère. Explore-les et viens me rapporter ce que tu auras découvert. Bois de nouveau de mon eau pour retrouver le sourire et utilise-le à bon escient! Allez ! Oust ! Pars vite découvrir ces cinq mystères !Je suis impatiente de savoir dans combien de temps tu reviendras ! »

Ranpanpan était sidéré. Cinq galeries, cinq mystères ? Sa curiosité fut piquée au vif : «  Oh, mais je les découvrirai vite  et je reviendrai vite ici te rendre compte ! »

Ranpanpan se pencha, but une grande goulée de l’eau si douce et si dorée, retrouva son sourire et repartit aussitôt.

Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan… le bruit de ses pas s’éloigna et la fontaine eut un étrange sourire.

Lundi 14 décembre 2020

Ranpanpan était si impatient de découvrir les mystérieuses galeries évoquées par la fontaine qu’il ne rentra pas directement dans sa tanière. Il se mit à interroger les autres Rampants, espérant recevoir des indications qui l’aideraient. Mais, vous vous en doutez bien, il ne reçut en guise de réponse que les inévitables «  bof ! » , « mouiche ! » , ahhhhhhhhhh ! » qui le décevaient tant.

Il décida de prendre n’importe quel chemin, droit devant lui et de le continuer de son petit pas martelé jusqu’à la fin du monde des Rampants, même s’il devait épuiser ses forces. Son sourire lui en redonnerait.

Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…Le trajet fut long, très long et Ranpanpan ne rencontrait que des tanières banales habitées par d’autres Rampants qui le regardaient passer sans réagir.

Mais enfin, il remarqua une ombre étrange dans une butte. En approchant, il vit comme un trou imprécis et sans intérêt . Il n’avait rien de l’entrée d’une galerie mystérieuse… Il hésita à passer son chemin mais, étant bien fatigué, il décida de faire une pause en se glissant au frais dans ce vague trou.

Mardi 15 décembre 2020

Ranpanpan apprécia la fraîcheur de la cavité pour reprendre son souffle. Mais la fraîcheur lui parut de plus en plus … fraîche ! Il sentait comme un petit courant d’air venant derrière lui. Il se retourna et ne vit que de l’obscurité. « Ce trou est peut être plus grand que je ne le croyais » pensa-t-il en avançant les mains, puis le reste du corps.

L’avantage des Rampants est de pouvoir se faufiler dans des lieux exigus et Ranpanpan en profita pour continuer à progresser , collé au sol en suivant le filet d’air. Peu à peu ses yeux s’habituèrent à l’obscurité et il put distinguer comme un long couloir s’enfonçant sous la butte. « Une galerie ! Une galerie qui semble bien mystérieuse ...»

Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…notre ami avança et avança, de plus en plus loin sans rien remarquer d’extraordinaire. Cette galerie était bien grise et bien morne. A l’image des tanières des Rampants. Des murs lisses, sans décoration, sans rien qui puisse accrocher le regard. Un sol uni, sans danger mais sans surprise. Seul le petit courant d’air semblait avoir vie. Ranpanpan frissonna «  Quand je pense que la fontaine m’a promis des mystères à découvrir dans ces galeries ! Elle s’est moqué de moi… ou bien je ne suis pas dans l’une de ces cinq mystérieuses galeries ! S’il n’y avait ce petit air frais qui semble m’appeler, je repartirais dès maintenant tant je m’ennuie ! » Mais sa curiosité naturelle, lui donna un nouvel élan.

Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…après d’innombrables reptations, son effort fut récompensé.

Mercredi 16 décembre 2020

Ranpanpan ressentit comme un grand tourbillon d’air frais autour de lui. Il redouta un instant d’être aspiré dans un gouffre sans fond. Mais non, il tenait bien en place et se prit à sourire. Aussitôt une belle lumière dorée l’entoura, descendant du haut de la galerie : un rayon de soleil pénétrait par l’ouverture qui aérait les lieux. Tout autour de lui, apparut peu à peu une grande salle, toute ronde, aux parois claires et délicatement décorées. Ranpanpan fut stupéfait : jamais il n’avait vu pareil décor et il sourit de nouveau. Finalement, il ne regrettait pas d’avoir quitté la douce clairière de la fontaine …

Heureux mais épuisé, il s’assoupit. Mais son sommeil fut tout à coup interrompu par la sensation d’un petit heurt sur le front . Ranpanpan se réveilla en sursaut et se trouva à nouveau plongé dans l’obscurité. Il porta la main à son front : pas de bosse, pas de blessure et il sourit. La lumière revint, toujours aussi dorée. Il souffla et sentit glisser de son front quelque chose de tout fin et tout doux : c’était une feuille,une feuille dorée. Il la saisit, la retourna et découvrit une inscription dans les nervures: « L'indifférence est le sommeil du cœur. La curiosité est une grande ressource contre l'ennui. » .

Tel était donc le mystère de cette galerie ! Le moyen de retrouver la chaleur de son cœur pour ne plus connaître l’ennui !Quel beau trésor !

Ranpanpan repartit, radieux, reprenant en sens inverse le chemin par lequel il était arrivé, mais cette fois en souriant et serrant très fort la petite feuille dorée contre son cœur. Et au fur et à mesure qu’il avançait, les parois et le sol , gaiement colorés, s’éclairaient au rythme de ses pas : Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…

Jeudi 17 décembre 2020

Ranpanpan rentra chez lui tout souriant et fier de son exploit. Exténué il s’endormit très vite.

Le lendemain, il crut avoir rêvé. Mais non ! La petite feuille dorée était pour lui rappeler son exploit de la veille .Il relut le texte inscrit dans ses nervures, eut un large sourire et la rangea soigneusement dans sa boîte à trésors.

Il se sentait prêt pour découvrir une seconde galerie. Il décida de prendre un chemin opposé . Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…Où trouverai-il un trou indiquant l’entrée d’une galerie ? Rien ne ressemblait à ce qu’il avait trouvé la veille et Ranpanpan commençait à être bien déçu lorsqu’il atteint une mare. « Je vais faire une pause! » Il s’allongea au bord de l’eau et trempa sa main. L’eau était curieusement claire et ... salée !. « Curieux pour une mare ! Et pourquoi ces petites ondes ? »

Il suivit le mouvement de l’eau et découvrit un passage entre deux grosses pierres. Il s’y faufila et se retrouva dans une nouvelle galerie ! Mais une galerie toute humide et glissante. Pour se donner courage il sourit et tout s’éclaira : les parois miroitaient sous un ruissellement continu, le sol était couvert par un écoulement ininterrompu. « Mais d’où vient donc cette eau salée ?Nous sommes loin de la mer !»

Ran-plof-plof, ran-plof-plof, ran-plof-plof…le célèbre pas de notre héros en était tout déstabilisé et plusieurs fois il crut bien tomber. Mais il s’accrocha à son sourire et continua de remonter péniblement le courant.

Soudain il entendit comme des gémissements et des pleurs ! Il avança encore, un peu inquiet et déboucha sur une cascade géante venue d’on ne sait où. Personne aux alentours ! Seul le bruit de l’eau éclaboussant le sol et les parois créaient l’illusion de cris désespérés. Ranpanpan frissonna, envahi tout d’un coup par un sentiment de tristesse. Il se souvint alors de la si merveilleuse salle de la veille et sourit, sourit, sourit…

Il sourit tant que la cascade s’éclaira et se tarit peu à peu. Seules quelques gouttes légères s’écoulaient, brillantes comme des diamants Au sol, de jolis galets apparaissaient. Ranpanpan se pencha et s’aperçut que l’un d’eux était gravé : « Un seul moment de joie chasse cent moments de tristesse. ». Un nouveau trésor !

Et Ranpanpan repartit, joyeux, en souriant et en serrant très fort le galet contre son cœur. Les parois et le sol ,maintenant secs, résonnaient au rythme de ses pas : Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…

Vendredi 18 décembre 2020

Rentré chez lui, tout souriant et fier de son deuxième exploit, Ranpanpan rangea dans sa boîte à trésors le galet avec la feuille dorée et décida de continuer ses explorations dès le lendemain.

Après une bonne nuit, il se prépara, très excité par ce qu’il pouvait découvrir, après la galerie de l’indifférence et la galerie de la tristesse , quelle serait la troisième galerie ?

Plein d’ardeur, il précipita son pas autant qu’il le pouvait. Ran-pan-pan-pan, ran-pan-pan-pan, ran-pan-pan-pan…Il avança si vite qu’il se retrouva en un rien de temps loin de sa tanière . Il regardait fébrilement à droite et à gauche toutes les ouvertures possibles sans rien voir. Rien pas même un grand trou en plein milieu du chemin et … plof ! Il bascula brutalement dans les ténèbres ! La chute dura longtemps avant qu’il ne touche le fond de ce qui était, vous l’avez deviné , la troisième galerie.

Une galerie verticale cette fois, toute droite et toute noire. Ranpanpan crut qu’il se briserait les os en arrivant mais non ! Il se sentit soudain absorbé par un énorme édredon dans lequel il s’enfonça avec délice. Rassuré, il eut un grand sourire qui éclaira les lieux. C’était comme un immense berceau, tout empli d’un enlacement de fil nacré et soyeux. Heureux, il s’étira en tous sens, emmenant un peu de fil à chaque mouvement. C’était si doux et si moelleux ! Il s’étira et s’étira encore jusqu’à ce qu’il se retrouve complètement prisonnier de nœuds gigantesques. Il prit peur, craignant de rester bloqué . Impatient d’en sortir, il tira avec agacement les fils, à droite, à gauche mais n’obtint qu’un fouillis encore pire. Il cessa de sourire et la nuit retomba. Il se ressaisit et sourit : la lumière revint . Un bout de fil brillait plus fort. « Voilà la solution ! Au lieu de tirer sur tous les fils ensemble , je vais saisir celui-ci patiemment, le dénouer doucement et le rouler en boule jusqu’à être libéré. » Ce qu’il fit derechef et après un long, long très long moment Ranpanpan se trouva libre avec sa pelote dans les mains .

A ses pieds, quelques fils collés ensemble formaient un tissage sur lequel il lut : « Un moment de patience peut préserver de grands malheurs, un moment d'impatience, détruire toute une vie. » . « Belle leçon, se dit-il, mais encore faut-il ressortir de cette galerie ! » Il sourit encore et serra la pelote de fil dans sa main : la solution était là. Il prit le fil, l’accrocha aux aspérités de la paroi et petit à petit, patiemment il remonta, telle une araignée, jusqu’à la sortie avec, dans sa poche le reste de la pelote et le petit bout de tissu.

Comme l’air frais était bon ! Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…notre héros retrouva son pas habituel pour rentrer paisiblement chez lui.

Samedi 19 décembre 2020

Le quatrième jour, Rantanpan se leva du pied gauche. Rien n’allait comme il le voulait : il ne trouva pas ses pantoufles, il cassa le bol de son petit-déjeuner et renversa son jus de fruit sur lui. Il fulmina « La journée commence bien mal ! Je vais vite sortir pour mes changer les idées avec la découverte d’une nouvelle galerie. »

Il sortit et prit une nouvelle direction. Mais décidément, ce n’était pas une bonne journée. Aucune ouverture, aucun trou, aucune fente où se glisser pour trouver un nouveau mystère. Les heures passaient et rien, rien, rien de rien. Il s’emporta : « Quelle idée de suivre les conseils de cette fontaine ! Elle se moque bien de moi ! J’en ai assez. » Il se sentit soudain très las et courbaturé. Il entra dans une petite cabane tout en continuant à grommeler.

Curieuse cabane ! Elle était vide et peinte d’écarlate dans les moindres recoins. Des sortes de tuiles étaient accrochés sur les côtés et Ranpanpan, toujours curieux, s’en approcha. «Mais c’est horrible !, ce sont d’affreuses caricatures, toutes plus grimaçantes les unes que les autres ! »

Il alla de l’une à l’autre de plus en plus énervé et déçu : «  Quelle journée décidément rien ne va ! »

Et plus il examinait de tuiles, plus il s’en présentait de nouvelles . Au bout d’un certain temps, Ranpanpan eut très chaud et finit par lever le nez : la cabane avait disparu et il se trouvait … dans une galerie!Toute rouge et recouverte d’horribles portraits. Il s’emporta : « Comment est-il possible d’afficher autant de colère et de laideur ! » Et il se sentit de nouveau très fatigué et affaibli.Il s’assit à même le sol, le dos contre le mur, et fit tomber une tuile qui se brisa net. Il s’emporta de nouveau et se sentit encore plus faible. « Je vais ramasser les tessons et essayer de reconstituer le visage. » Mais il était trop fatigué et n’arrivait pas à reconstituer le puzzle. Les morceaux ne correspondaient pas et il se mit à jouer , les plaçant n’importe comment jusqu’à ce qu’une figure se forme.

Elle n’était pas grimaçante et, la regardant, Ranpanpan se prit à sourire. Le premier sourire de sa journée ! Il se sentit soudain tout ragaillardi et rafraîchi. L’air était moins étouffant et les murs prirent une teinte délicate. Il sourit encore plus : « Comment ai-je pu oublier l’aide du sourire ? » Et tous les portraits le regardaient avec douceur et tendresse, transformés eux aussi. »Comme ils sont beaux ! Je vais maintenant les revoir tous par plaisir... »

Il se releva et allait reprendre le chemin en sens inverse quand il buta contre un tesson qui n’était pas rentré dans la reconstitution de la tuile cassée. Il le ramassa et sourit encore. Sur le petit bout de terre était inscrit : « Chaque coup de colère est un coup de vieux, chaque sourire est un coup de jeune. »

Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan… notre héros revint chez lui d’un pas alerte , en gardant précieusement le petit tesson.

Dimanche 20 décembre 2020

Vint le cinquième jour. Ranpanpan, bien éprouvé par ses expériences précédentes, songea à cesser ses explorations. Il ne lui restait plus qu’une direction à découvrir mais il avait entendu dire que l’on n’en revenait jamais… Renoncerait-il à sa promesse faite à la fontaine ? Il semblerait bien pleutre...Prenant son courage à deux mains, il sortit de nouveau. Ran-pan-pan, ran-pan-pan, ran-pan-pan…

Après une bonne marche, il se trouva dans un étroit défilé dont les hautes parois métalliques se touchaient presque. Ses pas résonnaient de façon inquiétante :Rane-pane-pane, rane-pane-pane, rane-pane-paneIl frissonna. « La 5ème galerie !Qu’elle est sinistre ! Je ne crois pas que j’irai au bout ! »

A peine avait-il fait quelques pas, qu’un énorme bloc métallique roula derrière lui et boucha l’entrée. Il fut saisi d’effroi. Bloqué ! Il voulut s’appuyer sur la muraille lorsqu’il comprit qu’elle était constituée de milliers de petites lames. Impossible de s’arrêter ! Il avança jusqu’à ce qu’un amoncellement de chaînes bloque le chemin. Mais, c’était un Rampant et il sut garder son équilibre en s’aplatissant sur les anneaux pour les escalader.

Arrivé en haut du tas, il se sentit glisser inexorablement de l’autre côté quand il découvrit que le fouillis de chaînes aboutissait à un gouffre tout noir. Il allait périr cette fois ! Il ne pouvait se rattraper à rien et glissait, glissait, glissait…

Lundi 21 décembre 2020

La chute de Ranpanpan dans le noir semblait ne pas avoir de fin. Il eut très peur : « C’est fini ! Cette exploration était de trop ! Je ne reverrai plus jamais la fontaine et je ne boirai plus jamais de son eau douce et dorée qui fait… sourire ... » Et l’idée lui vint justement de sourire « Je vais sourire, cela me donnera du courage ! » Malgré sa terreur, il fit l’effort de sourire.

La lumière se fit soudain autour de lui, il se sentit léger et aérien. La nuit obscure était chassée par un magnifique soleil comme il n’en avait jamais vu avant la clairière de la fontaine. Quel bonheur ! Il se sentit atterrir sur un frais coussin de gazon. Il reprit son souffle en souriant et entendit tout à coup un petit bruit familier: « Pssst… ! Pssst ! Par ici…. ».

Était-ce possible ? Mais oui, c’était son amie la fontaine qui l’appelait joyeusement au fond de sa clairière ! « Bravo Rantanplan ! Tu as réussi ! Tu as découvert les cinq galeries ! Et surtout la dernière, la plus difficile car il fallait vaincre la peur!Voici ta récompense » Il s’approcha du bassin et découvrit un beau médaillon à son nom sur lequel il lut : « Celui qui n’a pas peur n’a pas de courage. » Il sourit à nouveau, sans même avoir bu de l’eau douce et dorée.

 

à suivre...
Lundi 21 décembre 2020

La chute de Ranpanpan dans le noir semblait ne pas avoir de fin. Il eut très peur : « C’est fini ! Cette exploration était de trop ! Je ne reverrai plus jamais la fontaine et je ne boirai plus jamais de son eau douce et dorée qui fait… sourire ... » Et l’idée lui vint justement de sourire « Je vais sourire, cela me donnera du courage ! » Malgré sa terreur, il fit l’effort de sourire.

La lumière se fit soudain autour de lui, il se sentit léger et aérien. La nuit obscure était chassée par un magnifique soleil comme il n’en avait jamais vu avant la clairière de la fontaine. Quel bonheur ! Il se sentit atterrir sur un frais coussin de gazon. Il reprit son souffle en souriant et entendit tout à coup un petit bruit familier: « Pssst… ! Pssst ! Par ici…. ».

Était-ce possible ? Mais oui, c’était son amie la fontaine qui l’appelait joyeusement au fond de sa clairière ! « Bravo Rantanplan ! Tu as réussi ! Tu as découvert les cinq galeries ! Et surtout la dernière, la plus difficile car il fallait vaincre la peur!Voici ta récompense » Il s’approcha du bassin et découvrit un beau médaillon à son nom sur lequel il lut : « Celui qui n’a pas peur n’a pas de courage. » Il sourit à nouveau, sans même avoir bu de l’eau douce et dorée.

Mardi 22 décembre 2020

La fontaine eut comme un rire : « Pssst… .ssst…. sst ! Comme je suis fière de toi Ranpanpan ! Tu as fait preuve de grandes valeurs et tu souris maintenant sans même avoir à boire de mon eau ! Tu peux désormais accéder à une expérience encore plus grande que ces cinq dernières. »

- « Quelle nouvelle expérience, fontaine ? Je ne crois pas avoir la force de vivre encore de nouvelles épreuves : je suis si fatigué... » Il bailla

- « Je sais bien, Ranpanpan, je sais bien. Aussi, bois un peu de ce nectar doux et doré et rentre vite chez toi. Ferme ta porte, couche toi et dors aussi longtemps que tu le pourras. Ce sera ta seule épreuve...pour l’instant ! »

Trop épuisé pour réagir, notre héros but, sourit et rentra vite dans sa tanière sans poser plus de question.

Il rangea son médaillon dans sa boîte à trésors et s’allongea aussitôt. La nuit se fit . Tout à coup, il sentit le froid l’envahir. Un froid si pénétrant qu’aucune couverture ne pouvait le réchauffer. Il pensa à la pelote qu’il avait ramenée de la galerie de l’impatience et se mit à s’enrouler dans le fil nacré et soyeux. Peu à peu une douce chaleur l’envahit. Il eut un grand sourire et s’endormit d’un sommeil de plomb.

 

Mercredi 23 décembre 2020

Ranpanpan dormit des jours et des nuits dans son cocon de fil nacré et soyeux. Sa porte resta hermétiquement fermée et peu à peu , les autres Rampants l’oublièrent, pensant qu’il avait mystérieusement disparu comme tant d’autres. Les ronces et les pierres finirent par obstruer l’entrée de sa tanière qui s’effaça définitivement.

Un jour, il finit par s’éveiller. Il eut envie de bouger. Mais, bloqué dans sa gangue soyeuse, il ne put remuer. L’air et la lumière lui manquaient . « Ha, ha, ha voilà donc la plus grande expérience annoncée par la fontaine ! C’est la disparition définitive de ce monde ! » Il se laissa aller, sans forces, tout à la fois indifférent, triste, exaspéré, plein de colère et de peur.

Il songea tout à coup aux trésors de sa boîte et à leurs messages.

Un grand sourire envahit Ranpanpan qui sentit la force et le courage lui revenir. Il s’arc-bouta et poussa patiemment le cocon jusqu’à ce qu’il éclate et qu’il s’en extirpe avec précaution, membre après membre. Il se sentait ankylosé et poisseux . Ses yeux, trop longtemps fermés, avaient peine à s’entrouvrir et papillotaient douloureusement. Sa respiration courte se fit peu à peu plus large. L’air lui parut délicieusement frais et parfumé. Il fit un effort pour écarquiller les yeux et regarder autour de lui sa chère tanière mais resta stupéfié.

Jeudi 24 décembre 2020

Rien n’était plus comme avant : sa porte était bouchée mais une chaude lumière ondoyait sur les murs et des bouffées de parfums délicieux lui parvenaient. Ranpanpan se retourna et découvrit… encore une galerie ! Une galerie qui semblait l’appeler avec ses effluves et ses scintillements. Il saisit sa boîte à trésors et s’envola littéralement vers ce nouveau destin.

Au fur et à mesure qu’il avançait, des sons mélodieux lui parvenaient. Des airs qui lui donnaient envie de chanter, lui qui n’avait jamais chanté. Un bon et grand sourire l’envahit.

Au bout de la galerie, il fut saisi par le spectacle qui s’offrait à lui. Une immense salle décorée de fleurs et de branches, de fruits et de boules de verre multicolores, de guirlandes et de bougies. Elle était parcourue par tout un peuple habillé de douces couleurs, riant et chantant.

Ranpanpan n’avait jamais imaginé pareil enchantement. Il fut aussitôt entouré et entraîné gaiement vers un buffet de délices parfumées.

Il entendit alors un petit bruit bien familier: « Pssst… ! Pssst ! Par ici…. ». Une belle jeune femme aux longs cheveux lui offrait avec un sourire malicieux un verre d’eau douce et dorée :« Joyeux Noël Ranpanpan ! Te voilà un être nouveau après toutes tes épreuves ! »

-  « Oui ! Grâce à ta curiosité, ta joie, ta patience, ta sagesse et ton courage tu as brisé la malédiction qui pesait sur les Rampants depuis les excès de leurs ancêtres ! » ajouta derrière lui la voix joviale d’un vieil homme finalement pas si ratatiné et pas si moche que cela... « Joyeux Noël, Ranpanpan ! »

Ranpanpan eut un immense sourire : « Joyeux Noël à tous ! »

Et depuis les Rampants vécurent debout, légers et colorés, heureux et accueillants dans de belles maisons sans prétention.

 

Fin

Publié dans L'heure du conte

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Quatre flammes pour Noël

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Voici un beau conte  inspiré d'un texte de la communauté chrétienne de Brossard, au Québec. Bonne lecture...

 

C'est le soir de Noël. Toute la maisonnée parle et rit pendant qu'un enfant se glisse dans la salle à manger et s'approche de la table décorée. Au milieu des décorations, l'enfant remarque quatre belles bougies dont les flammes brillantes dansent pleines de vie et semblent tenir conversation... 

"Moi, je suis la lumière de la paix, dit la première flamme, et je me demande pourquoi je brûle? Qui croit encore en la paix? Regardez ces guerres partout... Ces gens innocents qui meurent... Regardez ces violences à l'école... Regardez ces disputes à la maison... Je suis la lumière de la paix et je ne sers à rien! Personne ne désire plus m'accueillir ou me propager..." En disant ces mots, la première flamme, celle de la paix s'éteignit. 

La deuxième flamme prit aussitôt la parole:
 "Moi, je suis la lumière de l'amour et je me demande aussi si je  vais continuer à brûler. Aujourd'hui, les gens s'enferment et ne pensent qu'à eux... Leur seule lucarne, c'est l'écran de télé! Là, ils voient bien qu'il y a plein d'enfants qui n'ont pas à manger ou qui souffrent; ils voient aussi, d'un œil distrait, les reportages sur les personnes seules et sur les gens à la dérive... Ils voient tout cela mais ils restent assis dans leurs fauteuils... Ils ne font rien... Ils ne bougent pas le petit doigt. Et moi, je vis pour être donnée, pour être partagée... Alors à quoi bon vivre, à quoi bon continuer à brûler?"
 En disant cela, la deuxième flamme, celle de l'amour s'éteignit.

La troisième bougie de Noël prit la parole:
 "Moi, je suis la lumière de la foi. Cela fait des années que je dis: "Ayez confiance en Dieu! Il est là avec nous! Il peut nous accompagner, nous épauler, nous porter..." Mais qui croit en ces paroles? Qui a confiance en Dieu? Qui s'appuie sur lui? Je crois que je suis moi aussi inutile... Les gens n'ont plus besoin de moi..."
Et la troisième flamme, celle de la foi, s'éteignit.

Il ne restait plus qu'une flamme et l'enfant était devenu triste parce que la belle table de Noël était presque dans l'obscurité.
L'enfant dit à la dernière flamme: "Alors, toi aussi tu vas t'éteindre?"
Seule, mais plus vive que jamais, la quatrième flamme lui répondit:
"Non! Je vais continuer à briller! Toujours! Je suis la lumière de l'espérance... C'est moi qui vous permets de tenir pendant les moments de tristesse, de découragement. Je suis la lumière qui jaillit dans la nuit, dans le doute, dans le froid pour illuminer les terres humaines. Je suis le petit enfant de Bethléem qui sème et qui sème encore, et qui rallume toutes les vies éteintes... Et je serai toujours là!"

 L'enfant médita un instant ces paroles... Il comprit que la flamme espérance pouvait redonner vie à toutes les autres flammes. Il prit alors entre ses mains la petite lueur et ralluma bien vite les trois autres mèches: celles de la paix, de l'amour et de la foi. Et toutes ces flammes brillèrent d'un si grand feu qu'elles illuminèrent le cœur de tous les convives !
 

 

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte 2019 : Le portrait

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

 

 

 

 

 

Lundi 2 décembre 2019

Un soir de grand rangement dans le grenier, nous avions retrouvé un vieux portrait d’un grand-oncle. En passant un chiffon sur la photo d’art cerclée d’un cadre impressionnant, nous nous efforcions de retrouver son nom, mais en vain. Le beau moustachu restait anonyme.

Soudain, sur la vitre protectrice, nous apparut le reflet de … notre amie, la femme sans âge.

Souvenez-vous, la femme sans âge du pays de n’importe où, qui raconte des histoires de n’importe quoi et qui rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter des histoires si étonnantes que l’on ne peut s’empêcher de les écouter et … d’y croire.

 

Tout contents de faire une pause, nous lui accordâmes notre plus grand sourire en posant notre chiffonnette :

« Bonsoir, bonne amie ! Comme vous tombez bien ! Nous cherchons en vain le nom de ce grand-oncle dont le nom n’est pas mentionné sur cette belle photo. Vous qui connaissez tant de choses, vous saurez peut-être nous le dire ? »

Elle nous rendit notre sourire :

« Ah, ah mes bons amis ! J’aimerais bien vous aider car il est important de garder le souvenir de ses ancêtres mais je ne connais pas les noms de votre pays... »

Reprenant un air très concentré elle se pencha vers nous :

« Mais cessez de frotter ce portrait et rangez ce chiffon car cela me rappelle une histoire du pays de n’importe où... »

Nous obtempérâmes, et nous installâmes confortablement, tout à son écoute :

« Il y avait, en un autre temps, au pays de n’importe où ... »

Mardi 3 décembre 2019

Il y avait, en un autre temps, au pays de n’importe où, une famille bien sympathique qui habitait une demeure ancienne dotée d’un long couloir orné de portraits de famille. Il y en avait de toutes sortes : des grands, des petits, des hauts, des longs, des carrés, des ronds… Tous représentaient des ancêtres de la famille et chacun se plaisait à les regarder de temps à autre pour rappeler les grands et les petits souvenirs . Le portrait préféré de tous était celui d’un ancêtre, mort encore jeune et particulièrement beau, qui avait fait beaucoup de bien autour de lui, apportant la paix et la joie partout où il passait. On le surnommait « le Bel Ancêtre ». La famille bien sympathique le prenait un peu pour modèle espérant faire régner toujours cette paix en son sein.

Mais, mais, il se trouve que tous ces efforts étaient régulièrement brisés par l’un de ses membres, un jeune homme très beau et curieusement en tous points semblable au Bel Ancêtre, mis à part un tout petit grain de beauté logé au bas du lobe de son oreille gauche qu’il caressait de temps à autre. S’il était la réplique physique du Bel Ancêtre, il était en revanche son opposé pour le caractère. Être suffisant, imbu de sa personne, il estimait que tout lui était dû, que rien n’était assez bien pour lui. Il était le seul de la famille bien sympathique à ne pas admirer le Bel Ancêtre, trop faible à ses yeux. En fait, sans pouvoir le dire, il détestait cordialement son portrait évitant de le regarder lorsqu’il passait dans le couloir.

Mercredi 4 décembre 2019

Depuis son plus jeune âge, le Beau Détestable entendait les comparaisons avec le Bel Ancêtre. « Comme il lui ressemble, il est aussi beau que le Bel Ancêtre, il sera aussi un modèle de paix et de joie ... » Et plus son entourage insistait, moins il se sentait exister. Un jour, il commença à penser : « Mais je suis le plus beau, donc le meilleur et personne n’a à me dire ce que je dois faire . Désormais je ne ferai plus que ce qu’il me plaira de faire ! Quant au Bel Ancêtre, je n’ai rien à voir avec lui et je hais ce portrait parfaitement ridicule !»

Et commença pour la famille si sympathique une longue série de désillusions et de déceptions.

Le Beau Détestable allait ou n’allait pas en classe, selon que l’enseignement du jour lui plaisait ou non. Il cessa de fréquenter les amis honnêtes, trop simples et prévisibles, pour retrouver des comparses plus flatteurs mais dangereux. L’argent de poche que lui donnait sa famille ne suffisait plus pour satisfaire ses caprices et suivre ses nouveaux compagnons, il entrait dans des rages folles jusqu’à obtenir satisfaction. Plus âgé, il se mit à jouer dans des cercles où il gagna beaucoup d’argent mais se compromit aussi largement pour ne pas perdre. Il revenait dans sa famille, imbu de sa personne, méprisant et écrasant tout le monde de sa morgue et de son argent.

La famille bien sympathique était consternée. Elle essayait de l’entourer, espérant le voir revenir à de meilleurs sentiments. Mais en vain. Chaque fête de famille, si paisible et si joyeuse autrefois devenait un long supplice plein de conflits suscités par le Beau Détestable.

Jeudi 5 décembre 2019

A l’occasion de chaque fête, anniversaire, mariage ou autre réunion de famille, le Beau Détestable trouvait les moyens les plus subtils de vexer et d’attrister : il offrait des cadeaux désagréables , il soufflait les bougies du gâteau à la place de l’impétrant, il rappelait des événements tristes à faire pleurer toute l’assistance, il imposait la présence de ses comparses douteux sans prévenir, il engageait des discussions politiques qui opposaient les uns contre les autres, il tournait en dérision les qualités des personnes honorées … Bref,chaque occasion de se réjouir ensemble devenait un véritable supplice pour l’assemblée. Et pourtant la famille bien sympathique ne voulait pas l’exclure et espérait toujours qu’avec le temps le Beau Détestable s’améliorerait et deviendrait semblable enfin au Bel Ancêtre.

« Ah ! murmurait-on dans le couloir en passant devant le portrait du Bel Ancêtre, pourquoi le Beau Détestable n’a-t-il hérité que de tes traits ? Si seulement il pouvait apporter aussi la paix et la joie comme tu le faisait ! »

A force d’entendre ces remarques, le Beau Détestable finit par prendre en grippe le Bel Ancêtre et ... ne plus pouvoir le voir en ... portrait ! De rage, il saisit un soir le lourd portrait et le retourna face contre le mur !

Vendredi 6 décembre 2019

Le cadre du portrait, richement décoré, tapa rudement contre la cloison en émettant un son étrange, comme un « aïe ! ». Le Beau Détestable s’éloigna en grommelant : « et maintenant, les portraits se mettent à geindre ! ». Il se pinça le lobe de l’oreille et se rendit à son cercle de jeu pour oublier toutes ses contrariétés.

Le portrait passa toute la nuit face contre le mur. Le lendemain matin arriva Felicia, la jeune femme de ménage, toute mignonne et toute pimpante. Elle chantonnait en permanence des petites mélodies très gaies mais inconnues de tous en faisant glisser son chiffon : « La-li-lou-li-la.. ! » et ffft-ffft ! Tout était propre ! Quand elle vit le dos de la grande photo elle cessa net de gazouiller : « Oh pauvre Bel Ancêtre ! Que vous est-il arrivé? Ne craignez rien, je vais vous remettre en place et vous pourrez à nouveau sourire à toute la famille bien sympathique ! ».

Elle retourna le portrait et reçut aussitôt le large sourire du Bel Ancêtre. « La-li-lou-li-la.. ! » . Felicia en profita pour passer son chiffon sur le bout du nez du Bel Ancêtre : ffft-ffft , et il lui sembla que le héros plissait les yeux : « Mille excuses, Bel Ancêtre ! Je ne voulais pas vous faire éternuer ! ». Elle s’éloigna, continuant d’agiter son chiffon : ffft-ffft !

Samedi 7 décembre 2019

Felicia, toute légère, continua son chemin en chantonnant « La-li-lou-li-la.. ! » quand elle entendit derrière elle « ‘tchoum ! ». Elle sourit, amusée : « J’ai vraiment dérangé le Bel Ancêtre  avec mon petit chiffon! Une fois de plus il a fait des siennes avec son ffft-ffft ! si étrange ».

C’était bien le Bel Ancêtre qui avait éternué dans son cadre !

En découvrant ce prodige, le Bel Ancêtre commença à s’animer dans son portrait. « Hum, hum ! Il me semble que je reprends vie ! Il me plairait bien d’apporter un peu de joie à ma si sympathique famille ! Comment pourrais-je m’y prendre ? »

« Je vais commencer par faire sourire tous ceux qui passent devant moi. » Et le Bel Ancêtre accentua son beau sourire. Les uns et les autres défilèrent toute la journée devant le portrait sans trop comprendre pourquoi une irrésistible envie de sourire, de rire, ou même de chanter les prenait chacun leur tour. Mais comme il s’agissait d’une famille bien sympathique, le phénomène ne parut pas exceptionnel.

Quoique.

Dimanche 8 décembre 2019

Un membre de la famille ne fut pas sensible à l’atmosphère joyeuse qui régnait : le Beau Détestable. Bien au contraire, il trouva très louche et désagréable cette collection de sourires dans la famille. Il leur trouva aussitôt les qualificatifs les plus désagréables : sourire béat, sourire niais, sourire mordant, sourire las, sourire provoquant, sourire narquois, et finalement, sourire hideux !

En entendant toutes ces dérisions, les membres de la famille peu à peu perdirent leurs beaux sourires et, une fois de plus la morosité les envahit par la faute du Beau Détestable.

Apercevant la scène de loin, le sang du Bel Ancêtre ne fit qu’un tour dans l’encre du portrait : « Hum, hum ! Cela ne peut continuer ainsi ! Je ne peux rester témoin des méchancetés de mon indigne descendant sans réagir ! » Mais comment faire lorsque l’on est emprisonné dans un portrait ? Le Bel Ancêtre essaya de bouger mais il restait plaqué sous la plaque de verre…

Dans l’effort, il accentua son sourire, juste au moment où le Beau Détestable passait, ricanant encore de l’effet produit par ses dernières critiques. Il remarqua le sourire particulier du Bel Ancêtre : « Et lui, là ? Il se moque carrément de moi avec son sourire plein de dents ! Qu’il regarde ailleurs, à la fin ! ». Et il retourna à nouveau le portrait contre le mur.

Lundi 9 décembre 2019

Cette fois le Bel Ancêtre fut très mécontent : « Je dois trouver une solution ! Je ne vais pas passer toutes mes nuits, le nez sur le mur ! Ce jeune blanc-bec insolent commence à m’insupporter vraiment !»

Le lendemain matin, il entendit de loin la chansonnette « La-li-lou-li-la.. ! ». « Felicia et son chiffon magique qui donne vie aux objets!J e suis sauvé ! ». La jeune femme de ménage, toute mignonne et toute pimpante arriva et s’étonna de trouver encore le portrait face au mur . Elle le regarda droit dans les yeux et d’un air malicieux s’adressa à lui : « Comment est-ce possible, Bel Ancêtre, Vous voilà encore tour retourné ! A croire que vous reprenez vie et cherchez à vous échapper ! »

Elle le remit en place et, ffft-ffft ! elle promena son étrange petit chiffon sur le nez du Bel Ancêtre qui se sentit frémir dans son cadre et éternua de nouveau : ‘tchoum !Felicia se mit à rire : « Mais c’est bien ça, vous reprenez vie , Bel Ancêtre !N’auriez-vous pas envie de faire une petite promenade ? »

Le Bel Ancêtre allait lui répondre lorsque Felicia fut appelée au bout du couloir. « La-li-lou-li-la.. ! » Toujours joyeuse, elle s’éloigna en oubliant son chiffon sur l’angle du portrait.

Mardi 10 décembre 2019

Le Bel Ancêtre grommela : « C’est bien ma chance ! La proposition de Felicia me plaisait bien ! j’aurais bien aimé sortir de ce cadre pour aller faire un petit tour dans la maison... J’aurais pu aller voir dans le couloir le portrait de ma chère femme… j’aurais pu me réchauffer auprès de l’âtre… j’aurais pu fureter dans la cuisine pour grignoter quelques douceurs de l’Avent ... j’aurais pu écouter les jolis chants de Noël chantés chaque soir … j’aurais pu profiter de l’ambiance si paisible par ma sympathique famille … enfin, quand le Beau Détestable ne gâche pas tout par ses méchancetés ! Et, justement, j’aurais pu aussi essayer de raisonner ce descendant si décevant !»

Le Bel Ancêtre commença à s’agiter , plein d’impatience, mais ne réussit qu’à se cogner le front contre le verre du portrait. Hélas, il devait se résigner à demeurer là, immobile.

Il reprenait son éternelle pose souriante quand soudain, il sentit comme un petit chatouillis au-dessus de sa tempe. « Que se passe-t-il donc ? Ah comme j’aimerais pouvoir bouger ! » pensa-t-il.

- « ffft-ffft ! mais c’est possible si tu le veux vraiment… ffft-ffft ! »

- « Qui me parle donc ? Bien sûr, je veux vraiment sortir… ! »

- « ffft-ffft ! Alors, lève les yeux vers le haut du portrait, tu me verras !ffft-ffft ! »

Le Bel Ancêtre dans un effort sublime réussit à relever les yeux et découvrit un bien étrange reflet...

Mercredi 11 décembre 2019

C’était le reflet du chiffon de Felicia ! Ffft-ffft ! Il s’agitait tout seul, frottant et refrottant le portrait. « ffft-ffft ! Essaie de m’attraper ! »

« Allons bon ! Un chiffon qui parle ! Quelle bizarrerie ! Mais, après tout, réfléchit le Bel Ancêtre, j’éternue aussi et je pense !Ce monde est magique ! Je vais essayer de l’attraper ! »

Le Bel Ancêtre se mit à balancer au rythme des frottements du chiffon et, peu à peu, il se sentit glisser vers le haut du portrait, se dégageant enfin du papier glacé. ffft-ffft !il sentit le chiffon et son drôle parfum de cire passer sur son visage : il était tout à fait dehors maintenant. « ‘tchoum!arrête de frotter, étrange chiffon, tu me fais éternuer ! » Et le Bel Ancêtre se prit à rire , heureux d’avoir repris vie.

« ffft-ffft !reprit le chiffon, attention, Bel Ancêtre, tu peux profiter de cette sortie la nuit durant mais tu dois reprendre ta place avec mon aide dans le portrait dès que le jour se lève . Sinon tu disparaîtrais à tout jamais ! »

L’occasion était trop belle, le Bel Ancêtre promit aussitôt de ne faire qu’une petite promenade dans la maison et de revenir bien avant le lever du jour. Il prit une grande bouffée d’air qui lui redonna son volume d’autrefois et il s’engagea dans le couloir.

Jeudi 12 décembre 2019

Comme il en rêvait depuis longtemps, le Bel Ancêtre se rendit tout de suite vers le portrait de sa chère épouse. Il la trouva un peu tristounette et il lui adressa son magnifique sourire mais elle semblait regarder si loin qu’elle ne pouvait le voir. « Il faudra demander au chiffon magique s’il peut aussi la sortir de là, songea-t-il » Mais le chiffon avait disparu.

« Quel dommage ! Mais continuons notre petite promenade avant que le jour ne pointe ! » Et le Bel Ancêtre entra, au bout du couloir dans la cuisine où il découvrit une pyramide de petits gâteaux cuits le jour même. Ils sentaient bon la cannelle et la noisette. Il voulut en déguster quelques uns mais, hélas il ne put les avaler ! Eh, oui , il n’était qu’un portrait en promenade ! Il s’approcha alors de l’âtre pour sentir à nouveau le plaisir de la chaleur mais il n’eut aucune sensation sauf, une petite odeur de papier brûlé…. Il n’eut que le temps de s’écarter pour éviter de s’enflammer, pauvre portrait en promenade!

Le Bel Ancêtre était encore tout palpitant de sa mésaventure lorsque son attention fut attirée par des bruits de plus en plus forts.

Vendredi 13 décembre 2019

Les bruits venaient du grand salon : il y avait des grincements, des claquements, des sifflements, des cognements de plus en plus intenses. Intrigué et un peu inquiet, le Bel Ancêtre s’approcha doucement. De grandes ombres passaient et dansaient devant la lumière vive laissée par la porte grande ouverte.

« Hum, hum ! Que se passe-t-il donc ici ? Habituellement j’entends de loin les doux chants de l’Avent retentir ! D’où vient donc ce vacarme et cette agitation ? »

Prudemment, le Bel Ancêtre glissa sa fine silhouette dans l’encadrement de la porte sans se faire remarquer. Mais comment aurait-il d’ailleurs pu se faire remarquer ? Le grand salon était complètement envahi par toute la maisonnée qui tentait de hisser un immense sapin. Il fallait pousser le grand piano, protéger les beaux vases de Chine sur les guéridons qui commençaient à tourner sur eux-mêmes, rattraper les tentures emportées par la pointe de l’arbre, tirer à hue, puis à dia...Chacun ajoutait son commentaire, son conseil, son ordre dans un joyeux tohu-bohu. C’était déjà l’événement de la période de l’Avent du temps du Bel Ancêtre qui se mit à rêver en se rappelant de beaux souvenirs….

Il était bon de retrouver la famille si sympathique…

Samedi 14 décembre 2019

Finalement, le sapin fut installé, trônant majestueusement au milieu du salon. Sa décoration pouvait commencer. Les guirlandes furent lancées, placées harmonieusement, puis les tranches d’oranges séchées, les petits sujets en bois, les glaçons translucides… Chacun chantait joyeusement des cantiques de Noël et les précieux cartons contenant les boules si fragiles allaient être ouverts lorsque qu’un grand courant d’air fit tout remuer, jusqu’à la pointe du sapin. Les chants s’arrêtèrent nets et le silence glaça les veines de papier de notre Bel Ancêtre.

Une grande ombre apparut à l’entrée de la pièce : le Beau Détestable !Il revenait, épuisé par une après-midi de jeu et fier d’avoir gagné une fois de plus. D’un œil goguenard, il regarda tout le déballage : « Mais qu’est-ce que tout ce désordre ? Êtes-vous fiers de toutes ces pauvres babioles gardées d’une année sur l’autre ? Vous auriez dû me demander de vous rapporter des décors neufs et plus somptueux . Je gagne tant au jeu que peux tout acheter! Regardez ces boules de verres : voilà bientôt 20 ans que nous les retrouvons chaque année sur le sapin ! Si ce n’est pas une misère ! »

Et d’un grand geste méprisant il balaya les précieux cartons de boules qui tombèrent par terre, se brisant en mille miettes. La famille si sympathique resta bouche bée . Les enfant se mirent à pleurer. Exaspéré, le Beau Détestable hurla : « Arrêtez ! C’est insupportable ! Je vais vous acheter d’autres boules encore plus belles ! »

Il tourna les talons et partit, manquant de renverser au passage la frêle silhouette du Bel Ancêtre.

Dimanche 15 décembre 2019

Chacun fit de son mieux pour réparer les dégâts. Les enfants furent consolés et reçurent des petits gâteaux. Les éclats de verre furent balayés et le peu de boules restées intactes furent accrochées avec une particulière tendresse aux branches du sapin. Les guirlandes électriques furent branchées et le sapin devint magique, distribuant des clins d’œil de toutes les couleurs à l’assemblée émerveillée. La paix revint et les doux chants reprirent.

Le Bel Ancêtre avait essayé de participer au nettoyage mais quelle ne fut pas sa déception ! Ses bras tout légers n’avaient aucune force ! Pire ! Personne ne semblait le voir et il faillit plusieurs fois être piétiné. Déçu il se rangea derrière les rideaux pour profiter un peu de ces belles mélodies.

Comme le reste de la si sympathique famille il se laissa peu à peu envahir par la magie paisible de l’Avent.

La veillée prit fin avec les bâillements des enfants ; on se souhaita bonne nuit et chacun partit dans sa chambre. Le Bel Ancêtre se dirigea vers le couloir et se glissa dans son cadre, aidé par le chiffon magique qui semblait l’attendre : « ffft-ffft !J’avais bien peur que tu ne reviennes à temps ! Mais tout va bien ! » et ffft-ffft ! Le chiffon frotta de nouveau le portrait, vérifia sa bonne position et disparut.

Le calme et le silence régnaient à nouveau dans la maison. Le Bel Ancêtre reprit sa pose et son grand sourire. « Douce nuit ... »

Lundi 16 décembre 2019

Douce nuit, douce nuit … mais pas pour tout le monde !

Les douze coups de minuit retentissaient lorsque la grande ombre du Beau Détestable glissa dans le couloir. Il rentrait de son cercle de jeu encore victorieux et vaniteux, traînant un grand sac. Il sentait le tabac et l’alcool et ne marchait pas très droit, heurtant les murs du couloir.

Arrivé à la hauteur du portrait du Bel Ancêtre il s’arrêta et le fixa d’un regard mauvais : « Toi, toi le vieil ancêtre ! Tu me regardes encore comme si j’étais le pire des hommes mais, mais, tu sais tout le monde dit que je suis ta copie conforme ! A-alors, si je suis le pire des hommes , tu l’es aussssssi ! Ou, ou bien, je suis aussssssi  bien que toi ! Ha, ha ,ha ! La bonne idée ! Mais, mais oui, je suis aussssssi  bien que toi ! D’ailleurs regarde ce sac ! J’ai acheté toutes les décorations les plus chères et les plus à la mode pour le sapin : cela fera un peu de nouveauté dans la maison ! Ha, ha, ha ! »

Le Beau Détestable, ouvrit son grand sac et, provocateur, déballa tous les paquets qu’il contenait, répandant à même le sol boules et gadgets de toutes sortes, plus clinquants les uns que les autres.

Se redressant , il se cogna le front contre le portrait et vit l’éternel sourire du Bel Ancêtre : « Et, et, cela te fait encore rire ! Tu, tu m’exaspères à la fin ! » et , de rage, il saisit le cadre et le retourna une fois de plus contre mur . Il s’éloigna, titubant , en laissant en vrac sur le dallage tous ses coûteux achats.

Mardi 17 décembre 2019

Le Bel Ancêtre ruminait, le nez contre le mur : « Que ne donnerais-je pour faire comprendre au Beau Détestable qu’il est bien malheureux pour semer ainsi la désolation autour de lui ! » Il essaya bien de se faufiler à nouveau hors du cadre mais, las ! Sans l’aide du chiffon magique la manœuvre était impossible. « Pourvu que ce cher chiffon soit là demain soir et me permette de quitter ce mur : j’irai dire ce que je pense au Beau Détestable ! » Il prit son mal en patience et passa la nuit sans autre paysage que le mur.

L’espoir lui revint le lendemain matin lorsqu’il entendit de loin la chansonnette de Felicia. « La-li-lou-li-la.. ! » Mais le chant s’arrêta brusquement en arrivant près du portrait. « Mon Dieu ! Que c’est-il passé ? Quelle catastrophe !» Le Bel Ancêtre se réjouit : « Ah, voici ma libératrice ! » Hélas il resta face au mur car Felicia venait de trouver tout l’amas de décors déballés la nuit par le Beau Détestable. Elle se baissa aussitôt pour ramasser et ranger sur une table tous les objets et pour jeter tous les papiers déchirés, éparpillés ici et là. Le Bel Ancêtre enrageait comprenant qu’une fois de plus il restait bloqué à cause du Beau Détestable.

Mais après avoir tout nettoyé, Felicia se releva enfin et vit le dos du portrait « Ohh ! Pauvre Bel Ancêtre encore tout retourné ! Faites-moi vite votre beau sourire !» Felicia remit aussitôt en place le portrait et passa son étrange chiffon sur le verre : ffft-ffft !Comme la veille le Bel Ancêtre ne put retenir un éternuement : « ‘tchoum », ce qui fit rire Felicia . Après lui avoir fin un clin d’œil, elle repartit, toute guillerette en … «oubliant le chiffon derrière le cadre… « La-li-lou-li-la.. ! »

Mercredi 18 décembre 2019

La journée s’écoula, paisible sous le regard souriant du Bel Ancêtre. La famille bien sympathique s’exclama devant les décors apportés par le Beau Détestable … finalement trop gros et trop lourds pour décorer harmonieusement le sapin. Les uns allèrent travailler hors de la maison, les autres y restèrent douillettement en vacances à lire des contes, à chanter ou à préparer des petits gâteaux dans la cuisine. On entendait Felicia passer ici et là avec son joyeux : « La-li-lou-li-la.. ! »

Le Beau Détestable était bien sûr reparti à son cercle de jeu en se caressant distraitement le lobe de son oreille gauche. Toutes ses aigreurs de la veille étaient oubliée par cette famille décidément bien sympathique. Mais le Bel Ancêtre veillait et restait bien décidé à tenter une opération commando le soir même pour aller sermonner son indigne descendant.

La nuit arriva enfin. Après une douce veillée au pied du sapin , les membres de la famille se quittèrent pour aller se coucher tranquillement. Le Beau Détestable rentra bien fatigué et toujours aussi arrogant et , ne trouvant aucune occasion de discorde, se dirigea vers sa chambre, non sans avoir fait au passage une affreuse grimace au portrait du Bel Ancêtre

N’en pouvant plus, ce dernier appela le chiffon magique qui vint aussitôt  astiquer le portrait : ffft-ffft ! Le Bel Ancêtre se mit à balancer au rythme des frottements du chiffon et, de nouveau, il se sentit glisser vers le haut du portrait, se dégageant enfin du papier glacé.

« ffft-ffft !N’oublie pas, dit le chiffon : tu peux profiter de cette sortie la nuit durant mais tu dois reprendre ta place avec mon aide dans le portrait dès que le jour se lève . Sinon tu disparaîtrais à tout jamais ! »

« Mais oui, mais oui, promis ! »

Et le Bel Ancêtre s’élança dans le couloir.

Jeudi 19 décembre 2019

Utilisant son meilleur profil, notre héros courut jusqu’à la chambre du Beau Détestable, bien décidé à lui faire entendre raison; Lorsqu’il arriva devant sa porte, il entendit de sombres grognements. « Bon sang ! Comment peut-on être aussi désagréable alors qu’on est aussi beau et que l’on a une vie aussi facile ! Quand j’avais son âge… Mais au fait ! J’ai toujours son âge car le portrait a été photographié dans ma jeunesse… Ah ! Quelle belle époque ! J’avais aussi beaucoup de chance dans la vie et comme j’aimais partager ce bonheur avec ceux qui m’entouraient ! »

Ragaillardi par ces pensées, le Bel Ancêtre poussa la porte et entra dans la chambre. Elle était plongée dans le noir. Les grognements venaient du lit où le Beau Détestable s’était endormi tout habillé. « Diable, diable ! Je vais devoir le réveiller et le sortir de ses rêves pour lui parler ! »

Le Bel Ancêtre s’approcha du lit et saisit l’épaule du dormeur. Pas de réaction. Les grognements reprirent « Grrr ! Rien n’est bien… rien n’est assez bien...grrr ! » Le Bel Ancêtre insista, tirant l’épaule du Beau Détestable pour le tourner vers lui. Pas de réaction. Le Bel Ancêtre grimpa sur le lit et se planta sur le ventre de son descendant. Pas de réaction. Les grognements reprirent seulement « Grrr ! Personne n’est à ma hauteur… grrr ! »

Le Bel Ancêtre se souvint alors de sa précédente sortie nocturne dans la maison. Eh, oui , il n’était qu’un portrait en promenade ! Il était trop léger pour faire bouger le Beau Détestable ! Que faire ?

Vendredi 20 décembre 2019

« Mais oui ! Si je suis trop léger, un objet plus lourd pourra le réveiller !» Le Bel Ancêtre s’approcha du verre d’eau placé sur la table de chevet et le fit basculer sur la tête du Beau Détestable. Un petit choc et de l’humidité, l’effet fut immédiat : le dormeur se réveilla aussitôt. « Grrr !Que se passe-t-il? Il y a une fuite dans le plafond ? Je suis sous la douche ? Grrr !

Il n’y a donc pas moyen de dormir tranquillement ?… grrr ! »

Dans le noir, le Bel Ancêtre répondit : « Ne t’inquiète pas ! Tout va bien ! Ce n’est que moi qui cherche à te parler... »

« Qui, moi ? Je ne connais pas ta voix ? »

« Tu ne connais pas ma voix, mais tu connais mon portrait ! Je suis ton Bel Ancêtre auquel tu ressembles tant et à qui tu fais des grimaces dans le couloir... »

« Ha, ha, ha! Un portrait qui parle ! Et dans ma chambre ! Ha, ha, ha ! Je fais encore un de ces rêves absurdes... grrr ! »

« Rêve ou pas rêve, Beau Détestable, tu écouteras, ce que j’ai à te dire !... »

Samedi 21 décembre 2019

Et, planté tout droit devant le Beau Détestable incrédule, le Bel Ancêtre put enfin livrer tout ce qu'il avait sur le coeur.

« Cher descendant qui me ressemble tant pour le physique, que n’as-tu la chance de connaître à tn tour la joie ineffable de vivre dans le bonheur avec les tiens. Tu as la très grande chance d’appartenir, comme moi, à cette famille bien sympathique qui serait parfaitement heureuse sans tes méchantes interventions qui assombrissent sans cesse sa vie. Pourquoi te comportes-tu ainsi ?Pourquoi es-tu si dur ? Combien dois-tu être malheureux pour tout dénigrer et mépriser ainsi ! Mais plus tu continueras sur ce chemin, plus il te sera difficile de trouver un jour la sérénité et la vraie joie de vivre ! Crois-en mon expérience ! J’ai vu défiler tant et tant de visages et de caractères dans ce couloir : nul ne peut avoir ton comportement sans connaître de graves problèmes ! »

Le Beau Détestable resta coi. Aucun doute : il s’agissait d’un mauvais rêve dont il se réveillerait le lendemain. Un portrait reste accroché à son mur et ne vient pas les chambres proférer des fadaises à… dormir couché ! Et dans un grognement, il se retourna pour s’endormir aussitôt : « grrr ! »

Dimanche 22 décembre 2019

Le Bel Ancêtre essaya bien de le réveiller de nouveau mais vainement. « Grrr ! » Seuls des grognements lui répondirent . Tout dépité et songeur, il reprit le chemin du couloir pour réintégrer à temps son portrait. Il ferait beau voir qu’il disparaisse avant d’avoir pu remplir la mission qu’il s’était fixé : la bien sympathique famille devait retrouver définitivement le sourire ! « Comment s’y prendre? Demain est la veille de Noël. Ce serait si bon que cette année enfin toute l’assemblée puisse faire la fête dans la sérénité et le bonheur ». Il retrouva son cadre et le chiffon magique et, ffft-ffft ! se faufila bien vite dans son portrait avant le retour du jour.

Il réfléchit toute la journée, cherchant quelle pourrait être la bonne solution. Il était si préoccupé qu’il n’entendit même pas les joyeux « La-li-lou-li-la.. ! » de Felicia, ne remarqua pas ses clins d’œil pour le faire sourire et ne sentit pas le chatouillis du chiffon. « ‘tchoum ! » Il éternua sans comprendre pourquoi.

Non, il cherchait LA solution. Retourner dans la chambre sermonner le Beau Détestable : inutile, il se rendormirait. L’empêcher de participer à la fête : aucun sens, la sympathique famille en serait désolée. Non, non, non, il fallait trouver autre chose…

Soudain le sourire lui revint : « J’ai trouvé ! ... »

Lundi 23 décembre 2019

« ...Puisque personne ne peut me voir, j’accompagnerai partout le Beau Détestable pour l’empêcher de faire du mal ou réparer ses égarements. Je serai une sorte de doublure invisible ! » Le Bel Ancêtre attendit patiemment le passage de son descendant dans le couloir et cogna contre la vitre du portrait pour lui faire sa proposition. Bien étonné de voir le portrait lui parler, le Beau Détestable, incrédule, prit son air le plus narquois pour répondre : « Ha, ha, ha ! Eh bien ! D’accord ! Si cela peut te faire plaisir… c’est Noël après tout ! A tout à l’heure ! Ha, ha, ha ! »

Dès que le soir fut venu, le Bel Ancêtre appela le petit chiffon, promit de revenir avant le lever du jour et ffft-ffft ! se glissa vite hors du cadre. Il se faufila à travers les préparatifs de la soirée de Noël et chercha le Beau Détestable … mais en vain. « Le bougre a dû encore sortir pour jouer ! Qu’à cela ne tienne, je vais l’attendre parmi les convives»

Le Bel Ancêtre rejoignit la famille et, comme la fois précédente, resta ignoré et invisible. Tout le monde était là, sauf le Beau Détestable. La famille s’inquiétait et, voyant l’heure avancer, finit par décider de commencer les festivités sans lui. Le Bel Ancêtre s’installait discrètement à la place du Beau Détestable quand il entendit de joyeux éclats : « Te voilà enfin ! Nous allions commencer sans toi ! » Il fut stupéfait comment connaissait-on son subterfuge ? Les conversations allaient bon train. Un peu réservées au début. Chacun semblait guetter ses réactions . Puis le voyant rire l’ambiance devint de plus en plus chaleureuse. Les premiers plats arrivèrent et le Bel Ancêtre frémit de plaisir en sentant les fumets délicats et en dégustant chaque met. « Incroyable, se dit-il, il me semble renaître ! Je suis vu, même si l’on me prend pour le Beau Détestable et je ressens à nouveau toutes les sensations perdues ! Que va-t-il se passer lorsque mon cher descendant va arriver ? »

Mais il décida, en attendant, de profiter tout simplement de la bonne soirée et de la joyeuse chaleur retrouvée par la famille. N’était-ce pas la mission qu’il s’était donnée ?

 

Mardi 24 décembre 2019

La fête dura longtemps joyeuse et paisible grâce à la présence du Bel Ancêtre. Les bougies s’éteignirent, les unes après les autres et l’on décida de se quitter après avoir partagé les cadeaux et s’être tendrement embrassé.

Le Bel Ancêtre, bien sûr, reçut tous ceux qui étaient destinés au Beau Détestable , se promettant de lui remettre dans sa chambre . Mais le boudeur n’était pas là. « Sans doute est-il resté dans son cercle de jeu ! »

C’est alors que le notre héros se rendit compte que le jour commençait à pointer derrière la fenêtre. « Vite , je dois regagner mon portrait afin de ne pas disparaître à tout jamais ! »

Le Bel Ancêtre courut jusqu’au couloir et leva la tête vers le cadre… qui n’était pas vide ! « Miséricorde ! Ma place est prise ! Mais, mais, mais… c’est moi ! J’ai déjà repris ma place ! Quel est ce prodige ? Comment puis-je à la fois être de chair et de papier glacé ? »

Il entendit derrière lui comme un petit rire : Ffft-ffft ! Et vit le chiffon : « Chiffon magique ! Que c’est-il passé ? Que vais-je devenir ? Vais-je disparaître à tout jamais ? » « Ffft-ffft ! Regarde mieux le portrait » « Mais, mais … je me tiens le lobe de l’oreille, ce n’est pas dans mes habitudes ! » « Ffft-ffft ! Bien sûr car ce n’est plus toi qui est maintenant dans le portrait, c’est le Beau Détestable ! Il est rentré ce soir de très méchante humeur et s’est montré d’une telle insolence devant ton portrait vide que je lui ai frotté le nez et il s’est retrouvé coincé derrière le vitre ! C’est ainsi que tu as pu reprendre chair et le remplacer. Ffft-ffft ! Tu vas rester bien vivant pour redonner du bonheur à la bien sympathique famille, c’est mon cadeau de Noël !Ffft-ffft ! » 

Le Bel Ancêtre vit le jour se lever et comprit : Une nouvelle vie !

Au loin il entendit sonner clair la chansonnette de Felicia « Louliloulila ! » C’était une belle chanson de Noël !

Depuis la sympathique famille vécut longtemps et longtemps encore dans la paix et le bonheur se réjouissant de la métamorphose du Beau … tout court !

 

Fin

 

 

 

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte 2018 : La petite boîte de Grand-Maman (fin)

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

L'heure de notre conte de l'Avent est de retour. 
Jour après jour, nous vous rapportons ici la dernière histoire racontée par notre amie, la femme sans âge du pays de n'importe où... 
Êtes-vous bien installés ? 
Voici donc un nouvel épisode ….     

 

Pour retrouver les épisodes précédents  : La petite boîte de Grand-Maman (premiers épisodes)

 

       
 

Grand-Maman dégagea sa main de son châle. Elle tenait la fameuse petite boîte, sujet de tant de curiosités inassouvies. Avec son curieux petit sourire , elle annonça que ce serait son seul cadeau pour ce Noël et demanda à chacun ce qu’elle pouvait contenir.

Les parents Toutoutout restèrent sereins : «  Nous te faisons confiance , tu as toujours su faire plaisir autour de toi. »

Tougrand, sérieux, raisonna : « Si tu protèges autant cette petite boîte c’est qu’elle doit contenir un objet très important qui ne fait pas de bruit : un brevet top secret ? »

Tousourire, la tête penchée sur le côté et les yeux un peu plissés, sourit à Grand-Maman : « Moi, je pense que la petite boîte est précieuse parce qu’elle protège de jolis bijoux placés dans un écrin »

Toufilou, les yeux pétillants, sentit la salive mouiller sa bouche : « et moi, moi, je suis sûr qu’il y a des gourmandises encore plus délicieuses que tes madeleines… ! »

« Rien de tout cela mes enfants! Mais voyez plutôt ! »

Grand-Maman saisit délicatement le couvercle de la boîte et, sous le regard stupéfait de l’assemblée, l’ouvrit sans effort du bout des doigts . Le regard pétillant, elle fit circuler la boîte ouverte de l’un à l’autre.

Tour à tour, les visages des parents et des enfants s’illuminèrent, irradiés, inondés de lumière et de bonheur…

Quand Toufilou la reçut enfin dans ses mains, il s’exclama : « c’est magique ! »

Et le voisin Rienderien qui, comme par hasard, épiait la famille par la fenêtre, murmura pour la première fois de sa vie : « c’est merveilleux !»

 

Vous aussi, vous aimeriez savoir ce que pouvait bien contenir la petite boîte de Grand-Maman ?

 

La boîte si précieuse abritait … un sourire !

Oui, un sourire, le plus beau des sourires, le sourire de Noël , un sourire lumineux, radieux, communicatif : ne sentez-vous pas qu’il vous pénètre à votre tour ?

Il ne vous reste plus qu’à le transmettre autour de vous … !

 

Joyeux Noël !

 

Fin

 

 

Publié dans L'heure du conte

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Le visiteur de Noël

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Après l'avoir lu sur le site  : Protestants dans la Ville ,  nous n'avons pas pu résister au plaisir de partager avec vous ce beau conte issu de la mémoire collective protestante des Cévennes.

Au soir du 24 décembre 1703, dans une auberge des Cévennes, quatre officiers, quatre « dragons » s'apprêtaient à quitter avec regret une salle confortable et la grande cheminée où rôtissaient des chapelets d'oies dodues. Par ordre du Roi Soleil, ils devaient réduire à merci les protestants de cette région qui n'avaient pas abjuré leur foi après la Révocation de l'Édit de Nantes et qui étaient donc des hors-la-loi.

Ce soir, le gouverneur du Languedoc les avait chargés de mettre la main sur un meneur : un certain Étienne Riboux, prédicant au Désert. Il leur fallait lui tomber dessus par surprise et pour cela, partir à pied dans la montagne, déguisés en bergers.

Luttant contre les tourbillons de neige, ils parvinrent péniblement à une

bergerie à l'entrée du hameau où habitait ce Riboux.

Le capitaine, Gabriel de Vignancourt de Pétigny-Pervanchelles, avait décidé de garder pour lui seul la « gloire » de ce fait d'armes; il enjoignit à ses hommes de rester dans la bergerie, prêts à accourir au premier signal. Et le voilà parti vers la maison du rebelle ; il appuya sur le loquet et la porte s'ouvrit.

 

La fille de Riboux était là, une enfant. Pâle et droite dans un grand châle noir, pétrifiée devant ce visiteur du soir. Elle était troublée, la fille du prédicant. Mais, son doux visage s'éclaira d'un sourire... et sans façons, elle se jeta à son cou ! Le dragon restait coi, ne sachant que dire, regardant autour de lui : un bouquet de

houx jaillissait d'un pichet, deux assiettes de faïence sur la table, un bougeoir d'étain, une chandelle allumée; tout n'était que paix et silence.

- Entrez, je vous attendais dit-elle.

- Où est ton père ?

- Parti dans la montagne pour célébrer l'office de Noël ; mais vous prendrez bien la soupe de castagnes, toute chaude et des beignets de sarrasin au miel ?

- Tu m'attendais, dis-tu ?

- Bien sûr, vous êtes le visiteur de Noël que Mamée m'avait annoncé. Elle me disait souvent : « Si un visiteur frappe à ta porte un soir de Noël, ouvre lui vite ; c'est peut-être un fugitif qui court dans la montagne pour échapper à ceux qui nous persécutent, c'est peut-être un envoyé du Seigneur qui parcourt la terre pendant la sainte Nuit. Il doit toujours y avoir pour lui une assiette à remplir de soupe chaude et un bon feu pour qu'il y délasse ses pieds et il te bénira toi et les tiens.

Un peu gêné, l'homme détourna la conversation :

- Comment t'appelles-tu petite ?

- Droulette, pour vous servir.

- Eh bien, Droulette, j'ai faim et j'ai froid. Sers moi donc à dîner en attendant ton père.

- Mon papa aussi doit avoir faim et froid dehors par une nuit pareille, mais il faut bien qu'il aille porter la bonne Parole à tous ceux qui vivent dans les grottes, poursuivis, traqués. C'est terrible quand ils se font prendre, si vous saviez ! Ils sont massacrés ou envoyés aux galères ! Je tremble chaque fois que je vois partir mon père, mais je suis si heureuse que le Seigneur se serve de lui pour réconforter ces pauvres gens.

 

Et voilà que Gabriel de Vignancourt soudain, ne pouvait plus rien avaler ! Il se souvenait d'une « assemblée » surprise en pleine nuit et transformée en carnage ; il entendait les cris de ceux qu'il avait séparés et les dernières paroles du prédicant : - Vignancourt, pourquoi nous persécutes-tu, toi qui te dis chrétien ?

Il n'avait plus faim, il avait hâte de partir. Mais Droulette, déçue, disait :

- Mon père ne vous verra donc pas, mais... (elle hésitait, n'osait pas formuler sa requête...) Pourriez-vous, avant de partir, me lire la belle histoire de Noël ?

Devant la mine ahurie de Gabriel, la petite fille ajouta :

- Je comprends le français, mais je ne le lis pas encore très bien. Papa rentre tard, fatigué, alors si vous ne voulez pas me lire la Bible, Je n'aurai pas de Noël.

Et elle plaça devant le brillant officier, un pauvre bouquin relié de parchemin usé, mal imprimé, corné. C'était le livre excommunié, car écrit en français ! Gabriel osait à peine le feuilleter, saisi d'un respect étrange. Mais comment refuser à cette innocente ? Et comme malgré lui, il commença :

« Il y avait dans cette contrée des bergers qui couchaient aux champs, la nuit pour veiller sur les troupeaux... »

Lorsqu'il eut fini, il resta un long moment rêveur. Les paroles de Noël chantaient dans son coeur, éveillant de lointaines et étranges résonances. Il lui semblait qu'une enfance inconnue se glissait dans sa mémoire radieuse et pure.

- Je crois que... je crois que je pourrais être des vôtres, petite, si tu voulais...

Ne recevant pas de réponse, il leva les yeux. Droulette dormait, la joue posée sur les bras repliés, une joue rose comme un pétale de fleur. Les cheveux bouclés se répandaient sur la table, pareils à une toison d'agneau.

- Dors ma Droulette, dors. Aie confiance. Je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour que ton père soit épargné ; je le jure sur cet Évangile qui nous est commun. Il chercha et trouva une plume et de l'encre et écrivit sur la page de garde du livre saint :

- Le visiteur de Noël priera pour toi et pour ton père.

Puis il ajouta un post-scriptum à son message : - Il faut vous cacher, d'autres visiteurs pourraient venir.

S'inclinant alors devant la mignonne endormie, aussi profondément qu'il l'eût fait à Versailles, il quitta celle qui serait désormais dans son cœur la petite sœur qu'il n'avait jamais eue. Il ouvrit la porte sur la tourmente et s'enfonça dans la nuit.

 

Dans la bergerie, ses camarades se tenaient recroquevillés sous leurs manteaux

- Holà ! cria Gabriel dans les ténèbres, allons-nous en, je n'ai trouvé personne. Retournons en ville, nous trouverons peut-être quelques restes de ce réveillon qui nous passa sous le nez.

Il les entraîna sans peine !

Le chemin lui parut moins dur qu'à l'aller, car il portait en son cœur une force et une lumière nouvelles. Et à mesure que Gabriel avançait vers son destin... là-bas, de l'autre côté de la montagne, un homme descendait rapidement, un livre sous le bras, vers une pauvre maison où l'attendait une petite fille endormie et confiante.

 

L'aube de Noël se lèverait bientôt. La mille sept cent troisième aube depuis la naissance d'un petit enfant pour qui les anges avaient proclamé :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

 

Publié dans L'heure du conte

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Un sourire qui vaut de l’or.

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Il était une fois un vieux berger qui aimait la nuit, son silence, son ciel parsemé d’étoiles.

Ces étoiles, il les connaissait par leur nom.

En les regardant, il disait souvent à son petit fils : "Il va venir".

"Quand viendra-t-il ? "demandait l’enfant.

"Bientôt !"

Les autres bergers riaient. "Bientôt !... Tu répètes cela depuis des années !"

Mais le vieux berger ne les écoutait pas. Une seule chose l’inquiétait, son petit-fils aussi commençait à douter. Et quand lui ne serait plus là, qui donc redirait aux plus jeunes ce que les prophètes avaient annoncé depuis toujours ? Ah ! S’il pouvait venir bientôt ! Son cœur était tout rempli de cette attente.

"Portera-t-il une couronne en or ?" demanda soudain le petit-fils

"Oui ! Certainement."

"Et une épée d’argent ?"

"Pour sûr !"

"Et un manteau de pourpre ?"

"Peut-être."

Et le petit-fils semblait heureux. Assis sur un rocher, le garçon jouait de la flûte. Le vieux berger écoutait attentivement la mélodie simple et pure : l’enfant s’exerçait jour après jour, matin et soir pour être prêt quand le roi viendrait.

"Serais-tu prêt à jouer pour un roi sans couronne, sans épée et sans manteau de pourpre ?" demanda un jour le berger.

"Ah non !" répondit son petit-fils. "Un roi sans couronne, sans épée et sans manteau, est-ce un roi ?Pourrait-il me récompenser pour mon chant ? C’est de l’or et de l’argent que je veux !"

Il voulait que les autres ouvrent de grands yeux et le regardent avec envie.

Le vieux berger était triste. Il se demandait qui donc aurait le coeur assez pur pour accueillir un roi sans couronne et sans richesse.

Cette nuit-là apparurent alors les signes qu’il attendait. Le ciel était plus lumineux que d’habitude et au-dessus de Bethléem brillait une belle étoile. Des anges vêtus de lumière proclamaient une joyeuse nouvelle : "N’ayez pas peur ! Aujourd’hui vous est né un Sauveur !"

Le jeune berger se mit à courir au-devant de la lumière. Sous son manteau, tout contre sa poitrine, il sentait sa flûte. Il arriva le premier et regarda l’enfant nouveau-né. Celui-ci, enveloppé de langes reposait dans une mangeoire. Un homme et une femme le contemplaient, tout heureux. Le grand-père et les autres bergers arrivèrent bientôt et tombèrent à genoux devant l’enfant.

Était-ce là le roi qu’on lui avait promis ?

Non ! Ce n’était pas possible, ils se trompaient. Jamais il ne jouerait son chant ici ! Et très déçu, il repartit et plongea dans la nuit. Il ne vit même pas la lumière qui grandissait autour de la grotte.

Soudain, il tendit l’oreille. Quels sont ces pleurs dans la nuit ? Mais il ne voulait rien entendre et pressa le pas pour s’éloigner. Les pleurs continuaient.

"Et si c’était l’enfant qui m’appelle?" se dit-il

N’y tenant plus. Il rebroussa chemin, il vit alors Marie, Joseph et les bergers qui s’efforçaient de consoler l’enfant. Il ne pouvait plus résister !

Tout doucement. Il tira sa flûte de sous son manteau et se mit à jouer pour l’enfant. Et tandis que la mélodie s’élevait, toute pure, l’enfant se calma et le dernier sanglot s’arrêta dans sa gorge. Il regarda le jeune berger et se mit à sourire.

Et alors celui-ci comprit dans son cœur que ce sourire valait tout l’or et tout l’argent du monde.

Anonyme

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte de l'Avent : Le secret de Jo, joyeuse et jolie

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

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Vous l’attendiez sans doute comme nous avec impatience, notre vieille femme sans âge du pays de n’importe où.  Elle nous rend visite régulièrement lors des nuits sans lune pour nous raconter des histoires de n’importe quoi, des histoires si étonnantes que l’on ne peut s’empêcher de les écouter et … d’y croire.

Lundi 4 décembre 2017

Lors de sa dernière visite, notre vieille femme sans âge nous a raconté cette belle histoire du pays de n’importe où :

« L’histoire se situe, mes amis, dans une contrée un peu quelconque du pays de n’importe où. C’est un bourg quelconque, semblable à bien des bourgs dans le monde, au milieu de champs quelconques traversés par une rivière quelconque qui sort d’une forêt quelconque. Les habitants du bourg sont aussi quelconques : des grands, des petits, des riches, des pauvres, des forts, des faibles, des beaux, des laids, des ignares et des savants. Un bourg quelconque avec des activités quelconques et une vie quelconque. »

« Bref, un lieu peu propice à une histoire étonnante, chère amie sans âge du pays de n’importe où ! »

« Ne croyez pas cela : au pays de n’importe où, tout est possible, même en lieu si quelconque ! Écoutez plutôt la suite... »

Mardi 5 décembre 2017

Au fin fond du bois quelconque se trouvait une pauvre cabane encore plus quelconque. Elle abritait un jeune couple très quelconque mais aussi très, très, très pauvre qui ne vivait que de cueillettes, de glanage et des œufs des poules d’eau qui nichaient dans la mare quelconque de la forêt quelconque. Nul n’a jamais su comment ils étaient arrivés là et, comme ils cachaient leur misère au fond du bois quelconque, personne dans le bourg quelconque ne s’inquiétait de leur sort.

Mais un jour quelconque, leur vie bascula : la jeune femme quelconque devint mère. Et les deux jeunes parents eurent l’impression que leur vie ne serait plus quelconque. Plus quelconque mais toujours aussi pauvre ! Ils auraient tant aimé offrir au bébé toutes les richesses du monde, même les plus ... quelconques !

Ils se mirent alors à chercher ce qu’ils pourraient quand même offrir à cet enfant. Et ils eurent l’idée de lui donner un prénom qui évoquerait leurs vœux pour la vie de la fillette : « Jo » comme jo-lie et jo-yeuse !

Et Jo grandit en effet dans la joie et la grâce, sous le regard émerveillé de ses parents.

 

Mercredi 6 décembre 2017

Jo, jolie et joyeuse était d’un caractère heureux que rien ne pouvait entamer, ni la pauvreté, ni les difficultés. Elle sautillait gaiement dans la vie, aidant ses parents à ramasser du bois, glaner des épis de blé ou cueillir des baies dans la forêt. Et remplissant ici et là son grand jupon de provisions, elle aperçut un jour un immense jardin plein de fruits multicolores et brillants et animé des chants joyeux d’une nuée d’ouvriers.

Oh ! se dit-elle, comme ces fruits feraient un bon dessert pour le repas de dimanche. Il y en a tant ! Les moins beaux sont sans doute rejetés et je pourrais peut-être en obtenir deux ou trois  ?

Elle s’approcha de sa démarche légère et dansante et adressa à l’une des chanteuses jardinières son sourire le plus joli et joyeux : - Bonjour ! - Bonjour jolie fillette, lui répondit-on. Que fais-tu par ici ? Nous ne t’avions jamais vue encore ? -C’est que j’habite loin dans la forêt et je cherchais un bon dessert pour mes pauvres parents… Et Jo adressa un nouveau sourire si joli et si joyeux que tous les jardiniers le reprirent.

- Fillette si jolie et si joyeuse, nous ne pourrons pas te donner ce que tu cherches car ce que nous cultivons ici n’est pas comestible : regarde donc autour de toi !

Jo , jolie et joyeuse, s’approcha du verger et des fruits convoités. Des mains amicales se tendirent vers elle pour lui faire sauter la petite rigole qui entourait le domaine. - Regarde de plus près, jolie fillette ! Jo se pencha vers un énorme groseillier aux fruits rutilants et fut saisie de stupeur !

Jeudi 7 décembre 2017

Les beaux fruits rouges et brillants n’étaient en effet pas comestibles car ils étaient … en rubis ! Elle leva la tête vers le pommier qui lui tendait ses longues branches comme des bras accueillants et constata que les pommes étaient en or fin et le feuillage en émeraude, plus loin, les oranges en topaze, les framboises en grenat, les poires en agate, les citrons en saphir…. Tous ces fruits poussaient hors saison car ils étaient tous faits de métaux et de pierres précieuses qui rayonnaient au soleil ...

Une ombre passa dans le sourire de Jo, jolie et joyeuse lorsqu ‘elle comprit qu’elle ne pourrait rapporter de fruits à ses parents mais aussitôt, contemplant la beauté merveilleuse du vaste jardin, elle éclata de son beau rire frais et léger.

Les jardiniers et jardinières l’entraînèrent dans une ronde en chantant : nous avons trouvé dans ton rire un nouveau cristal digne de ce domaine ! Tu es des nôtres : choisis parmi tous ceux-ci trois fruits que tu emporteras chez toi.

Étourdie de chants, de danse et de bonheur, notre Jo, jolie et joyeuse choisit sans plus de souci trois framboises de grenat et, voyant la nuit approcher, elle remercia ses nouveaux amis et se hâta vers le bois pour rentrer à la maison.

 

Vendredi 8 décembre 2017

Jo arriva à la cabane alors que la nuit tombait. Ses parents la regardèrent sévèrement mais Jo leur adressa son sourire si joli et si joyeux qu’ils sourirent à leur tour. Jo sautillait joyeusement à son habitude lorsque sortirent de sa poche les trois grenat squi tombèrent en rebondissant sur le sol. Elle les ramassa aussitôt pour les montrer à ses parents : « Je suis allée loin, très loin de la forêt quelconque et j’ ai rencontré des jardiniers chantants dans un grand domaine merveilleux qui sont devenus mes amis. Et regardez ils m’ont donné ces si belles framboises merveilleusement brillantes ; elles ne se mangent malheureusement pas mais elles sont si belles...Il y en une pour chacun de nous ! »

Les parents se penchèrent vers la main de Jo et s’exclamèrent : « Mais petite Jo, jolie et joyeuse, c’est un cadeau bien plus beau que des fruits à manger ! Ce sont des grenats, des pierres précieuses de grande valeur ! Garde soigneusement la tienne et nous allons vendre les nôtres pour acheter des provisions pour des jours et des jours ! »

Les parents s’en furent dès le lendemain au bourg quelconque vendre leur deux grenats chez le bijoutier quelconque et acheter aussitôt de bonnes réserves de nourriture pour les jours à venir. Et la famille de Jo, jolie et joyeuse, bien nourrie, prit des forces.

 

Dimanche 10 décembre 2017

Peu à peu tout le bourg quelconque connut la nouvelle fortune de la famille de Jo et chacun trouva son mot à dire. Les bienveillants quelconques se réjouirent sincèrement que cette famille pauvre perdue au fond du bois ait une nouvelle chance dans la vie et puisse exercer avec succes leurs métiers de menuisier et de couturière.

Les indifférents quelconques notèrent la nouvelle adresse des artisans si talentueux dans leur carnet. Les bavards … et les bavardes quelconques se lancèrent joyeusement dans l’histoire extraordinaire de la famille de Jo, ajoutant chaque jour un détail de plus, véridique ou tout à fait imaginaire.

Les uns disaient que les habitants de la cabane avaient trouvé un trésor caché, les autres qu ‘ils avaient hérité d’un oncle d’Amérique, des quelconques « bien informés » prétendaient qu’ils étaient de riches émigrants arrivés en secret avec des biens cachés, d’autres quelconques encore mieux informés chuchotaient qu’il s’agissait d’espions pouvant enfin se montrer une fois leur mission secrète accomplie, et des illuminés quelconques révélaient que les parents de Jo, jolie et joyeuse, n’étaient autres que des extraterrestres camouflés en êtres humains …

Et les discussion quelconques repartaient de plus belle dans les foyers quelconques , au coin des rues quelconques, sur les bancs des jardins quelconques ou dans les files d’attente quelconques...

 

Lundi 11 décembre 2017

Mais, à force de répétitions, l’histoire de la famille de Jo, jolie et joyeuse, finit par attirer l’attention d’habitants quelconques moins sympathiques.

Le plus puissant quelconque commença à craindre que l’ascension de la famille de Jo, jolie et joyeuse, ne lui fasse perdre du pouvoir. Le plus rusé quelconque commença à flairer une éventuelle bonne affaire à réaliser. Le plus fort quelconque commença à imaginer qu’il pourrait trouver là l’occasion de montrer toutes ses capacités. Le plus savant quelconque commença à s’irriter de ne pas connaître la vraie cause de ces changements. Quant au plus beau quelconque, il commença à regarder Jo, jolie et joyeuse, comme un charmant objet de séduction…

Par le plus quelconque des hasards, ils se retrouvèrent tous les cinq au fond de la taverne, Chacun finit par évoquer ses agacements et ses soupçons. Le savant trancha : « Il faut en avoir le cœur net ! Organisons-nous pour enquêter sur ce brusque changement de situation de la famille de Jo, jolie et joyeuse ! »

Les cinq quelconques décidèrent de commencer par épier la vie de cette famille aussi jolie et joyeuse que leur fille...

Mardi 12 décembre 2017

Le puissant quelconque organisa l’enquête et répartit les rôles. Le rusé quelconque choisit la meilleure façon d’espionner la famille sans se faire remarquer. Le plus fort quelconque installa une cabane d’observation dans la forêt. Le savant quelconque calcula très sérieusement le moment idéal pour agir.

Quant au plus beau quelconque, il choisit sa plus jolie tenue au cas où il serait nécessaire de se montrer…

Et l’enquête de nos cinq quelconques commença. La maison de Jo, jolie et joyeuse, espionnée jour et nuit, n’avait rien d’étrange. Bien que très belle et très coquette, elle restait bien une maison quelconque. Bien que très artistique et très professionnel, le travail du père de Jo, jolie et joyeuse, restait encore une menuiserie quelconque. Bien que très sophistiquée et très raffinée, la couture de la mère de Jo, jolie et joyeuse, restait aussi une art quelconque. Et les activités de Jo, jolie et joyeuse, semblaient également bien quelconques. Quoi que …

Quoi que ses promenades régulières au-delà de l’orée de la forêt finirent par sembler suspectes aux cinq épieurs quelconques qui la suivirent par un bel après-midi d’été. Ils la virent de loin arriver aux abords du grand verger aux mille couleurs, sauter la rigole et disparaître au milieu des arbres rutilants.

« Étrange, étrange… » dirent les cinq quelconques « passons à notre tour la rigole pour entrer dans ce domaine mystérieux... »

Mercredi 13 décembre 2017

Aussitôt dit, aussitôt fait, les cinq compères quelconques s’approchent discrètement et , avec un ensemble parfait, lèvent la jambe pour passer la rigole. Mais ô stupeur ! Avec le même ensemble parfait ils restèrent là, bloqués, la jambe en l’air ! On eût dit un corps de ballet comique ! Ils se regardèrent, ébahis « Je ne peux plus bouger ma jambe… Moi non plus ! … Ni moi ... Ni moi… Ni moi ! ... »

Ils se tournèrent, s’éloignant de la rigole et retrouvèrent l’usage de leurs jambes. « C’est tout de même curieux : la rigole n’est pas si large ! Recommençons en prenant notre élan ! »

Mais ô stupeur ! Avec le même ensemble parfait ils restèrent encore là, bloqués, la jambe en l’air ! Ils recommencèrent et recommencèrent mille fois sans jamais réussir à passer la petite rigole et durent admettre la cruelle réalité : l’accès au domaine merveilleux leur était impossible !

Et les cinq quelconques retournèrent, penauds et furieux au bourg quelconque : « Gardons pour nous ce terrible échec et n’en parlons plus jamais » se promirent-ils.

A peine rentré, chacun des cinq quelconques regretta amèrement de n’avoir pu accéder au verger extraordinaire et rendit responsables de l’échec les quatre autres quelconques. « Si j’avais été seul, j’aurais sans doute trouvé la bonne solution ! ».

Et chacun mit au point dans son coin une stratégie.

Jeudi 14 décembre 2017

Le plus puissant quelconque décida d’agir avec autorité et alla trouver la famille de Jo, jolie et joyeuse, pour lui offrir tout un aménagement facilitant l’accès à leur maison afin d’améliorer leurs conditions de travail et d’accueil de leur clientèle. Les parents de Jo se réjouirent d’un tel avantage et acceptèrent volontiers et Jo fut d’accord pour participer activement à ces aménagements en faisant connaître au plus puissant quelconque tous les abords de la maison. Tous, oui, tous… y compris le trajet au domaine merveilleux cerné de sa rigole !

Serviable, Jo, jolie et joyeuse, le conduisit avec sa jovialité habituelle jusqu’au verger. En chemin , elle essaya gaiement de raconter au plus puissant quelconque combien ses amis du domaine étaient charmants et merveilleux. Mais le plus puissant quelconque n’avait que faire de ces balivernes et attendait avec impatience de comprendre comment Jo passait la rigole.

Arrivés au point stratégique, Jo adressa aux jardiniers chantants son sourire si joli et si joyeux que tous reprirent en lui tendant la main pour la faire sauter par dessus la rigole. Le plus puissant quelconque, sûr de son autorité, tendit la main avec un regard sévère. Mais personne ne sembla le remarquer et il vit Jo, jolie et joyeuse s’éloigner en chantant allègrement avec les jardiniers. « Holà ! Et moi alors ? » s’écria-t-il. Mais le petit groupe était bien trop loin pour l’entendre.

Il leva la jambe pour passer la rigole. Mais ô stupeur ! ils resta là, bloqué, la jambe en l’air ! « De nouveau, je ne peux plus bouger ma jambe ! »

Et le plus puissant quelconque dut rentrer chez lui encore plus penaud et encore plus furieux sans connaître le secret de Jo, jolie et joyeuse.

Vendredi 15 décembre 2017

Le plus rusé quelconque choisit d’agir avec astuce et alla trouver le père de Jo, jolie et joyeuse, pour lui commander un superbe carrosse en bois sculpté, tel qu’aucun quelconque n’en avait encore jamais vu. Le père de Jo fut très fier de cette commande hors du commun qui lui permettrait d’exercer tous ses talents artistiques et Jo fut d’accord pour inaugurer le splendide engin en faisant une promenade avec le plus rusé quelconque autour de la maison, dans la forêt, et, puisqu’on y était, jusqu’au domaine merveilleux cerné de sa rigole !

Amusée, Jo, jolie et joyeuse, le conduisit avec sa jovialité habituelle jusqu’au verger. En chemin , elle essaya gaiement de raconter au plus rusé quelconque combien ses amis du domaine étaient charmants et merveilleux. Mais le plus rusé sourit de ces histoires et attendit avec patience de comprendre comment Jo passait la rigole.

Arrivés au point stratégique, Jo adressa aux jardiniers chantants son sourire si joli et si joyeux que tous reprirent en lui tendant la main pour la faire sauter par dessus la rigole. Le plus rusé quelconque, sûr de son habileté, tendit la main avec un sourire fourbe. Mais personne ne sembla le remarquer et il vit Jo, jolie et joyeuse s’éloigner en chantant allègrement avec les jardiniers. «Eh bien ! Et moi alors ? » susurra-t-il. Mais le petit groupe était bien trop loin pour l’entendre.

Il leva la jambe pour passer la rigole. Mais ô stupeur ! ils resta là, bloqué, la jambe en l’air ! « De nouveau, je ne peux plus bouger ma jambe ! »

Et le plus rusé quelconque dut remonter dans son rutilant carrosse et rentrer chez lui encore plus penaud et encore plus furieux sans connaître le secret de Jo, jolie et joyeuse.

 

Samedi 16 décembre 2017

Le plus fort quelconque se lança à son tour, bombant le torse et se rendit jusqu’à la maison de Jo, jolie et joyeuse, pour aider à réceptionner les livraisons et les fournitures. Les parents de Jo se réjouirent d’une aide toujours bienvenue et , au milieu de tous ces va-et-vient, Jo répondit innocemment aux questions du plus fort quelconque concernant les ressources de la maison … y compris le domaine merveilleux cerné de sa rigole !

Reconnaissante de toute l’aide apportée par le plus fort quelconque, Jo, jolie et joyeuse, l’amena avec sa jovialité habituelle jusqu’au verger. En chemin , elle essaya fièrement de raconter au plus fort quelconque combien ses amis du domaine étaient charmants et merveilleux. Mais le plus fort quelconque n’entendait rien et attendait avec impatience de comprendre comment Jo passait la rigole.

Arrivés au point stratégique, Jo adressa aux jardiniers chantants son sourire si joli et si joyeux que tous reprirent en lui tendant la main pour la faire sauter par dessus la rigole. Le plus fort quelconque, sûr de sa solidité, tendit la main avec un regard assuré. Mais personne ne sembla le remarquer et il vit Jo, jolie et joyeuse s’éloigner en chantant allègrement avec les jardiniers. «Ça alors! Et moi donc? » s’écria-t-il. Mais le petit groupe était bien trop loin pour l’entendre.

Il leva la jambe pour passer la rigole. Mais ô stupeur ! ils resta là, bloqué, la jambe en l’air ! « De nouveau, je ne peux plus bouger ma jambe ! »

Et le plus fort quelconque dut rentrer chez lui encore plus penaud et encore plus furieux sans connaître le secret de Jo, jolie et joyeuse.

Dimanche 17 décembre 2017

Le plus savant quelconque , après mûre réflexion, calcula la meilleure date pour rencontrer les parents de Jo, jolie et joyeuse, afin de leur proposer une étude de leurs activités et de leur développements possibles. Un peu étonnés, les parents de Jo écoutèrent avec intérêt ses démonstrations et Jo participa aux débats en faisant allusion au domaine merveilleux cerné de sa rigole !

Passionnée, Jo, jolie et joyeuse, conduisit le savant quelconque avec sa jovialité habituelle jusqu’au verger. En chemin , elle essaya consciencieusement de raconter au plus savant quelconque combien ses amis du domaine étaient charmants et merveilleux. Mais le plus savant quelconque jugea ses propos peu sérieux et attendit avec impatience de comprendre comment Jo passait la rigole.

Arrivés au point stratégique, Jo adressa aux jardiniers chantants son sourire si joli et si joyeux que tous reprirent en lui tendant la main pour la faire sauter par dessus la rigole. Le plus savant quelconque, très docte, tendit la main en observant attentivement la situation. Mais personne ne sembla le remarquer et il vit Jo, jolie et joyeuse s’éloigner en chantant allègrement avec les jardiniers. « Diantre ! Et moi alors ? » s’écria-t-il. Mais le petit groupe était bien trop loin pour l’entendre.

Il leva la jambe pour passer la rigole. Mais ô stupeur ! ils resta là, bloqué, la jambe en l’air ! « De nouveau, je ne peux plus bouger ma jambe ! »

Et le plus savant quelconque dut rentrer chez lui encore plus penaud et encore plus furieux sans connaître le secret de Jo, jolie et joyeuse.

Lundi 18 décembre 2017

Quant au plus beau quelconque, il choisit la séduction et alla trouver la mère de Jo, jolie et joyeuse, pour lui demander de créer la plus belle robe de bal jamais vue. La mère de Jo s’enthousiasma , utilisant les plus tissus les plus riches, les rubans les plus soyeux et les perles les plus délicates . Lorsque le plus beau vint prendre livraison de la splendide robe, il demanda à Jo de l’essayer et de l’accompagner en promenade dans sa belle calèche autour de la maison, dans la forêt, et au-delà … jusqu’au domaine merveilleux cerné de sa rigole !

Ravie, Jo, jolie et joyeuse, le conduisit avec sa jovialité habituelle jusqu’au verger. En chemin , elle essaya gracieusement de conter au plus beau quelconque combien ses amis du domaine étaient charmants et merveilleux. Mais le plus beau quelconque sourit de ces babillages et attendit avec impatience de comprendre comment Jo passait la rigole.

Arrivés au point stratégique, Jo adressa aux jardiniers chantants son sourire si joli et si joyeux que tous reprirent en lui tendant la main pour la faire sauter par dessus la rigole. Le plus beau quelconque, sûr de son charme, tendit la main avec élégance. Mais personne ne sembla le remarquer et il vit Jo, jolie et joyeuse s’éloigner en chantant allègrement avec les jardiniers. « Hou-hou ! Et moi alors ? » s’écria-t-il. Mais le petit groupe était bien trop loin pour l’entendre.

Il leva la jambe pour passer la rigole. Mais ô stupeur ! ils resta là, bloqué, la jambe en l’air ! « De nouveau, je ne peux plus bouger ma jambe ! »

Et le plus beau quelconque dut rentrer chez lui encore plus penaud et encore plus furieux sans connaître le secret de Jo, jolie et joyeuse.

Mardi 19 décembre 2017

 

Aucun de nos cinq quelconques malchanceux n’osa avouer aux autres ses déboires personnels quant à l’enquête sur le secret de Jo, jolie et joyeuse. Ils se contentèrent de silences moroses et d’allusions sournoises aux origines très certainement douteuses de la prospérité de la famille de Jo. Du même coup, il leur était impossible de revenir sur les cadeaux faits à la famille sans avoir à reconnaître leur échec, ce qui les faisait enrager secrètement.

Pendant ce temps, Jo, jolie et joyeuse se réjouissait chaque jour avec ses parents du bien-être apporté par les cinq visiteurs quelconques. Chaque jour, ils se réjouissaient du nouvel accès à leur maison, offert par le plus puissant quelconque, qui améliorait leurs conditions de travail et l’accueil de leur clientèle. Chaque jour, ils se réjouissaient du superbe carrosse en bois sculpté, commandé par le plus rusé quelconque, qui donna une réputation artistique internationale au père. Chaque jour, ils se réjouissaient de l’aide à la réception des livraisons et des fournitures que continuait à apporter le plus fort quelconque. Chaque jour, ils se réjouissaient du rayonnement de leurs activités grâce à l’étude réalisée par le plus savant quelconque. Chaque jour, ils se réjouissaient de la beauté de Jo, jolie et joyeuse quand elle revêtait la splendide robe de bal que le plus beau quelconque n’avait jamais osé reprendre après l’aventure de la rigole.

Et plus la famille de Jo, jolie et joyeuse, s’épanouissait dans le bonheur, plus les cinq compères quelconques sombraient dans la morosité et l’aigreur…

Mercredi 20 décembre 2017

Peu à peu, la sinistre morosité du plus puissant quelconque, du plus rusé quelconque, du plus fort quelconque, du plus savant quelconque et du plus beau quelconque gagna le reste du bourg quelconque. A force d’allusions pernicieuses et de regards en coin, l’idée se répandit que la famille de Jo, jolie et joyeuse, n’était pas si fréquentable après tout. D’où lui était venue cette fortune soudaine ? Que pouvait bien faire Jo dans ce domaine merveilleux auquel nul autre n’arrivait à entrer ? Comment des gens d’aussi basse extraction avaient pu prospérer aussi bien et même mieux que la plupart des habitants du bourg quelconque ? Et une envie horrible, des plus quelconques, se mit à ronger tous les voisins quelconques.

On ne voulut plus acheter de mobilier au père de Jo, jolie et joyeuse. Mais, à vrai dire, il ne s’en rendit même pas compte tant il avait de commandes venant des quatre coins du monde. On délaissa, au plus grand et secret regret des coquettes quelconques, le salon de couture de la mère de Jo, jolie et joyeuse. Qu’importe ! Il y avait tant de demandes à honorer venant de toutes les cours princières internationales ! On ne parla plus à Jo, jolie et joyeuse dans la rue mais lorsqu’elle croisait les quelconques, elle leur adressait toujours son sourire si joli et si joyeux que tous le reprenaient malgré tout…. Et le perdaient quelques mètres plus loin dès qu’ils se retrouvaient entre eux , noyés dans les discussions quelconques et mesquines.

Jeudi 21 décembre 2017

Le temps de l’Avent arriva. Habituellement, le bourg quelconque se préparait à l’arrivée de Noël activement, les uns agrémentant les rues et les boutiques de superbes décors, les autres préparant des confiseries et des gâteaux succulents. Les jardins s’illuminaient de décors naïfs ou romantiques, le père Noël se démultipliait ici et là sur les façades des maisons, dans les branches des arbres, au coin des gouttières ou sur les toits.

Mais, cette année-là, les quelconques étaient si amers et occupés par leurs supputations perfides, qu’ils oublièrent combien l’Avent pouvait être heureux et festif. Les rues restèrent quelconques , les vitrines quelconques , les pâtisseries quelconques, les confiseries quelconques, les jardins quelconques, les maisons quelconques…

La famille de Jo, jolie et joyeuse, au contraire, avait orné avec élégance et gaieté sa maison, mêlant des décors naturels venus de la forêt si proche et les fameux « fruits » rapportés du domaine merveilleux par Jo. Admirant ce décor simple et somptueux, Jo se souvint de l’insistance des cinq compères à vouloir pénétrer dans le domaine sans pouvoir y parvenir. Elle ne comprenait pas ce mystère et, lorsqu’elle en avait parlé aux jardiniers chantants, elle avait reçu pour toute réponse un grand éclat de rire. Et ce souvenir déclencha en elle un nouveau sourire si joli et si joyeux que ses parents le reprirent.​​​​​​​

Vendredi 22 décembre 2017

«  A quoi penses-tu, Jo, jolie et joyeuse ? » demandèrent les parents. « Au mystère qui entoure le domaine merveilleux : personne ne peut passer la rigole qui l’entoure … sauf moi, aidée des jardiniers chantants ! Je vois encore la mine dépitée du plus puissant quelconque, du plus rusé quelconque, du plus fort quelconque, du plus savant quelconque comme du plus beau quelconque ! Ils ont tous les cinq cherché à me faire révéler le secret mais… je ne le connais pas moi-même ! J’ai bien de la peine pour eux et pour tout le bourg quelconque si envieux de notre réussite et je crois avoir une idée pour les faire sortir de leur morosité » Jo lança à nouveau son sourire si joli et si joyeux que ses parents le reprirent.

« Quelle idée as-tu donc ? Nous pouvons peut-être t’aider ? » « Oh oui, chers parents ! Voici : Noël approche et c’est le moment où l’on fait des cadeaux. Depuis que je ramène les fruits précieux du domaine merveilleux, vous m’avez toujours laissé ma part et j’ai maintenant un véritable trésor que je n’utilise pas. Je peux bien en offrir une partie ! Organisons donc pour Noël une grande fête où tous les habitants du bourg et des alentours seront invités et recevront l’un de mes fruits précieux ! »

« Excellente idée ! La maison et ses abords sont assez vastes pour accueillir une belle fête qui finira bien par égayer le bourg quelconque ! » Et tous trois échangèrent un sourire joli et joyeux.

Samedi 23 décembre 2017

Les jours suivant furent employés à préparer la grande fête. La maison embaumait les gâteaux, les épices et le vin chaud et une botte géante à l’entrée fut remplie de pommes en or fin ,d’oranges en topaze, de framboises en grenat, de poires en agate, de citrons en saphir…

Jo, jolie et joyeuse s’était chargée des invitations qu’elle apporta elle-même à chaque habitant du bourg quelconque avec son si charmant sourire. Enfoncés dans leur horrible morosité, les quelconques prenaient son invitation froidement sans même la regarder. « Personne ne viendra, songea tristement Jo, en rentrant chez elle » . Mais , aussitôt, son sourire si joli et si joyeux revint balayer son inquiétude et elle reprit confiance.

Vint le soir de Noël. Toute la famille attendait joyeusement les invités, se demandant si les quelconques viendraient ou non. Et, ô surprise ! Une longue file arriva peu à peu dans la forêt : les invités ! Mais, hélas, aucun des quelconques ne s’était départi de sa morosité. Ils entrèrent l’un après l’autre, avec suspicion, observant froidement les belles décorations, dégustant sans émotion les gâteaux et le vin chaud.

Lorsque Jo, jolie et joyeuse, apporta sa grande botte rouge et distribua à chacun les fruits précieux, les quelconques remercièrent bien poliment Jo sans lui accorder le moindre sourire. Ils étaient tous bien trop préoccupés de savoir comment la jeune fille arrivait à passer la rigole du domaine merveilleux qui leur était interdit ! La soirée commençait bien mal…

Soudain on entendit un joyeux brouhaha et un immense éclat de rire !

Dimanche 24 décembre 2017

Le bruit, composé d ‘un mélange de chants et de rires venait de la porte d’entrée où apparut tout à coup, entourée d’un groupe de jardiniers chantants, une femme superbe et rieuse : la châtelaine du domaine merveilleux elle-même ! Les quelconques en restèrent interloqués. Les parents de Jo s’empressèrent de faire entrer les nouveaux venus et Jo, qui n’avait pas encore rencontré la châtelaine du domaine merveilleux, l’accueillit de son sourire si joli et si joyeux.

En voyant les jardiniers chantants, les cinq compères se souvinrent douloureusement de leur échec devant la rigole et un ricanement sinistre déforma leurs visages. La châtelaine s’en aperçut et vint vers eux « Messieurs ! Pourquoi une telle souffrance sur vos visages ? » « C’est que nous nous souvenons d’une pénible expérience devant votre domaine. Nous voulions y entrer avec Jo, jolie et joyeuse, mais au moment de passer la rigole nous sommes restés bloqués, la jambe en l’air ! Quel est ce mystère ? Et quel est le secret de Jo, jolie et joyeuse, pour entrer aussi facilement ? »

La châtelaine éclata de rire « Mais Jo n’a aucun secret ! Elle est tout simplement elle-même, jolie et joyeuse, transmettant à tous par son sourire le bonheur de vivre quoiqu’il arrive ! Si vous l’aviez mieux regardée, vous auriez senti son sourire pénétrer en vous et vous auriez rayonné à votre tour, seule clef pour entrer dans le domaine merveilleux ! »

Tous se tournèrent vers Jo et découvrirent son sourire si joli et si joyeux que tous le reprirent. Chacun faisait glisser vers son voisin ce sourire et bientôt plus aucune trace de morosité ne subsista. Tous se mirent à chanter avec les jardiniers et firent une longue, longue farandole de la maison de Jo jusqu’au fond du bois, jusqu’au domaine merveilleux … sautant allègrement la toute petite rigole !

Et le sourire, si joli et si joyeux de Noël ne quitta plus jamais les habitants du bourg quelconque !

Fin

N & P L

.

 

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Notre conte de l'Avent 2016 : On a tué Gaspard ! (suite et fin)

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

C'est l'heure de notre conte de l'Avent 2016. Jour après jour, nous vous avons rapporté ici un nouvel épisode de notre conte. En voici la fin...

Pour retrouver les premiers épisodes : http://avents-de-nicole-et-pierre.over-blog.com/2016/11/notre-conte-de-l-avent-2016-on-a-tue-gaspard.html

 

 

 

 

« Notre bonne ville dont le nom importe peu devient folle ! Si le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit revient, il lui arrivera malheur sans aucun procès ! Que pourrais-je bien faire ? Il me reste bien la troisième fiole, la dernière et la plus précieuse, celle en diamant mais quel vœu serait utile alors que personne ne croit en mes trois petits conseillers ? » Gaspard décida d’attendre le lendemain pour aviser.

La veille de Noël arriva donc et toute la population se réunit dans la grande salle au fond de l’auberge de Marie, prête à accueillir la presse. Tout était prêt : la tribune, les chaises, les dossiers présentant « la chute de Gaspard », le vin chaud et les petits gâteaux. Hérode qui devait faire la présentation n’était toujours pas arrivé et l’on commençait à se demander qui prendrait la parole à sa place s’il tardait trop, mais les journalistes ne venaient pas non plus ! La déception gagnait les habitants et les conversations hostiles reprenaient peu à peu ici et là.

Enfin on entendit retentir les clochettes à l’entrée de l’auberge : kling, kling, kling… Hérode ? Les journalistes ?

Un silence glacial se fit. C’était… le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit avec sa besace gonflée pesant lourdement sur son épaule! Quelle audace ! Quelle indécence ! Personne ne trouvait de mot. Et Hérode qui était toujours absent !

Gaspard ressentit un grand froid et craignant le pire, se décida à ouvrir sa cassette et prit son dernier petit flacon de diamant si précieux et l’ouvrit, sacrifiant sa dernière possibilité de vœu : « Je souhaite, oh oui je souhaite comme la chose la plus précieuse au monde que la paix de Noël règne ici ! »

Le parfum se répandit dans toute la salle, un parfum encore plus exceptionnel que les deux précédents, apportant, à l’image du diamant, la pureté, l’unité, la réconciliation et l’amour. Un vrai parfum de Noël ! Tous se calmèrent.

Le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit s’avança vers la tribune et regarda la salle avec son sourire ni large ni étroit, ni gai ni triste. « Bonjour mes amis ! J’ai passé quelques jours bien agréables dans votre bonne ville dont le nom importe peu et je voulais vous en remercier. » Il se pencha et ouvrit sa besace. Un petit mouvement fit onduler les têtes dans l’assistance. Il sortit une liasse de journaux qu’il distribua. « Voici :je suis journaliste et je suis venu faire un reportage sur le spectacle de la crèche vivante sans qu’aucun de vous ne soit au courant pour préserver votre spontanéité. Certains m’ont d’ailleurs aperçu alors que je prenais des photos ... »

Les habitants regardèrent la une du journal : toute la première page était consacrée à la crèche avec une superbe photo de Gaspard rayonnant derrière les ors de sa vitrine et un grand titre « On a tué Gaspard ! ». Les effluves de diamant faisant leur effet, il y eut des petits cris d’admiration .

« Mes amis, j’ai été si ému de voir votre peine et votre courage devant le saccage de la statue du mage que j’ai contacté un ami, propriétaire d’un atelier de restauration qui a travaillé avec son équipe jour et nuit pour restaurer le roi Gaspard. »

Un grand « Ohhhh ! » de reconnaissance emplissait la salle juste au moment où Hérode entrait, tout essoufflé : « ah, ah ! Je confirme ! Je viens juste de recevoir enfin les réponses que j’attendais : notre voyageur ici présent est non seulement un journaliste mais le bienfaiteur de notre commune et je propose que nous citions son nom et celui de l’atelier devant le groupe de la Nativité ! » Un immense hourra emplit la salle joyeuse.

Joyeuse, enfin presque, car l’on entendit alors sur le côté trois petits pleurs.

C’étaient Angèle, Angelina et Angelo qui sanglotaient à chaudes larmes. Toute l’assemblée se tourna vers eux et leurs parents s’inquiétèrent de ce désespoir soudain. Il fallut attendre un bon bout de temps avant qu’ils se calment, aidés par Gaspard et son flacon de diamant.

« Nous, nous , nous avons si honte ! Nous avons causé un malheur et aurions pu être responsables d’un plus grand malheur encore ! »

« Allons, allons, parlez ! Vous savez combien nous vous aimons tous ! »

« C’est, c’est, c’est nous qui avons fait tomber la statue de Gaspard. Nous sommes venus un soir avec nos ailes dans la chapelle de la Nativité et pour nous amuser, nous avons dansé notre ronde pleine de cabrioles et de battements de bras… et nous avons accroché la statue qui est tombée mais elle était trop lourde et nous n’avions pas la force de la relever... »

« Pourquoi ne pas l’avoir dit, petits sots ? »

« Nous avions si honte, si honte... » et les larmes revinrent.

Euphorisés par le parfum, les adultes les entourèrent : « Votre peine vous servira de leçon. C’est Noël, réjouissons-nous tous de commencer une vie nouvelle et pleine d’espoir ! »

Tous allèrent trinquer joyeusement et Gaspard regarda dans sa cassette ses trois bijoux vidés de leurs essences précieuses : « Merci mes amis Gnam’, Gnim’ et Gnum’ ! L’esprit de Noël est revenu! »

Fin

 

 

 

 

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Les crayons de couleur (Bernard Reymond)

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Babolette, comme on l’appelait, aurait bien aimé dérider l’oncle Adalbert, le faire sourire au moins une fois dans l’année, le tirer de son éternelle tristesse. C’est que l’oncle Adalbert était triste, toujours triste, toujours à se plaindre des difficultés de l’existence. À peine cherchait-on à le distraire de ses sombres pensées que déjà il vous rabrouait d’une remarque désagréable. Quand Babolette se trouvait dans ses parages, il s’ingéniait même à lui montrer des images toujours ternes, avec des ciels d’orage et de pluie, et des personnages aux allures chagrines. Comment, se disait Babolette, comment faire pour que l’oncle Adalbert soit un peu plus aimable et se mette enfin à nous sourire ? C’était désespérant.

Vint le jour de Noël. Adalbert, comme à son habitude, répondit en bougonnant à l’invitation que lui adressa Gertrude, la maman de Babolette, à participer à la famille rassemblée autour du sapin. Comme Gertrude insistait, Adalbert consentit à s’y joindre, mais en précisant qu’il se tiendrait un peu à l’écart et que la prétendue « joie de Noël » ne le dissuaderait pas de penser que tout allait de mal en pis.

On alluma le sapin, on entonna un chant de Noël, les enfants récitèrent leur poésie avant le moment tant attendu : celui d’ouvrir les cadeaux déposés au pied du sapin. Celui de Babolette était une très grande boite avec autant de crayons de couleur que l’œil est capable de distinguer les couleurs les unes des autres. Sagement rangés les uns à côté des autres u, ils formaient une sorte d’arc-en-ciel d’arc-en-ciel, depuis les rouge profond d’un côté jusqu’aux bleu profond de l’autre, en passant par toutes les nuances d’orange, de jaune et de vert. C’était à ne pas savoir quel crayon choisir pour bien colorier un dessin.

Babolette était ravie et se demandait déjà quel usage elle allait bien pouvoir faire de tous ces crayons et de toutes ces couleurs quand, promenant son regard sur les adultes et les enfants présents autour du sapin, elle vit l’oncle Adalbert, assis un peu à l’écart, encore et toujours sinistre et bougonnant. Il lui vint alors une idée :

Oncle Adalbert, dit-elle avec un sourire, si on en profitait pour colorier une de tes images toutes grises et tristes.

Adalbert se sentit pris au dépourvu, comme s’il n’était tout à coup plus capable d’être aussi rébarbatif que d’habitude. Il commença par marmonner quelques paroles incompréhensibles, comme s’il n’arrivait pas à répéter ce qu’il avait l’habitude de dire, pour finalement esquisser un sourire, ce qu’on ne l’avait plus vu faire depuis des années, et répondre :

Eh bien, oui, pourquoi pas…

Alors laquelle puis-je colorier, demanda Babolette ?

Celle que tu voudras.

Celle avec la pluie et le bonhomme tout triste ? Ça l’aiderait à fêter Noël.

Je veux bien.

Tandis que Babolette se mettait à colorier l’image en question, chacun dans la famille en était à se dire qu’il n’avait jamais vécu un Noël pareil, avec un oncle Adalbert dont le sourire s’épanouissait au fur et à mesure que Babolette avançait dans son coloriage. Elle s’y prenait avec un savoir-faire qu’on ne lui connaissait pas. Le paysage de l’image prenait des allures ensoleillées, presque paradisiaques, avec partout des couleurs éclatantes, et le personnage morose au milieu de la scène s’en trouvait avoir un air si aimable et compréhensif qu’on aurait dit Jésus lui-même.

C’est fantastique, ce que tu sais faire ave ces crayons, lui dit Adalbert. Ça donne envie de vivre et de sourire à la vie.

Attends, rétorqua Babolette, je vais encore dessiner un arc-en-ciel.

Pourquoi un arc-en-ciel ?

Parce que c’est Noël et que l’arc-en-ciel doit relier le ciel et la terre, faire en couleurs le pont entre Dieu et nous.

Adalbert, depuis ce Noël-là, n’a plus jamais été le personnage désagréable et bougon qu’on connaissait. Il ne manquait jamais d’expliquer aux gens qu’il rencontrait que nous avons de la chance d’avoir entre Dieu et nous un arc-en-ciel qui donne des couleurs à la vie.

 

Bernard REYMOND

Evangile & Liberté Le Blog de la rédaction 23 décembre 2014

https://www.evangile-et-liberte.net/2014/12/les-crayons-de-couleur/

 

 

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La rose de Noël : la légende

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

L'hellébore, la renonculacée vivace qui fleurit vaillamment de novembre à mars, porte aussi le nom de rose de Noël. Savez-vous pourquoi? En voici la légende...

 

 

La légende de la rose de Noël

 

On raconte que la nuit où Jésus est né, il faisait très froid dans la contrée de Bethléem . Il neigeait même. Sur les collines, une pauvre petite bergère dormait au coeur de son troupeau, bien emmitouflée contre le froid.

Soudain elle fut réveillée par une grande lueur. Le ciel était illuminé par une étoile brillante, juste au-dessus d'une étable près du village. Elle fut émerveillée, car elle n'avait jamais rien vu d'aussi beau.

 

Elle vit alors arriver de loin trois personnages extraordinaires venus de l'Orient, des rois mages à dos de chameau, richement habillés et parés de bijoux étincelants. Conduits par l'étoile, ils se rendaient à Bethléem pour voir Jésus et ils passèrent devant elle, chargés d'or, de myrrhe et d'encens. Elle en resta éblouie

 

Les anges se mirent à chanter dans le ciel des Gloria in excelsis et lorsqu'ils entendirent ces chants merveilleux, les bergers alentour se levèrent, et se rendirent à leur tour voir l’enfant nouveau-né dans la crèche, apportant avec eux leurs plus plus beaux cadeaux : qui du bon miel, qui des fruits colorés , qui des colombes vivantes.

 

Mais la petite bergère était si pauvre qu'elle n'avait rien à elle . Comprenant qu'elle n'avait aucun présent à apporter à l'enfant Jésus, elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Elle pleura tant que ses larmes tombaient sur le sol froid, creusant de petits trous dans la neige.

 

Voyant son désespoir, un ange descendit du ciel. Il effleura de son aile le sol enneigé et dit : "Regarde ! Tu as , toi aussi, des cadeaux à offrir!" Et il repartit chanter dans le ciel.

La pauvre petite bergère se pencha, émerveillée : à ses pieds, chaque trace de ses larmes s'était transformée en de belles fleurs blanches et brillantes!

 

Elle les cueillit bien vite pour en faire un beau bouquet se rendit aussitôt à l'étable pour les offrir au nouveau-né. Lorsqu'elle entra, elle déposa humblement son bouquet au pied de la crèche, au milieu des autres cadeaux. Mais les petites fleurs blanches rayonnaient plus encore que tous les autres présents, au point que Jésus se tourna vers elles et, les effleura du doigt, donnant aux pétales une délicate nuance de rose.

 

La rose de Noël était née.

 

 

 

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Le sapin, conte d'Andersen

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Grande soirée conte aujourd'hui avec "Le Sapin,  conte de Hans-Christian Andersen en deux versions : un charmant petit dessin animé recueilli sur Youtube et le texte original .  Deux styles très différents : à vous de choisir votre version préférée ..

 

 

Pour lire le dessin animé de SANDORIYONNE S,  cliquer sur ce lienhttps://youtu.be/iqKQomEMS7A

 

LE SAPIN

Hans Christian ANDERSEN, traduction David SOLDI

Nouveaux Contes d’Andersen, Hetzel, 1882

 

 

 

Au milieu d’une forêt, en une belle place bien aérée et éclairée par le soleil, croissait un charmant petit sapin. Tout autour de lui se trouvaient une quantité de camarades plus âgés et par conséquent plus grands que lui : des pins altiers et des chênes énormes.

Le plus ardent désir du petit sapin était d’égaler en hauteur ses voisins. Ce désir était tel qu’il ne faisait plus attention au brillant soleil et au ciel bleu ; les joyeux enfants du voisinage qui, en chantant et babillant, cueillaient des fraises et des framboises, passaient inaperçus devant lui. Souvent, quand ils avaient fait de fruits ample provision, ils venaient s’asseoir auprès du petit sapin en disant : - Comme il est joli et mignon ! Ah ! le beau petit arbre !

Ces paroles, qui auraient dû lui plaire, le remplissaient de dépit.

- Petit, disait-il, toujours petit !

 

Chaque année, au printemps, il faisait une poussée, et l’année suivante, une poussée encore. Il eût voulu en faire dix.

- Oh ! que je voudrais donc être grand, soupirait-il ; j’étendrais mes branches au loin et de ma cime je dominerais le monde ! Les oiseaux construiraient leurs nids dans mon feuillage, et, lorsque le vent souffle, je saurais m’incliner avec autant de majesté et de grâce que mes orgueilleux camarades.

Ces mauvaises pensées le rendaient insensible à tout ce qui aurait dû le charmer.

Il ne se souciait plus ni des concerts joyeux des oiseaux qui chantaient dans les feuilles, ni des beaux nuages pourprés qui matin et soir flottaient au-dessus de lui, dans l’azur des cieux.

 

L’hiver arriva et avec lui la neige blanche et étincelante. Souvent un lièvre, poursuivi par les chasseurs, franchissait d’un saut le petit sapin, et cette familiarité blessait au vif son orgueil.

Après deux hivers, il avait grandi assez pour que les lièvres fussent obligés de passer sous ses branches. Ce progrès était trop lent à son gré.

Pousser, grandir et devenir vieux, c’est ce qu’il y a au monde de plus beau, pensait l’arbre.

 

En automne vinrent des bucherons qui abattirent quelques-uns des plus grands arbres ; tous les ans ils en firent autant. Le jeune sapin ne les voyait plus qu’avec terreur ; car les grands et magnifiques arbres tombaient avec fracas sous leurs cognées. On en coupait les branches, et ils avaient alors l’air si nus et si décharnés qu’on pouvait à peine les reconnaître. Puis on les chargeait sur une voiture, et les chevaux les traînaient hors de la forêt. — Où allaient-ils ? que devenaient-ils ?

 

Au printemps, lorsque les hirondelles et les cigognes revenaient, l’arbre de leur dire :

- Ne savez-vous pas où on les a conduits, ne les auriez-vous pas rencontrés ?

Les hirondelles n’en savaient rien, mais une cigogne, réfléchissant un peu, répondit :

- Je crois le savoir ; en m’envolant de l’Égypte, j’ai rencontré plusieurs navires ornés de mâts neufs et magnifiques ; je crois que c’étaient eux : ils exhalaient une forte odeur de sapin. Comme ils étaient fiers de leur nouvelle position !

- Oh ! si j’étais assez grand pour naviguer sur la mer ! Dites-moi, comment est la mer ? À quoi ressemble-t-elle ?

- Ce serait trop long à expliquer, dit la cigogne, et elle s’envola.

- Réjouis-toi de ta jeunesse, lui disaient les rayons du soleil. Réjouis-toi de la beauté, et de ta vie pleine de sève et de fraicheur !

Et le vent caressait l’arbre, et la rosée répandait ses larmes sur lui, mais le sapin n’y prenait point intérêt.

 

Vers la Noël les bucherons coupaient souvent de jeunes arbres, qui n’étaient pas même aussi grands que notre sapin. Comme les autres ils étaient chargés sur une voiture et traînés par des chevaux hors de la forêt.

- Où vont-ils ? demanda le sapin. Il y en a qui sont plus petits que moi ; on leur a laissé toutes leurs branches. Où vont-ils ?

- Nous le savons bien, nous le savons bien, gazouillèrent les moineaux. Nous avons été dans la ville, et nous avons regardé à travers les fenêtres. Ils sont arrivés au plus haut point du bonheur et de la magnificence ; on les a plantés au milieu d’une belle chambre bien chauffée pour les orner ensuite de pain d’épices, de bonbons, de joujoux et de cent lumières.

- Et puis… demanda le sapin en frémissant de toutes ses branches ; et puis qu’est-il arrivé ?

- C’est tout ce que nous avons vu, mais c’était bien beau !

- Est-ce que moi aussi je serais destiné à une carrière aussi brillante ? pensa le sapin ; cela vaudrait encore mieux que de naviguer sur la mer. Oh ! que le temps est long ! Quand serons-nous à Noël, pour que je parte avec les autres ? Je me vois déjà dans une belle chambre bien chaude, chargé d’ornements. — Et ensuite… — Oui, ensuite il viendrait probablement quelque chose de mieux encore ; sans cela pourquoi nous parer avec tant de luxe ? Comme je suis curieux de savoir ce qui m’arriverait, je souffre d’impatience ; vraiment je suis bien malheureux !

- Réjouis-toi lui disaient le ciel et les rayons du soleil : réjouis-toi de ta jeunesse qui fleurit au sein de la nature paisible.

 

Toujours inquiet, le sapin, croissait toujours. Son feuillage devenu plus épais et d’un beau vert attirait les yeux du passant, qui ne pouvait s’empêcher de dire : « Quel bel arbre ! »

 

Noël arriva et il fut choisi le premier. La hache le frappa au cœur. Après un soupir, il tomba presque évanoui. Au lieu de penser à son bonheur, il se sentit tout affligé de quitter le lieu de sa naissance. Il savait qu’il ne reverrait plus ses anciens camarades, les petits buissons, les gracieuses fleurs, qui l’avaient entouré, peut-être pas même les oiseaux.

Son départ le rendait tout triste.

 

L’arbre ne revint à lui qu’au moment où avec plusieurs autres il fut déchargé dans une grande cour. Un homme arriva et dit en le désignant : « Celui-ci est magnifique ; c’est ce qu’il nous faut. »

Vinrent ensuite deux domestiques eu superbe livrée, qui portèrent le sapin dans le salon d’un grand seigneur ; partout des tableaux d’un grand prix, sur la cheminée des porcelaines de Chine ; les meubles étaient d’ébène et garnis de satin ; les tables couvertes d’objets d’art, de livres illustrés et de magnifiques gravures.

- Il y en a pour cent fois cent écus, disaient les enfants.

 

On planta le sapin dans une grande caisse pleine de sable ; cette caisse était recouverte et comme vêtue d’étoffes de mille couleurs.

Oh ! comme il tremblait ! que devait-il donc lui arriver ?

 

Les enfants et les domestiques se mirent à l’orner. Ils suspendirent à ses branches de petits cornets de papier doré remplis de bonbons. Ensuite ils y attachèrent des pommes et des noisettes argentées, toutes sortes de joujoux et plus de cent petites bougies rouges, bleues et blanches. Des poupées qui ressemblaient à de véritables enfants, telles que l’arbre n’en avait jamais vues, se reposaient sur ses branches, et, au sommet de sa couronne, étincelait une étoile semblable à un diamant.

Quel luxe ! quelle splendeur !

- Ce soir, s’écrièrent les enfants, comme il sera beau et brillant de lumières !

- Oh ! pensa l’arbre, je voudrais déjà être à ce soir, et que toutes les bougies fussent allumées ; mais qu’arrivera-t-il après ? Les autres arbres de la forêt viendront-ils me regarder ; les moineaux me verront-ils à travers la fenêtre ; resterai-je ici, hiver et été, toujours paré ainsi ?

Pauvre sapin, qu’il devinait mal ! Et cependant ces réflexions étaient un supplice pour lui.

 

Le soir arriva, et les bougies furent allumées. Quelle magnificence ! L’arbre tremblait si fort qu’une bougie en tombant mit le feu à l’une de ses branches :

- Aie ! aie ! s’écria-t-il en frémissant.

- Au secours, au secours ! crièrent les enfants. Les domestiques accoururent et éteignirent le feu. Dès ce moment l’arbre n’osa plus trembler ; il avait peur d’endommager sa parure ; il était tout étourdi de sa splendeur.

 

Tout à coup les portes s’ouvrirent et une joyeuse troupe d’enfants se précipita dans le salon. Derrière eux venaient les parents.

D’abord les petits restèrent muets d’admiration à la vue de l’arbre de Noël ; mais bientôt ils commencèrent à pousser des cris de joie, et se mirent à danser en rond autour de lui. Bientôt le tirage des lots commença. Chacun avait son numéro ; peu à peu l’arbre se dégarnit. À mesure qu’un numéro était appelé il perdait un de ses joyaux, qui, de ses branches, passait aux mains émues des enfants.

 

- Que font-ils ? pensa l’arbre ; que va-t-il m’arriver ? Cependant tout ce qu’il avait eu de plus précieux avait peu à peu été détaché de ses branches, les bougies aussi se consumèrent et furent éteintes l’une après l’autre. Alors les parents permirent le pillage des menus objets et des bonbons qui restaient. Les enfants ne se le firent pas dire deux fois. Ils se jetèrent sur le sapin avec tant d’impétuosité qu’il eût été renversé, si son étoile qui le fixait au plafond ne l’eût retenu. Après l’avoir complètement dépouillé de ses ornements, les jeunes pillards se remirent à danser et à jouer ; et personne ne fit plus attention à l’arbre, si ce n’est la vieille bonne, qui vint regarder si l’on n’y avait pas laissé, par hasard, une orange ou une figue dont elle pût faire son profit.

 

- Une histoire ! une histoire ! s’écrièrent les enfants, et ils attirèrent vers l’arbre un bon et gai vieillard qui s’était fait le compagnon de leurs jeux malgré son âge, et qui s’assit.

- Nous sommes là sous un arbre, dit-il. Ce pauvre sapin coupé nous représente une forêt et peut-être pourra-t-il profiter de ce que je vais vous raconter. Je ne vous dirai qu’une seule histoire. Voulez-vous celle d’Ivède-Avède, ou celle de Cloumpe-Doumpe qui roula en bas d’un escalier ; ce qui ne l’empêcha pas d’arriver plus tard à de grands honneurs, et d’épouser une princesse.

- Ivède-Avède, crièrent les uns ; Cloumpe-Doumpe, dirent les autres.

 

Et le bonhomme raconta l’histoire de Cloumpe-Doumpe qui roula en bas d’un escalier et épousa une princesse.

Les enfants applaudirent en criant : « Encore une ! encore une ! »

Ils voulaient entendre aussi celle d’Ivède-Avède ; mais ils furent obligés de se contenter de Cloumpe-Doumpe.

 

Cependant le sapin restait muet et pensif ; jamais les oiseaux de la forêt ne lui avaient raconté rien de pareil.

- Cette histoire doit être vraie, se dit-il, car celui qui l’a racontée m’a l’air d’un bien honnête homme. Qui sait si, moi aussi, je ne finirai pas par rouler en bas d’un escalier et par épouser une princesse. Demain ils vont probablement m’orner de nouveau, me couvrir de lumières, de joujoux, d’or et de fruits ; je me redresserai fièrement et j’entendrai encore une fois l’histoire de Cloumpe-Doumpe et peut-être celle d’Ivède-Avède par-dessus le marché.

Puis il s’abandonna à ses pensées, et resta toute la nuit sombre et silencieux.

 

Le lendemain matin, les domestiques entrèrent dans le salon.

- Ils vont me faire une nouvelle toilette, pensa l’arbre.

Mais il fut traîné hors de la chambre, monté dans le grenier et jeté dans un coin obscur.

- Qu’est-ce que cela signifie, se demanda-t-il ; que vais-je faire ici ?

Et il s’appuya contre le mur en réfléchissant.

 

En vérité, il avait le temps de réfléchir ; car les jours et les nuits se passèrent sans que personne entrât dans le grenier : lorsqu’on y vint un jour, c’était pour chercher quelques vieilles caisses, le sapin restait où il était ; on l’eût dit complètement oublié.

 

- Maintenant nous sommes en hiver, pensa-t-il, la terre durcie est couverte de neige, il faut qu’on attende le printemps pour me planter ; c’est pour cela sans doute qu’on m’a mis à l’abri ; les hommes sont vraiment bons, et ils savent prendre leurs précautions ; seulement, c’est dommage que ce grenier soit triste et si abandonné : pas même un petit lièvre. C’était pourtant bien gentil, lorsque dans la forêt un petit animal venait jouer sous mon ombre, ou quand des oiseaux babillards venaient se dire leurs secrets sur mes branches. Il est vrai que dans ce temps-là je m’en fâchais ; ah ! que j’avais donc tort. Ici, rien de tout cela ; je m’ennuie horriblement !

 

Pip ! pip ! firent deux petites souris qui sortaient de leur trou, accompagnées bientôt d’une troisième. Elles flairèrent le sapin et se glissèrent dans ses branches.

- Quel terrible froid, dit l’une, n’est-ce pas, mon vieux sapin ?

- Je ne suis pas vieux du tout, répondit l’arbre, il y en a de bien plus âgés que moi.

- D’où viens-tu ? que sais-tu ? as-tu vu les plus beaux pays du monde ? Connais-tu l’office, ce bon endroit où de nombreux fromages sont couchés sur des planches, où sont suspendus tant de jambons; là où l’on danse sur des paquets de chandelles, où l’on entre maigre et d’où l’on sort gras ?

- Je ne connais rien de tout cela, mais je connais la forêt où le soleil brille au milieu des arbres, et où les oiseaux chantent gaiement leur refrain.

 

Puis il raconta sa jeunesse ; et les petites souris, qui n’avaient, jamais rien entendu de semblable s’écrièrent :

- Comme tu es heureux d’avoir vu toutes ces belles choses !

- Oui, dit le sapin, dans ce temps-là, il est vrai, j’étais assez heureux.

Puis il leur raconta son aventure du soir de Noël, sans oublier la magnificence avec laquelle on l’avait orné. Les petites souris l’écoutaient avec plaisir.

- Tu sais raconter d’une manière charmante, dirent-elles.

 

Et la nuit suivante elles revinrent avec quatre de leurs compagnes pour que le sapin leur répétât son histoire.

L’arbre raconta de nouveau, et ajouta tout bas cette réflexion :

- Oui, c’était un temps bien heureux, et il peut revenir encore. Cloumpe-Doumpe roula bien en bas de l’escalier, ce qui ne l’empêcha pas d’épouser une princesse.

Et ce disant, il pensa à une petite aubépine qui poussait dans la forêt, et qui lui semblait une véritable princesse.

 

La nuit suivante, il eut un auditoire encore plus nombreux, et, le dimanche d’après, deux gros rats se joignirent aux souris pour l’écouter.

- Vous ne savez que cette histoire ? demandèrent les rats.

- Rien que celle-là, et le soir où je l’entendis pour la première fois fut le moment le plus heureux de ma vie.

- Elle n’est pourtant pas bien intéressante ; n’en sauriez-vous pas une autre qui parlât de lard et de chandelle ou qui concernât l’office ?

- Non, répondit l’arbre.

- En ce cas merci et portez-vous bien, dirent les rats, et ils s’en retournèrent chez eux.

 

Peu à peu les souris disparurent aussi et l’arbre resta seul de nouveau.

- C’était pourtant bien gentil, se dit-il, lorsque les petites souris venaient s’asseoir autour de moi pour m’entendre raconter ; maintenant cela aussi est fini ! Comme je serai content, lorsqu’on me retirera d’ici !

 

En effet il fut retiré du grenier. Un matin les domestiques arrivèrent et le descendirent dans la cour.

- Je revis enfin, pensa l’arbre, en sentant le grand air et les rayons du soleil ; et, dans sa joie, il oubliait de se regarder lui-même.

La cour aboutissait à un jardin magnifique. Les roses et le chèvrefeuille se montraient à travers le grillage, l’air était embaumé de leurs doux parfums. Sous les tilleuls les hirondelles volaient en chantant : « Quiirrevire vite ! mon mari est venu ! » Mais en chantant ainsi elles ne pensaient guère au sapin.

- Je me sens revivre, disait-il toujours, en étendant ses branches, sans s’apercevoir qu’elles étaient jaunies et desséchées, et que lui-même se trouvait dans un coin au milieu des orties.

 

Cependant il avait conservé à son sommet l’étoile dorée, qui brillait au soleil. Dans la cour jouaient quelques-uns de ces joyeux enfants, qui, dans la soirée de Noël, avaient dansé autour de l’arbre ; le plus petit courut vers lui et arracha l’étoile.

Regardez ce que j’ai trouvé sur ce vilain vieux sapin, s’écria-t-il, en marchant sur les branches qu’il faisait craquer sous ses pieds.

 

L’arbre se regarda et soupira. Ah ! qu’il se trouva laid en effet à côté des arbres et des fleurs qui vivaient, fleurissaient et verdissaient à quelques pas de lui. Il eût voulu se cacher dans le coin obscur du grenier ; il pensait à sa vivante et calme jeunesse dans la forêt, aux gloires de la Noël, et aux aimables visites des petites souris qui étaient venues entendre l’histoire de Cloumpe-Doumpe.

- Hélas ! hélas ! dit-il, j’ai été heureux, j’ai tenu le bonheur et je n’ai pas su en jouir. Tout est fini pour moi.

 

Bientôt vint un homme qui coupa le sapin en petits morceaux, en fit un fagot, le porta dans la cuisine, et le mit sous la marmite. En se sentant dévoré par le feu, il poussa, en pétillant, soupirs sur soupirs. Il se rappelait les beaux jours d’été dans la forêt, les nuits d’hiver lorsque les étoiles étincelaient au ciel ; toute sa vie passa dans sa mémoire comme un rêve. Quelques instants après l’arbre n’était plus que cendres et poussière.

 

Cependant les enfants jouaient toujours au jardin et le plus jeune avait attaché sur sa poitrine l’étoile dorée que le sapin vaniteux avait portée pendant la soirée la plus brillante de sa vie.

C’était là tout ce qui restait du pauvre arbre.

 

 

L’histoire de ce sapin est celle de beaucoup d’hommes. Heureux dans la condition modeste où ils ont vu le jour, ils méconnaissent leur bonheur. La vanité les pousse vers des contrées lointaines. Comme des arbres à qui manque le sol natal, ils vont mourir sur la terre étrangère déplorant, mais trop tard, leur sotte ambition.

 

 

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte de l'Avent 2016 : "On a tué Gaspard !"

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

C'est l'heure de notre conte de l'Avent 2016.  Jour après jour, nous vous rapporterons ici la dernière histoire racontée par notre amie, la femme sans âge du pays de n'importe où... Une aventure pleine de frissons... Pelotonnez-vous bien dans votre plaid préféré... !
Dimanche 27 novembre 2016

Alors que nous nous étions arrêtés dans l’église Notre-Dame à Nogent-le-Rotrou pour admirer

la superbe crèche du XVIème siècle et ses quatorze statues en terre cuite, représentant, l'Enfant Jésus, la sainte Vierge et saint Joseph, les rois mages, les bergers et plusieurs anges, nous avons reconnu derrière nous le frôlement familier de notre amie, la femme sans âge.

Vous savez, la femme sans âge du pays de n’importe où, qui rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter des histoires de n’importe quoi si étonnantes que l’on ne peut s’empêcher de les écouter et … d’y croire !

La reconnaissant, nous nous sommes assis sur les chaises de bois et aussitôt elle nous a raconté une nouvelle incroyable histoire de n’importe quoi…

Hmmmm… nous sentons que vous retenez votre souffle pour écouter aussi cette histoire de n’importe quoi…

Alors, asseyez-vous et ouvrez grands vos yeux pour la découvrir avec nous …

Lundi 28 novembre 2016

Plissant ses yeux dans un sourire malicieux, notre femme sans âge se pencha vers nous :

«Vous admirez cette magnifique crèche, n’est-ce pas? On dit qu’elle est une des plus anciennes au monde mais savez-vous qu’il y en a une aussi belle au pays de n’importe où ? Elle fut même le théâtre d’un drame incroyable... »

Saisis par le ton mystérieux de notre femme sans âge, nous lui avons demandé, déjà frémissants, de nous raconter la suite de l’histoire...

« Eh bien, cette crèche se situe dans l’église de la ville dont le nom importe peu au pays de n’importe où. Cette ville était célèbre pour son église, construite au cœur du vieux quartier.

Oh, non que cette église fût très belle : son clocher était tout simple et ses façades extérieures peu décorées. L’intérieur n’attirait pas non plus le regard : peu de vitraux, une ombre qui gommait tous les reliefs, un chœur traditionnel.

Non, tout était très banal dans cette église sauf… dans une grande chapelle latérale toute discrète, un groupe de statues de terre cuite aussi grandes que des êtres humains. Des œuvres d’art d’une qualité exceptionnelle qui avaient traversé plus de quatre siècles en gardant toute la finesse de leurs ciselures, toutes leurs riches couleurs, et leurs merveilleuses dorures.

Ces statues, offertes par de puissants seigneurs du pays, représentaient la nativité avec un réalisme stupéfiant car tous les visages étaient ceux des généreux donateurs et de leurs proches. Ce groupe extraordinaire, surgissait subitement de l’ombre qui noyait l’église lorsque l’on allumait un éclairage spécial dans la chapelle.

Une telle œuvre d’art était si rare au monde qu’elle avait été classée sur la liste des monuments historiques du pays de n’importe où et qu’il était même question qu’elle soit aussi inscrite au patrimoine mondial. Des visiteurs venaient de tous les pays pour l’admirer et toute la ville dont le nom importe peu se réjouissait de l’activité qui en résultait.

Vous imaginez bien combien toute la population de la ville dont le nom importe peu était fière de sa Nativité et tenait à ce patrimoine.

Mardi 29 novembre 2016

Cette passion n’était pas récente. Depuis des siècles et des siècles, l’œuvre d’art se transformait en crèche vivante au moment de l’Avent. Des habitants prenaient les rôles de la scène sculptée, enfilaient des costumes anciens, inspirés par les habits des statues et faisaient revivre la Nativité en récitant des textes bibliques et des poèmes. Ce spectacle en plein hiver attirait aussi beaucoup de monde et les figurants étaient très fiers de tenir leur rôle de génération en génération, au point que souvent on donnait pour prénom aux enfants celui du rôle des parents.

Ainsi, Marie, la servante du café «A la Nativité», Joseph, le menuisier de la grand-rue, Hérode, le garde-champêtre, Angèle, Angelina et Angelo les enfants de chœur, Pascal, Sylvain et Olivier, guides touristiques et les trois cousins, descendants lointains des seigneurs donateurs Melchior, bijoutier, Balthazar, pharmacien et … Gaspard, parfumeur.

L’enfant Jésus était figuré par un beau baigneur en vinyle souple dont les paupières battaient à chaque mouvement.

Cette année-là, au début de l’Avent, toute notre petite équipe se préparait fébrilement en ressortant les décors et les costumes et en révisant les textes.

A l’heure de la première répétition dans l’église tous arrivèrent joyeusement bavards …

Tous ? Mais non, Gaspard avançait, encore baigné d’effluves embaumés, tête basse et pas traînant. Lui qui habituellement était aussi léger et insouciant que ses parfums avait la mine sinistre et le teint gris.

«Es-tu malade?» s’inquiétèrent ses cousins Melchior et Balthazar.

«’mffff!» répondit Gaspard

«As-tu des soucis?»

«’mffff!»

«N’as-tu plus envie de jouer ton rôle?»

«’mffff!»

Mais la répétition commençait et les trois cousins se hâtèrent vers la sacristie pour vite endosser leurs beaux costumes sans connaître ce qui se cachait derrière les «’mffff!» de Gaspard si soudainement taiseux.

Mercredi 30 novembre 2016

La répétition parut longue et fastidieuse à Gaspard, contrairement aux autres figurants tout joyeux de se retrouver. Il oublia son texte, apparut trop tôt, puis revint avec Melchior et Balthazar en oubliant sa boîte d’encens. Bref il avait la tête ailleurs, lui qui était d’habitude si exact et si joyeux.

Ses cousins le retrouvèrent après la séance, déjà rhabillé et soupirant de toute son âme d’épouvantables «’mfff ! ». « Mais enfin, Gaspard, dis-nous ce qu’il t’arrive : nous sommes très inquiets ! »

« Ah mes chers cousins ! Comment vous dire ? Je crains que vous ne vous moquiez de moi ou que vous me preniez pour un grand malade ! » 

« Non, non, promis ! Nous ne nous moquerons pas de toi : nous voulons te retrouver comme les années passées, gai comme un pinson et heureux dans notre groupe ! Sinon notre spectacle sera complètement raté ! »

« ‘mfff ! ‘mfff ! C’est si affreux ! »

« Allez, raconte tout ! »

« ‘mfff ! Alors voilà : la nuit dernière, j’ai fait un cauchemar épouvantable, à nul autre pareil. Jamais, jamais, je n’avais ressenti une semblable douleur! »

« Raconte ! »

« ‘mfff ! J’étais dans l’église, habillé de mon beau costume de roi mage quand, soudain, je recevais brutalement une claque derrière la tête, si violente que je tombais sur le dallage et que ma tête se séparait de mon corps et allait rouler entre les chaises et les prie-Dieu. Je ne pouvais ni bouger, ni crier et je sentis tout à coup le ciel noir et la nuit humide m’emporter loin de tout : j’étais mort ! »

« Ahhh ! Ce n’est qu’un cauchemar ! « répondirent en chœur Melchior et Balthazar. « Tu es toujours bien vivant, crois nous ! »

« ‘mfff ! Certes mais j’ai un tel malaise et de telles douleurs au cou depuis ce matin : je suis sûr que c’est un présage et que ma mort est proche ! »

«  Balivernes ! »

« ‘mfff ! Comme je le souhaite ! Mais souvenez-vous comme mes rêves sont souvent prémonitoires ! Souvenez-vous du numéro de loto gagnant qui m’était apparu en songe !  Et des solutions des devoirs à l’école ! Et ... »

« Oui, oui, mais cela n’avait rien à voir avec la vie et la mort… Tu as dû te tordre le cou en dormant, c’est tout! » répondirent ses cousins, un peu ébranlés par le frémissement d’angoisse qui parcourait Gaspard. « Viens prendre avec nous un bon chocolat chaud et tu dormiras mieux cette nuit ! »

Gaspard les suivit mais continua à soupirer toute la soirée.

Jeudi 1er décembre 2016

A peine rentré chez lui, Gaspard, toujours aussi abattu, poussa encore de grands « ‘mfff ! » désespérés et décida de recourir à sa solution miracle pour retrouver calme et sérénité.

Il prit son beau coffret contenant l’encens qu’il gardait toujours avec lui, même hors des spectacles, et choisit avec soin un petit cône d’encens, l’alluma et le plaça sur une élégant support, laissa la fumée monter et respira ses effluves, installé dans son confortable fauteuil.

 

Depuis qu’il avait pris ce rôle de roi mage, il avait découvert toutes les vertus de l’encens et trouvait la solution à tous ses problèmes en se laissant porter par les parfums secs de ses fumées. Il n’était pas parfumeur pour rien … !

 

Gaspard était un peu superstitieux et crédule. Après avoir lu bien des livres consacré à l’encens, il était persuadé que ces petites séances embaumées lui apportait la guérison et le nirvana. Un rhume ? Un cône d’encens au cèdre pour guérir. Un chagrin ? un cône d’encens au muguet pour retrouver le bonheur. Une peur ? Un cône d’encens au pois de senteur pour retrouver le courage.

Ce soir, craignant de ne pouvoir dormir sans cauchemar, Gaspard avait choisi un cône d’encens au jasmin. Ah ! Les soirées d’été embaumées de jasmin dans le jardin de sa tante….

Comme un accès direct au paradis….

La main sur son précieux coffret d’encens, Gaspard allongea les jambes, s’étira de tout son long, ferma les yeux, respira profondément, profondément, très profondément … et s’endormit .

Vendredi 2 décembre 2016

Gaspard dormait depuis longtemps quand tout à coup il eut la bizarre sensation d’être observé. Un peu engourdi, il se dressa dans l’obscurité mais ne vit rien. Ses yeux s’habituant à la nuit, il lui sembla voir se glisser subrepticement sur le côté trois petites ombres silencieuses.

« Eh, vous ! Qui êtes-vous ? » se mit à crier Gaspard soudain inquiet. Mais il n’y eut aucune réponse.

« Melchior, Balthazar : est-ce vous ? » Mais il n’y eut aucune réponse et Gaspard sentit un souffle passer derrière sa nuque.

« Enfin ! C’est ridicule ! La plaisanterie n’est pas drôle : je vais allumer la lumière ! » Toujours aucune réponse mais Gaspard crût entendre comme des petits rires.

 

Gaspard tendit les bras dans l’ombre, balayant l’air autour de lui tel un moulin à vent mais il ne rencontra aucun corps, aucune surface, juste de l’air un peu plus chaud comme un souffle d’été.

Il comprit alors qu’il ne s’agissait ni de Melchior, ni de Balthazar, ni d’aucun ami, ni d’aucun être humain : il s’agissait à coup sûr de gnomes venus l’enlever pour voler son précieux coffret d’encens et l’emmener sous terre. Il allait mourir !

 

Gaspard voulut se lever quand il sentit un violent coup s’abattre sur sa nuque . Une douleur inouïe le saisit, un horrible déchirement dans le cou. L’air manqua à Gaspard. Il se sentit tomber et sa tête éclata, séparée du corps.

Et … plus rien !

Gaspard était mort !

Samedi 3 décembre 2016

Le lendemain matin, lorsque la ville dont le nom importe peu se réveilla, de petits flocons de neige flottaient dans le ciel d’un gris rosé. Des enfants sortaient en poussant de grands « Ahhhh ! » suivis de rires cristallins, imaginant déjà les bonshommes de neige à construire. Des passantes mal chaussées émettaient de petits « Ahhh ! » inquiets en trottant à pas menus pour éviter de glisser. Des artistes s’extasiaient en « Ahhh ! » emphatiques et inspirés, imaginant déjà de nouvelles œuvres à créer.

 

Mais un « Ahhh ? » interrogatif et surpris retentit dans l’auberge de la Nativité : Melchior et Balthazar, venus prendre leurs petits-déjeuners comme chaque matin avec leur cousin s’étonnaient de ne pas le voir arriver. Or Gaspard était d’une régularité sans faille, surtout pour le petit-déjeuner.

 

Avec Marie, la servante, ils s’étonnaient, puis s’inquiétaient. Pourquoi donc Gaspard n’était-il pas là ? Aurait-il dormi plus longtemps, épuisé par ses inquiétudes ? Ou bien son torticolis de la veille l’empêchait-il de se préparer rapidement ? Ou bien était-il vexé par les remarques de ses cousins ? Et s’il était tombé  et ne pouvait bouger ?

 

Les deux cousins finirent par être très inquiets et décidèrent d’aller aux nouvelles. Ils avalèrent bien vite leurs petits-déjeuners et se rendirent chez Gaspard.

La neige commençait à blanchir les trottoirs et les grands pas de Melchior et Balthazar produisaient de sourds crissements. Croc, croc, croc ! Les voici arrivés devant la porte de Gaspard.

 

Ils frappèrent à la porte et attendirent… mais ne Gaspard n’ouvrit point.

Ils ôtèrent leur gants pour taper plus sec… mais ne Gaspard n’ouvrit point.

Ils crièrent : « Gaspard, Gaspard, c’est nous, Melchior et Balthazar ! Ouvre-nous ! » … mais ne Gaspard n’ouvrit point.

Inquiets, ils collèrent leur oreille à la porte … mais ils entendirent aucun bruit.

Se souvenant de leur conversation de la veille avec Gaspard, ils se regardèrent, glacés : « Ce n’est pas possible ! Il n’avait quand même pas raison ! … Non, non, non ! »

« Et si… si… si … Gaspard était mort ! »

Dimanche 4 décembre 2016

Melchior sortit de sa poche une clé que Gaspard lui avait confié un jour et cric-crac ! Il ouvrit la porte. Suivi de Balthazar, il se précipita chez son cousin et tous deux poussèrent un grand cri !

Gaspard était là, devant eux, gisant de tout son long par terre, inerte sur le sol ensanglanté. Gaspard était mort ! On avait tué Gaspard !

Les deux cousins s’approchèrent, se penchèrent vers le visage de Gaspard et virent … ses paupières palpiter légèrement ! Mais non, Gaspard était en vie ! En vie, mais avec le nez écrasé sur le sol et sanguinolent.

Ils appelèrent Gaspard doucement et lui tapotèrent les joues. Gaspard toussota un peu et ouvrit péniblement les yeux. Il se tourna vers Melchior et Balthazar, tout surpris de les voir au-dessus de lui. «Que, que faites-vous ici ? Où sommes-nous ? »

«Mais chez toi, Gaspard ! Que t’est-il arrivé ? » « Je, je ne sais pas, j’ai été attaqué cette nuit par trois petits gnomes qui m’ont assené un violent coup sur la nuque, si violent que j’ai senti ma tête éclater et se séparer de mon corps, puis je ne me souviens plus de rien… sauf la même douleur que dans mon cauchemar l’autre nuit… Je suis sûr maintenant que l’on veut me tuer ! »

Gaspard se releva et Melchior le prit dans ses bras pour l’aider à s’allonger sur le lit tandis que Balthazar courait à sa pharmacie chercher de quoi le soigner. «Allons, allons, Gaspard, ce n’est qu’un nouveau cauchemar : les gnomes n’existent pas ! Tu as simplement roulé hors de ton lit en t’agitant. Nous allons soigner ton nez, tu vas prendre un bon petit-déjeuner et l’air frais te fera du bien. Tu devrais aussi consulter le médecin pour avoir un remède pour ton torticolis et contre ces cauchemars... »

« Mais non, mais non ! Je ne suis pas malade : je sens seulement un danger de mort planer autour de moi… ! » Et Gaspard se leva pour allumer un cône d’encens au bois de santal afin de purifier son mental de toute influence négative et d’attirer les bons esprits.

Melchior leva les yeux au ciel…

Lundi 5 décembre 2016

 

Balthazar arriva avec sa trousse de secours et soigna Gaspard qui reprenait des couleurs tout en massant soigneusement son cou. « J’ai faim ! » s’exclama-t-il soudain, le sourire aux lèvres. Ses deux cousins se réjouirent : « Eh bien ! Tu retrouves ta forme ! Nous sommes rassurés ! Retournons à l’auberge pour ton petit-déjeuner ! ». Ils s’enveloppèrent chaudement et, croc, croc, croc ! Ils traversèrent joyeusement la rue enneigée pour retourner chez Marie.

 

Ils poussèrent la porte et les clochettes de l’énorme couronne de l’Avent qui la décorait tintèrent gaiement : kling, kling, kling ! Gaspard fut accueilli par d’amicales exclamations, chaque convive étant déjà au courant de ses aventures nocturnes par le « bouche à oreille », principale source d’information de la ville dont le nom importe peu.

« Gaspard n’est pas mort ! Vive Gaspard ! Le spectacle pourra avoir lieu ! »

L’arrivée de Gaspard à l’auberge prenait l’allure de l’arrivée du roi mage et de son encens à la crèche…

 

Et de joie, tous reprirent un deuxième petit-déjeuner en entourant Gaspard et en le pressant de raconter son rêve pour les uns, son aventure pour les autres. Car l’on était très partagé dans la ville dont le nom importe peu sur l’état de Gaspard : certes c’était un grand rêveur bien crédule qui se laissait influencer par ses songes mais, mais.. on ne sait jamais : certains songes peuvent être prémonitoires ...

 

Alors que l’auberge était bien emplie de rires joyeux et de parfums de croissants, de café et de chocolat mélangés, les clochettes de la porte d’entrée retentirent de nouveau : kling, kling, kling….

Mardi 6 décembre 2016

La porte de l’auberge « A la Nativité » s’ouvrit violemment et une grande bourrasque d’air froid et de flocons de neige s’engouffra dans la tiède atmosphère des petits-déjeuners. Sous la poussée, elle cogna le mur et la couronne qui la décorait tressauta, laissant choir au passage quelques boules de houx.

Tous les convives se tournèrent vers l’entrée, stupéfaits. La journée commençait avec décidément bien des remous : qui pouvait donc pousser cette porte avec tant de vigueur ?

 

Ils virent, tout petit et dodu au milieu de l’embrasure de la porte, le bedeau de l’église.

Lui , le bedeau, si calme et si tranquille, lui qui veillait chaque jour à l’entretien régulier de l’église et chaque fête ou dimanche au bon déroulement des cérémonies, lui, le bedeau arrivait ce matin essoufflé, tout rouge et bredouillant.

 

Marie le fit vite entrer, l’installa à une table et lui apporta une grosse tasse de chocolat chaud.

Le bedeau fut aussitôt entouré d’un cercle de curieux  qui, déjà oubliaient Gaspard et son aventure : « Bedeau, bedeau, que t’arrive-t-il ?  Te voilà bien agité : ce n’est pas dans tes habitudes ! »

 

Le bedeau voulut répondre mais s’étrangla dans son émotion : « ahhhhh ! ».

On le laissa boire son chocolat mais la boisson était brûlante ; il devint violacé et fut pris d’une terrible quinte de toux. Marie lui apporta une serviette et chacun attendit qu’il reprit son souffle.

 

Lorsque son visage eut retrouvé son teint naturel et sa respiration un rythme normal, la question revint sur toutes les lèvres : « Bedeau, bedeau, que t’arrive-t-il ? »

Prenant une grande respiration, le bedeau répondit : « Ah ! Mes bons amis ! Si vous saviez ! Il est arrivé un grand malheur dans l’église ! ... »

Mercredi 7 décembre 2016

« Un grand malheur, dis-tu ? » reprit l’assemblée effarée.

« Le curé… ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Monsieur le curé va bien ! »

« Un accident est survenu à un paroissien ? Un malaise ? Une chute ? Ou … ?»

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Tous les fidèles présents dans l’église sont en bonne santé! »

« L’organiste a les doigts paralysés ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Les doigts de l’organiste sont toujours aussi agiles ! »

« Un trou dans le toit ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Le toit est en bon état et l’église à l’abri des intempéries! »

« Un incendie ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Seuls les cierges ont des flammes! »

« Une inondation ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! L’église est bien au sec! »

« Le portail enfoncé par un chauffard ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Il n’y a pas eu d’accident de la circulation! »

« Des tags sur les murs de l’église ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Tous les murs sont propres et nets! »

«  Des souris ont dévoré les hosties ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Notre gros matou leur fait régulièrement la chasse !»

« La commère de notre bonne ville dont le nom importe peu a encore sévi ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Notre célèbre commère n’est pas intervenue aujourd’hui! »

« Alors , alors??? Quel grand malheur est survenu ? Nous n’avons plus d’idée… ! »

 

Tout tremblant, le bedeau, prit une grande aspiration et voulut se lancer dans la description du drame survenu dans l’église.

Jeudi 8 décembre 2016

Au moment où le récit aller démarrer, un curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, se leva du fond de l’auberge où il occupait seul une table et vint à la caisse payer sa note à Marie. Personne ne l’avait remarqué et tous les regards le suivirent, jusqu’à ce qu’il ait ouvert délicatement la porte et soit sorti avec un au-revoir à la compagnie agrémenté d’un sourire ni large ni petit, ni gai ni triste.

Un grand silence suivit.

Et les conversations repartirent de plus belle : « Tu le connais ? » « Non, et toi ? » « Moi non plus ! » « D’où vient-il ? »

 

A la réflexion, Gaspard se souvint de l’avoir reçu dans sa parfumerie mais ... qu’avait-il donc acheté ? Un parfum ni puissant ni léger, ni banal ni de grand nom. Balthazar aussi lui avait vendu quelque chose dans sa pharmacie ... un produit sans ordonnance et sans importance. Melchior qui accueillait beaucoup moins de monde dans sa bijouterie se souvint à son tour que l’inconnu était passé et lui avait acheté un bijou ni gros ni petit, ni précieux, ni mesquin. Et Joseph, le menuisier de la Grand-rue se rappela l’avoir renseigné sur le prix d’un meuble ni décoratif ni utilitaire, ni beau ni laid.

 

En y pensant bien, Pascal, Sylvain et Olivier, les guides touristiques, et bergers de la crèche vivante, l’avaient vu passer aussi dans la rue mais l’inconnu n’avait fait de visite ni de la ville ni de l’église avec eux. Peut-être les trois enfants de chœur, Angèle, Angelina et Angelo, facétieux petits anges qui jouaient partout dans la ville et dans l’église, le connaîtraient-ils ? Les parents leur demanderaient ce soir….

Quant à Hérode, le garde-champêtre, il ne l’avait rencontré ni dans la ville, ni dans les bois mais il allait ouvrir l’œil…

 

Et notre bedeau pendant ce temps restait, la bouche ouverte, prêt à raconter quel grand malheur était arrivé dans l’église…

Vendredi 9 décembre 2016

 

Ne trouvant plus de question concernant le mystérieux voyageur, et encore moins de réponses , les convives de l’auberge « A la Nativité » se lassèrent et, se souvenant soudain du mystérieux drame de l’église, se tournèrent vers le bedeau, toujours bouche bée, pour lui demander de raconter enfin quel grand malheur était survenu dans l’église.

 

« Bedeau, bedeau, raconte-nous donc ce qui est arrivé ? »

« Ah ! Mes bons amis, mes bons amis ! »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« C’est une catastrophe, une grande catastrophe ! »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« Lorsque je suis arrivé tôt ce matin, comme à mon habitude, pour ouvrir l’église, tout me semblait bien calme … « 

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« … mais lorsque je fis mon tour habituel, je vis, je vis… oh mon Dieu ! Quelle horreur !... »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« Je passai devant le groupe de la Nativité dont j’aime admirer chaque jour la beauté... »

« Notre groupe de la Nativité ?» répondirent en chœur les figurants de la crèche vivante.

« Oui, oui mes bons amis, vos statues si importantes en ces jours de l’Avent... »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

«  Ah, mes bons amis ! Il a été vandalisé ! »

« Oh non, non ! Pas nos belles statues si précieuses ! »

« Hélas, hélas, si, mes bons amis ! Le groupe de la Nativité est défiguré ! »

« Et quels dégâts ont été commis ? »

« Ah, mes bons amis : une vision d’horreur : une statue a été renversée et cassée : la tête s’est séparée du corps et a roulé sous les chaises... »

 

Un cri effrayant retentit au fond de la salle : « Noooooon ! »

Samedi 10 décembre 2016

Vous l’avez sans doute deviné, ce grand cri était celui de notre ami Gaspard qui se trouvait de nouveau confronté à son cauchemar. Blême au fond de l’auberge, il se tenait le cou, saisi de son horrible torticolis et criait : « Non, non !  On a tué Gaspard ! » ne sachant plus très bien s’il parlait de la statue ou de lui-même…

Ses amis restèrent sidérés et se demandant s’ils devaient le rassurer,se moquer ou s’inquiéter eux-même. Ses rêves étaient donc prémonitoires ? Gaspard était-il réellement visé ? Ou bien quelqu’un voulait-il gêner le spectacle de la crèche vivante ? Était-ce un symbole ?

 

Le premier temps de surprise passée, tous les occupants de l’auberge se levèrent et décidèrent d’accompagner le bedeau à l’église pour constater l’étendue des dégâts.

Chacun s’emmitoufla, Gaspard serra nerveusement sa cassette d’encens sur le cœur et la compagnie sortit dans la neige.

Croc, croc, croc, en quelques pas la petite procession avait traversé la place et se retrouva sur le parvis de l’église, toute tranquille et délicatement saupoudrée de neige.

 

A peine entrés, tous se dirigèrent rapidement vers la grande chapelle latérale où se trouvait le fameux groupe de la Nativité. Dans la lumière dorée de l’éclairage s’affichait le spectacle désolant du mage Gaspard renversé sur le dos, le cou brisé en mille miettes et la tête encore à demi cachée sous une chaise.

Un grand silence se fit puis, peu à peu les chuchotements revinrent :  « Qui a bien pu faire une chose pareille ? » « Il faut une certaine force pour renverser une statue de la taille d’un homme ! » « Quel but avait le vandale ? » « Comment réparer un tel désastre avant le spectacle ? »

 

Gaspard restait sur le côté, tremblant de peur et de colère. « Sa » statue avait été renversée, brisée et il revivait sa chute de la nuit passée.

Soudain, il se redressa dans un brusque sursaut et agrippa violemment le bras de son cousin Melchior.

Dimanche 11 décembre 2016

« Melchior, regarde vite là-bas, au fond de l’église : trois petites ombres silencieuses se sont glissées subrepticement. Les vois-tu ? » Melchior se tourna et scruta le bout de la nef mais ne vit rien. Il leva les sourcils : « Gaspard, Gaspard, tu te fais encore des idées : rien ne bouge ! Tu crois toujours que des gnomes rôdent partout ? » Gaspard approuva et regarda de nouveau dans les alentours mais ne vit plus rien. Et pourtant, et pourtant… Un peu vexé, il se renfrogna et se tut.

 

Pendant ce temps, les décisions allaient bon train dans la petite assemblée qui entourait le bedeau.

On ne se laisserait pas atteindre par l’adversité : le plus urgent était de remettre en état le groupe de statues pour redonner son cachet à l’église. Faire restaurer la statue était une opération trop longue et trop coûteuse dans l’immédiat.

Joseph, le menuisier, proposa de réaliser un système de consolidation discret en bois .

Melchior suggéra d’utiliser, pour cacher astucieusement la réparation,une draperie lamée d’or héritée de ses ancêtres.

Hérode, le garde-champêtre, se chargerait de mener une enquête aussi efficace que discrète pour trouver qui avait vandalisé l’église.

Le bedeau ferait des rondes très serrées pour surveiller ceux qui approcheraient de la Nativité.

Le curé qui venait de sortir du confessionnal, demanda qu’une jolie barrière soit posée devant la chapelle pour éviter que des curieux y entrent.

Et tous décidèrent de maintenir le spectacle de la crèche vivante et de le préparer avec un enthousiasme accru pour attirer de nombreuses entrées payantes qui financeraient les réparations.

Lundi 12 décembre 2016

 

«Des yeux injectés de sang qui brillent dans le noir : pas de doute ! Ce sont les gnomes en colère ! Ce n’est pas la statue qui était visée mais moi ! Ils veulent me tuer ! » Il se tourna vers Melchior et Balthazar pour en parler mais ils discutaient ardemment avec le groupe. « Pffff ! Se dit Gaspard, ils ne m’écouteraient pas et - surtout - ne voudraient pas me croire une fois de plus! Je vais me débrouiller tout seul et faire ma petite enquête. Mais avant, je vais me protéger du maléfice des gnomes ! »

 

Et Gaspard s’assit loin du groupe, ouvrit sa cassette et choisit soigneusement un petit cône d’encens à la pivoine qui protège et chasse les influences négatives. Fermant les yeux, il respira tranquillement la douce fumée et se sentit rassuré et réconforté. Lorsqu’il ouvrit les yeux, le point rouge avait disparu ! Comme quoi … Ses cousins avaient bien tort de ne pas croire aux vertus de l’encens…

A propos de cousins, il n’entendait plus aucun bruit : le groupe s’était dispersé après s’être réparti les tâches urgentes.

 

Lui aussi avait une tâche urgente à réaliser : trouver les gnomes qui le menaçaient et leur demander de le laisser en paix. Il resta assis dans son coin sombre, respirant les derniers effluves de pivoine, pour mettre au point son plan d’attaque : « Où trouver les gnomes ? Comment leur parler ? Surtout : comment les persuader de mettre fin à leur persécution ? »

Il rêvait ainsi depuis un bon moment quand il entendit des pas feutrés approcher et sentit une main s’appuyer sur son épaule.

Mardi 13 décembre 2016

Gaspard releva la tête et découvrit le curé qui retournait à la sacristie.

« Eh bien, Gaspard ! Je me doutais que tu étais là à l’odeur d’encens qui n’est pas celui de notre église : tu as encore fait brûler l’un de tes petits cônes ? Que fais-tu seul ici quand tous les autres sont repartis ? Laisseras-tu ta parfumerie fermée aujourd’hui ? Tu sembles bien fatigué et troublé ? As-tu des secrets à me confier ? »

 

Gaspard qui n’allait jamais se confesser, imagina vite ce que pourrait lui dire le curé s’il évoquait ses soupçons à l’égard des gnomes ! Il répondit vite : « Oh, ce n’est rien ! J’ai passé une très mauvaise nuit et je suis tombé du lit. J’ai maintenant un beau torticolis qui me fait souffrir. Mais cela passera et je vous assure que je pourrai jouer mon rôle de mage sans problème ! »

 

Le curé qui connaissait bien Gaspard eut un petit sourire, regarda la statue brisée de loin et s’éloigna tranquillement après avoir tapoté l’épaule de Gaspard en guise d’encouragement.

Gaspard regarda sa montre et tressauta. Le curé avait raison : il fallait ouvrir vite sa parfumerie ! Jamais il ne l’avait laissée fermée ! Et le passage des clients lui changerait les idées tout en le tenant informé de ce qui se passait à l’extérieur.

 

Gaspard se releva, ferma sa cassette d’encens et la serrant précieusement sur son cœur, se dirigea vers le tambour de la sortie et remarqua que la porte du sas battait encore : quelqu’un venait de sortir alors qu’il se croyait seul dans l’église !

Mercredi 14 décembre 2016

Il poussa à son tour la porte qui heurta légèrement un obstacle. Gaspard sortit et se retrouva nez à nez avec le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit. Il s’excusa de l’avoir ainsi bousculé mais l’homme se recula : «Ce n’est pas grave! C’est ma besace que la porte a cognée !» et il referma son sac après y avoir rangé un objet.

Il ajouta, avec son sourire ni large ni petit, ni gai ni triste : « Êtes-vous Gaspard, le parfumeur ? Je vous avais rendu visite il y a quelques jours pour vous acheter un parfum... » « Oui, oui je me souviens bien de vous ! » « Vous portez le nom du mage dont la statue vient d’être cassée ? »

 

Gaspard s’étonna de cet intérêt : «Ah ! Vous étiez dans l’église ? » « Oui, quand j’ai vu votre petit groupe sortir de l’auberge J’ai eu l’envie de connaître la cause d’une telle agitation et je vous ai suivi dans l’église. Mais les conversations allaient bon train et vous ne m’avez sans doute pas remarqué... Qu’est-il arrivé ? Savez-vous comment cet accident est survenu ? »

Le voyageur ponctua sa question d’un nouveau sourire, ni large ni petit, ni gai ni triste.

 

Gaspard eut une étrange sensation. Pourquoi ces questions et ce sourire étrange ? Gaspard ne se souvenait absolument pas de l’avoir vu dans l’église. Et s’il était déjà là quand toute la compagnie de l’auberge était arrivée ? Et si ce voyageur n’était autre que le responsable de la chute du mage ou plutôt l’assassin de Gaspard… et qui sait ? Son futur assassin ? Notre ami eut soudain très mal à la nuque et serra fort sa cassette contre son cœur : assurément il était en danger !

 

Il bredouilla une vague excuse et quitta aussitôt le voyageur. Il hâta le pas – croc, croc, croc dans la neige jusqu’à sa parfumerie.

Jeudi 15 décembre 2016

 

Entré dans son refuge chaud et odorant, Gaspard sentit aussitôt ses forces revenir. Il déposa soigneusement sa cassette derrière le comptoir, ôta son manteau saupoudré de neige et se secoua joyeusement : finalement il ne se sentait pas si mal… mais il fallait élaborer un plan pour trouver qui avait pu casser la statue du mage et peut-être bien en vouloir à sa propre vie …

La piste des trois gnomes lui paraissait la plus sure mais, mais ce voyageur ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit ne lui inspirait guère confiance : peut-être était-il en cheville avec les gnomes ? Leur représentant sur terre ?

 

La journée était bien avancée lorsqu’il aperçut devant sa vitrine Hérode, le garde-champêtre. « Hérode qui est chargé d’enquêter a sans doute déjà une piste... » Il tapota contre la vitre et fit signe à Hérode de rentrer dans la parfumerie.

Hérode entra en se frottant les mains : « Brrr! Il fait meilleur ici que dehors ! Comment vas-tu Gaspard ? Ton malaise est-il passé ? As-tu toujours mal au cou ? »

« Oui, oui je vais mieux mais je m’inquiète encore : qui peut bien en vouloir ainsi à Gaspard ? As-tu une piste ? »

« Non. J’ai bien ma petite idée mais je n’ai pas de preuve. » Et Hérode se frotta les mains en regardant bizarrement Gaspard.

« Penses-tu aux gnomes ? » Hérode éclata de rire : « Mais les gnomes n’existent pas ! »

 

« Et le voyageur ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit ? N’a-t-il pas un comportement anormal ? Je l’ai trouvé ce matin à la sortie de l’église, cachant un objet dans sa besace. Il commençait à me poser bien des questions mais je me suis méfié et je l’ai planté là ! »

« Cette piste me semble plus sérieuse, Gaspard, et tu n’est pas le seul à y penser : personne ne le connaît et tout le monde se demande pourquoi il séjourne aussi longtemps ici. Aucun visiteur jusqu’à maintenant n’a trouvé assez d’occupation dans notre ville pour rester plus de deux jours… J’ai demandé plus haut des renseignements sur lui et j’attends les réponses... »

Mais la porte de parfumerie s’ouvrit et nos deux compères se turent.

Vendredi 16 décembre 2016

Un joyeux babillement emplit la parfumerie : celui des trois anges de la crèche vivante, Angèle, Angelina et Angelo, les enfants de chœur. Il avait été décidé le matin de ne pas les inquiéter et de ne pas évoquer devant eux les préoccupations des adultes concernant la chute de la statue du mage dans l’église. Gaspard et Hérode changèrent donc de sujet de conversation et demandèrent aux trois angelots si leur répétition chorale qui venait d’avoir lieu dans l’église était réussie.

 

Les trois enfants se regardèrent rapidement et firent leur plus beau sourire : « Oh oui ! Nous avons chanté tous les airs de Noël qui doivent accompagner les scènes de la crèche vivante et le curé a trouvé que nos voix étaient très belles ! » Ils éclatèrent de rire, à leur coutume : « Il est vrai que sans notre chœur, le spectacle serait bien moins attrayant ! »

Gaspard et Hérode, entraînés par leur joie, se mirent à rire aussi : « Petits chenapans ! Quelle vanité ! Que faites-vous du talent des récitants et de la beauté du décor ? »

 

Mais à l’évocation du décor, tous se turent subitement et les trois enfants de chœur échangèrent de nouveau un regard en coin : «Euh ! Croyez-vous que la statue de Gaspard sera réparée ? Nous nous demandons bien ce qui a pu arriver ! »

Gaspard et Hérode se regardèrent et répondirent qu’il n’y avait pas de souci à se faire, que c’était un fâcheux accident qui serait vite réparé.

Angèle, Angelina et Angelo se firent un bref clin d’œil entre eux et éclatèrent de rire : « Tout va bien, alors ! »

 

Voyant qu’ils ne cherchaient pas à repartir, Gaspard se pencha vers eux et leur demanda pourquoi ils étaient entrés à cette heure dans la parfumerie.

Ils prirent un air de conspirateurs et baissant la voix, lui firent une importante confidence.

Samedi 17 décembre 2016

 

Les trois anges se regardèrent encore et chuchotèrent dans l’oreille de Gaspard : « Voilà, nous avons entendu nos mères dire qu’elles aimeraient porter le fameux parfum « Etoile du Matin » parce qu’il rend les papas amoureux et nous aimerions leur en offrir pour Noël. Mais nous ne savons pas si nous avons assez de sous... » Et les trois enfants tendirent vers Gaspard leurs économies avec un sourire déroutant et … angélique !

Gaspard était sans illusion « Étoile du Matin » était le parfum le plus cher de tous les parfums et les pécules avancés par Angèle, Angelina et Angelo étaient très loin du compte.

 

En les regardant pleins d’espoir, il eut le cœur chaviré : comment les décevoir quelques jours avant Noël ? Il lui vint alors une idée : « Eh bien, les enfants, c’est bientôt Noël et je vais vous donner des flacons de ce précieux parfum. Je ne vous donnerai pas la grande bouteille que vous ne pourriez pas acheter mais je vais vous offrir ces petites mignonnettes de démonstration. Le parfum est si capiteux qu’une goutte suffit pour embaumer toute une journée. Et vous pourrez garder vos sous pour d’autres achats ! » Et il emballa les petites boîtes dans du beau papier cadeau.

 

Angèle, Angelina et Angelo éclatèrent de joie et lui promirent de lui rendre service un jour en retour. Ils se mirent à danser une espèce de ronde à leur façon pleine de cabrioles et de battements de bras. Ils dansèrent tant et si bien … qu’ils finirent par renverser un présentoir si lourd qu’ils ne purent le relever sans l’aide de Gaspard et Hérode réunis !

« Du calme, les angelots ! Du calme ! Ouste ! Allez faire les petits fous ailleurs ! » Les trois enfant prirent vite leurs petits paquets et s’esquivèrent sans demander leur reste.

 

Hérode prit aussi congé, pressé de voir si les renseignements attendus sur le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, étaient déjà arrivés.

Gaspard resta seul dans la parfumerie, remettant en place les flacons tombés du présentoir.

Dimanche 18 décembre 2016

Une fois sa tâche terminée , Gaspard admira d’un regard circulaire son magasin et respira largement le parfum ambiant. « Comme le dit le poète, se dit-il, là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté... ». Et satisfait, il se tourna fièrement vers sa vitrine richement décorée pour Noël lorsqu’il fut ébloui par un éclair. « Encore une photo prise de mon superbe décor ! » pensa-t-il, un peu vaniteux mais il reconnut dans l’obscurité extérieure l’ombre du curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit et sa vanité retomba sous une brusque inquiétude. « Saperlipopette ! Ce voyageur est toujours là où on ne l’attend pas ! Pourquoi a-t-il pris un cliché de ma parfumerie ? »

Il se précipita sur le pas de la porte et regarda dans la rue mais il n’y avait personne…

 

Il était tard et Gaspard décida de fermer sa boutique et de commencer sa petite enquête avant de rentrer chez lui.

Il attrapa son manteau, son chapeau, sa cassette de précieux encens et traversa la place encore recouverte de neige : croc, croc, croc ! Il entra dans l’église pour chercher des indices.Tout était silencieux. Il s’avança vers le groupe de statue, contempla désolé, la silhouette encore décapitée de son mage préféré et frissonna : « ‘mfff ! Ce n’est pas l’acte d’un humain ! On ne me retirera pas de la tête qu’il s’agit des gnomes qui m’ont attaqué l’autre nuit chez moi... »

 

Il serra plus fort contre lui sa cassette et réfléchit. « Comment mettre fin à cette crainte permanente ? Je vais affronter moi-même les gnomes, saperlipopette ! Je me souviens que ce sont des êtres qui habitent sous la terre : il faut que je trouve une entrée sous le sol… » En réfléchissant, son regard parcourut machinalement l’église et tomba sur la pancarte : « Entrée de la crypte ». La crypte ! Un lieu souterrain et caché ! Ne pourrait-il pas s’y trouver un accès au domaine des gnomes ?

Gaspard poussa un nouveau petit soupir satisfait, serra sa cassette et courageusement s’avança vers la crypte.

Lundi 19 décembre 2016

En descendant les marches vers la salle souterraine, Gaspard réfléchissait « Ce sont des êtres minuscules mais doués de capacités extraordinaires et détenteurs de connaissances immenses. Si on les déçoit il peuvent être méchants mais ils peuvent aussi aider certains humains. Je me souviens de l’histoire du cordonnier aidé par eux… S’ils ne m’ont pas coupé la tête l’autre soir, c’est qu’ils ne me sont pas si défavorables et je pourrais même leur demander secours… S’il y a un accès à leur monde souterrain dans la crypte ! » Et notre parfumeur se hâta de descendre l’escalier, serrant toujours sa cassette contre lui.

 

La crypte qui abritait des tombeaux anciens parmi lesquels ceux des généreux donateurs des statues de la Nativité , dont un ancêtre de Gaspard, était chichement éclairée par de petites veilleuses dont la lumière vacillait. Notre ami frissonna et s’assit sur un large rebord de pierre. L’air humide sentait un peu le moisi. Il ouvrit sa cassette pour choisir un cône d’encens à la sauge dont la fumée délicate accroît la sagesse, assure la protection, exauce les souhaits et facilite la divination.

 

Il inspecta chaque recoin de la crypte, décidé à trouver un accès au monde souterrain des gnomes mais ne vit rien qu’un trou de souris ! Et pourtant ! Plus il cherchait, pus il était persuadé que la crypte devait être le bon lieu pour trouver un gnome. Sa célèbre intuition le confirmait. A son habitude, il ferma les yeux et aspira les parfums de sauge profondément pour trouver la solution.

 

Il aspira, aspira, aspira si fort que la tête lui tournait un peu. Il s’appuya contre le mur humide et resta sans bouger, à l’écoute du silence profond.

Silence profond ? Pas tout à fait : pfrrrr, pfrrrr… il entendit comme de petits frottements : enfin les gnomes ?

Mardi 20 décembre 2016

Gaspard tendit l’oreille : les petits bruits venaient du trou de souris :«’mfff ! Ce ne sont que des rongeurs qui viennent sans doute grignoter les restes de bougies ! » Déçu, il gardait les yeux fermés quand il sentit comme un petit courant d’air, juste un peu plus chaud, comme un souffle d’été… comme celui de l’autre nuit ! »

Son sang ne fit qu’un tour et il ouvrit un œil et vit se glisser trois petites ombres mais cette fois colorées et pourvus de petits chapeaux de feutres rouges : les gnomes ! Il en oublia de respirer et se tassa sur lui-même.

 

« Hep, hep ! beau Gaspard ! Nous sommes les frères Gnam’, Gnim’ et Gnum’ , tes amis gnomes. Quand cesseras-tu de nous craindre ? Voici plusieurs nuits que nous essayons de te parler mais tu fais de grands gestes, tu tombes et nous sommes trop petits pour te relever ! Nous t’observons depuis longtemps dans cette ville dont le nom importe peu car tu nous sembles le plus apte à recevoir notre aide et nos conseils mais pour cela, il faut que tu aies confiance en nous ! »

Gaspard ouvrit son deuxième œil, émerveillé : « ils » existaient bien ! Rassuré, il tendit la main et les trois gnomes grimpèrent aussitôt dedans. » Quand je raconterai notre rencontre à mes deux cousins, ils seront bien obligés de me croire ! » « Oh non, oh non, Gaspard, tu as été élu par notre petit peuple pour recevoir nos messages mais cela doit rester un secret sinon nous disparaîtrons à tout jamais.»

Gaspard promit donc de garder un silence absolu.

 

Gnam’, Gnim’ et Gnum’ eurent un petit rire futé : « Hep, hep, beau Gaspard ! Nous sommes trois et nous t’offrons la possibilité de réaliser trois vœux. Voici trois petits flacons de parfum plus que précieux que nous seuls savons fabriquer. Leurs effluves te permettront chacun de réaliser un vœu : fais-en bon usage ! » Ils rirent de nouveau , sautèrent de la main de Gaspard et disparurent dans le trou de souris.

Gaspard se retrouva seul, frissonnant dans l’air humide de la crypte avec trois magnifiques petites fioles taillées dans des pierres précieuses. Encore tout abasourdi, il ouvrit sa cassette, y rangea les trois bijoux et rentra vite chez lui, se demandant s’il avait encore rêvé.

Mercredi 21 décembre 2016

Lorsqu’il se retrouva dans sa chambre, Gaspard était épuisé. Sa rencontre avec Gnam’, Gnim’ et Gnum’ lui avait causé de fortes émotions : non seulement les gnomes existaient bien mais ils lui étaient favorables et n’étaient pas responsables de sa chute. Il n’empêchait qu’il avait toujours très mal au cou! Ah que n’aurait-il donné pour être libéré de cette douleur ! Il ouvrit sa cassette pour faire brûler un cône d’encens et retrouva ses trois fioles précieuses. « Et si je testais leurs pouvoirs tout de suite ? »

Il s’installa dans son lit, prêt à dormir et prit le premier flacon, taillé dans une émeraude. Notre parfumeur connaissait absolument tous les parfums existants mais, lorsqu’il ouvrit la fiole verte, un incroyable parfum d’euphorie et de paix intérieure l’enveloppa. Jamais il n’avait senti d’effluve aussi extraordinaire. Aucun cône d’encens ne lui avait apporté autant de bien-être. Toutes ses douleurs disparurent comme par enchantement et … il s’endormit.

 

Gaspard se réveilla le lendemain, libéré et heureux. Il arriva tout souriant chez Marie prendre son petit-déjeuner avec ses cousins, sidérés par le changement : « Comment vas-tu Gaspard ? » « C’est miraculeux ! Je suis complètement guéri ! » « Tes gnomes ne t’ont pas attaqué cette fois ? » ricanèrent Melchior et Balthasar. Gaspard eut envie de raconter sa rencontre de la veille mais il se souvint de sa promesse, se tut et rit à son tour.

 

Il n’en restait pas moins que le responsable du vandalisme n’était toujours pas connu et les conversations allaient bon train dans l’auberge, chacun rapportant ce qu’il avait entendu dire ici ou là : « Il paraît que l’on a trouvé des traces bizarres sur le sol de la chapelle de la Nativité… et des plumes dans les brisures du cou… et un coin de papier… » « ...et ce curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit qui rôde toujours à travers la ville … il paraît bien souriant mais il est certainement dangereux … pourquoi traîne-t-il ainsi ? Et que contient sa besace ? »

 

En entendant toutes ces allusions, Gaspard se souvint désagréablement de ses deux rencontres la veille avec le curieux voyageur mais l’effet du parfum d’émeraude persistait et il garda sa bonne humeur : « Je vais retourner discrètement tout à l’heure dans l’église avant la dernière répétition de la crèche vivante pour voir si notre homme s’y trouve de nouveau et avoir une explication... »

Jeudi 22 décembre 2016

La journée se passa tranquillement, sans incident et sans visite du curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit qui semblait avoir totalement disparu de la ville.

Gaspard, toujours guilleret, ferma tôt sa parfumerie, prit sa cassette et se rendit comme prévu dans l’église. Il s’installa devant le groupe de la Nativité dans un silence qui ne fut troublé que par le passage d’un oiseau que le bedeau n’arrivait pas à chasser de la nef. Les réparations provisoires avaient été faites : la statue de Gaspard était redressée, calée sur le support en bois de Joseph, son cou était caché par la très belle draperie de Melchior et une délicate barrière de bois tourné empêchait les curieux de s’approcher.

Oui, le spectacle pourrait avoir lieu devant la chapelle sans avoir à en rougir mais malgré sa bonne humeur, Gaspard gardait un malaise en contemplant l’effigie de « son » mage : « Quelle désolation ! C’est comme si j’avais toujours la tête coupée ! Comme j’aimerais que le mage soit « guéri » comme moi… ! » N’y tenant plus, il ouvrit sa cassette et prit la deuxième fiole qui était faite de rubis. Il l’ouvrit et il s’en dégagea aussitôt un merveilleux parfum de passion, de force et de noblesse : un nectar digne du roi Gaspard ! Notre parfumeur n’avait jamais rien senti de tel et ferma les yeux de bonheur.

Il entendit de petits frottements caractéristiques et un petit mouvement d’air tiède mais ne put ouvrir les yeux, envoûté par le puissant parfum de rubis. Sans doute les trois frères Gnam’, Gnim’ et Gnum’ venaient-ils lui confier un nouveau secret. Brusquement, les petits bruits disparurent, chassés par le soudain brouhaha des figurants arrivant pour la répétition.

Gaspard avait encore les yeux fermés lorsqu’il entendit des voix autour de lui s’extasier : «Venez voir ! C’est incroyable ! Gaspard est rétabli ! » Notre héros reconnut les voix des autres figurants de la crèche vivante et souriant, ouvrit les yeux pour leur confirmer que ses douleurs avaient disparu. Quelle ne fut pas sa surprise !

Vendredi 23 décembre 2016

La statue de Gaspard était réparée ! Là, devant lui : il n’y avait plus d’étais en bois, la draperie lamée gisait au sol et seules restaient quelques traces de terre sur le sol… ! Incroyable ! Les gnomes avaient réalisé son vœu !

Chacun interprétait l’événement : le curé et les paroissiens criaient au miracle, le bedeau Melchior et Joseph s’échangeaient des clins d’œil de connivence mais personne, personne ne voulut croire Gaspard lorsqu’il annonça que des gnomes avaient réalisé son vœu.

La répétition se déroula dans une telle bonne humeur générale que Angèle, Angelina et Angelo commencèrent la même ronde endiablée pleine de cabrioles et de battements de bras qu’ils avaient si malheureusement exécutée dans la parfumerie. Mais, à peine un bras levé, ils se regardèrent et s’arrêtèrent aussitôt, très embarrassés. Gaspard pensa que la leçon avait porté ses fruits.

Il n’en restait pas moins que personne ne connaissait l’origine du vandalisme. Et si l’auteur n’était pas découvert, rien ne l’empêchait de recommencer on ne sait où et d’accomplir peut-être des actes plus graves. Les conversations allaient bon train et Marie proposa de les terminer au chaud dans son auberge où elle avait préparé des chocolats chauds pour les anges et du vin chaud pour les autres figurants.

La chaleur et les vapeurs du vin épicé aidant, chacun se mit à énoncer des hypothèses et, finalement, tous tombèrent d’accord pour suspecter le seul coupable possible, celui qui avait rôdé des jours et des jours entier dans la ville dont le nom importe peu avant de disparaître brusquement, celui qui avait une grosse besace dans laquelle il cachait des secrets, celui qui avait pris une photo de Gaspard à travers sa vitrine et d’autres habitants sans demander leur accord, celui qui avait un sourire trop large trop étroit, trop gai et trop triste pour être honnête… bref, le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit !

Et plus le vin chaud faisait de l’effet, plus les vitupérations contre le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, s’envenimaient. Les trois petits anges qui engloutissaient chocolat chaud sur chocolat chaud, se taisaient et se recroquevillaient dans leur coin au fur et à mesure que les adultes s’emportaient.

Il fut décidé que Hérode porterait plainte contre le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, et que les journalistes seraient convoqués le lendemain, veille de Noël, pour une conférence de presse.

Le mystère de la restauration subite du mage était déjà oubliée et chacun repartit chez soi, grommelant encore dans la rue. Gaspard, serrant sa cassette sur son cœur ne savait plus que penser….

Samedi 24 décembre 2016

 

« Notre bonne ville dont le nom importe peu devient folle ! Si le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit revient, il lui arrivera malheur sans aucun procès ! Que pourrais-je bien faire ? Il me reste bien la troisième fiole, la dernière et la plus précieuse, celle en diamant mais quel vœu serait utile alors que personne ne croit en mes trois petits conseillers ? » Gaspard décida d’attendre le lendemain pour aviser.

La veille de Noël arriva donc et toute la population se réunit dans la grande salle au fond de l’auberge de Marie, prête à accueillir la presse. Tout était prêt : la tribune, les chaises, les dossiers présentant « la chute de Gaspard », le vin chaud et les petits gâteaux. Hérode qui devait faire la présentation n’était toujours pas arrivé et l’on commençait à se demander qui prendrait la parole à sa place s’il tardait trop, mais les journalistes ne venaient pas non plus ! La déception gagnait les habitants et les conversations hostiles reprenaient peu à peu ici et là.

Enfin on entendit retentir les clochettes à l’entrée de l’auberge : kling, kling, kling… Hérode ? Les journalistes ?

Un silence glacial se fit. C’était… le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit avec sa besace gonflée pesant lourdement sur son épaule! Quelle audace ! Quelle indécence ! Personne ne trouvait de mot. Et Hérode qui était toujours absent !

Gaspard ressentit un grand froid et craignant le pire, se décida à ouvrir sa cassette et prit son dernier petit flacon de diamant si précieux et l’ouvrit, sacrifiant sa dernière possibilité de vœu : « Je souhaite, oh oui je souhaite comme la chose la plus précieuse au monde que la paix de Noël règne ici ! »

Le parfum se répandit dans toute la salle, un parfum encore plus exceptionnel que les deux précédents, apportant, à l’image du diamant, la pureté, l’unité, la réconciliation et l’amour. Un vrai parfum de Noël ! Tous se calmèrent.

Le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit s’avança vers la tribune et regarda la salle avec son sourire ni large ni étroit, ni gai ni triste. « Bonjour mes amis ! J’ai passé quelques jours bien agréables dans votre bonne ville dont le nom importe peu et je voulais vous en remercier. » Il se pencha et ouvrit sa besace. Un petit mouvement fit onduler les têtes dans l’assistance. Il sortit une liasse de journaux qu’il distribua. « Voici :je suis journaliste et je suis venu faire un reportage sur le spectacle de la crèche vivante sans qu’aucun de vous ne soit au courant pour préserver votre spontanéité. Certains m’ont d’ailleurs aperçu alors que je prenais des photos ... »

Les habitants regardèrent la une du journal : toute la première page était consacrée à la crèche avec une superbe photo de Gaspard rayonnant derrière les ors de sa vitrine et un grand titre « On a tué Gaspard ! ». Les effluves de diamant faisant leur effet, il y eut des petits cris d’admiration .

« Mes amis, j’ai été si ému de voir votre peine et votre courage devant le saccage de la statue du mage que j’ai contacté un ami, propriétaire d’un atelier de restauration qui a travaillé avec son équipe jour et nuit pour restaurer le roi Gaspard. »

Un grand « Ohhhh ! » de reconnaissance emplissait la salle juste au moment où Hérode entrait, tout essoufflé : « ah, ah ! Je confirme ! Je viens juste de recevoir enfin les réponses que j’attendais : notre voyageur ici présent est non seulement un journaliste mais le bienfaiteur de notre commune et je propose que nous citions son nom et celui de l’atelier devant le groupe de la Nativité ! » Un immense hourra emplit la salle joyeuse.

Joyeuse, enfin presque, car l’on entendit alors sur le côté trois petits pleurs.

C’étaient Angèle, Angelina et Angelo qui sanglotaient à chaudes larmes. Toute l’assemblée se tourna vers eux et leurs parents s’inquiétèrent de ce désespoir soudain. Il fallut attendre un bon bout de temps avant qu’ils se calment, aidés par Gaspard et son flacon de diamant.

« Nous, nous , nous avons si honte ! Nous avons causé un malheur et aurions pu être responsables d’un plus grand malheur encore ! »

« Allons, allons, parlez ! Vous savez combien nous vous aimons tous ! »

« C’est, c’est, c’est nous qui avons fait tomber la statue de Gaspard. Nous sommes venus un soir avec nos ailes dans la chapelle de la Nativité et pour nous amuser, nous avons dansé notre ronde pleine de cabrioles et de battements de bras… et nous avons accroché la statue qui est tombée mais elle était trop lourde et nous n’avions pas la force de la relever... »

« Pourquoi ne pas l’avoir dit, petits sots ? »

« Nous avions si honte, si honte... » et les larmes revinrent.

Euphorisés par le parfum, les adultes les entourèrent : « Votre peine vous servira de leçon. C’est Noël, réjouissons-nous tous de commencer une vie nouvelle et pleine d’espoir ! »

Tous allèrent trinquer joyeusement et Gaspard regarda dans sa cassette ses trois bijoux vidés de leurs essences précieuses : « Merci mes amis Gnam’, Gnim’ et Gnum’ grâce à vous l’esprit de Noël est revenu! »

Fin

 

 

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte de l'Avent 2015

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Voici revenu le temps de notre conte de l'Avent.
Jour après jour, chapitre après chapitre, nous vous faisons vivre cette année les aventures des Tel-Tel, ainsi que nous les a racontées notre vieille amie, la femme sans âge du pays de n'importe où.

.

 
Dimanche 29 novembre 2015

L’autre soir, alors que nous décorions notre maison pour les fêtes et que nous cherchions où placer un très beau terrarium où s’épanouissaient de magnifiques plantes, nous entendîmes soudain un petit bruissement bien connu : c’était la femme sans âge du pays de n’importe où, qui –vous vous en souvenez - rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter ses histoires de n’importe quoi.

- « Que faites-vous donc mes bons amis avec ce grand bocal ? »

- « Nous admirons toutes ces petites plantes exotiques qui poussent si joliment à l’abri des rigueurs de l’hiver, comme un paradis miniature ! »

- «  Ha-ha ! Cela me rappelle, chers amis, une histoire du pays de n’importe où !  Avez-vous le temps que je vous la raconte ? »

-« Mais oui, mais oui : installons nous confortablement avec une tasse de thé autour de notre petit paradis et racontez-nous donc ce qu’il évoque pour vous ! »

Et notre femme sans âge, caressant du regard la boule de verre, commença son récit :  « Il était une fois, au pays de n’importe où,  une communauté très particulière,  les Tel-Tel … »

Lundi 30 novembre 2015

Les Tel-Tel vivaient dans une contrée merveilleuse protégée du monde hostile par une bulle de verre.  Le temps y est était toujours clément sans vent, ni tempête, ni pluie, ni neige. La végétation luxuriante était d’une beauté sans pareille  avec des fleurs aux parfums extraordinaires, des fruits pleins de jus délicieux et des légumes succulents ; elle fournissait aux Tel-Tel tout ce qui leur était nécessaire. Les oiseaux offraient des concerts dignes des plus belles chorales, les moutons offraient les coussins de leurs belles toisons, les chats et les chiens partageaient leurs jeux avec les Tel-Tel. Des cascades et des ruisseaux ajoutaient leurs harmonies à celles des oiseaux et des bassins tièdes et calmes accueillaient les ébats joyeux des Tel-Tel.

Une entente bienheureuse régnait chez les Tel-Tel : jamais un conflit, jamais une guerre, jamais de pleurs, jamais de colère. Bien au contraire, les Tel-Tel étaient toujours heureux et joyeux. Leur vie était simple et tranquille comme dit le poète. Ils se comprenaient si bien qu’ils n’avaient pas besoin de réclamer  quoi que se soit. Inutile même de parler : chacun devinait ce dont l’autre avait besoin…

A vrai dire, les Tel-Tel avaient une particularité étonnante.

Mardi  1er  décembre 2015

Les Tel-Tel se ressemblaient tous. Au point qu’il était impossible de distinguer l’un de l’autre ! Même taille, même poids, mêmes pieds, mêmes jambes, même corps, mêmes bras, même tête , mêmes cheveux, même visage. Ils le savaient et  s’en amusaient : regarder un autre Tel-Tel était comme se regarder soi-même. Ils avaient tous le même âge, la même force, la même beauté, la même intelligence.  Ils le savaient et s’en réjouissaient : la vie était si douce et si tranquille entre eux.

De temps à autre, ils distinguaient au loin, la face collée contre l’extérieur de leur bulle de verre, des êtres affreusement dissemblables  qui semblaient vouloir entrer dans leur petit paradis : des enfants tout barbouillés de chocolat, des vieillards accrochés à leur canne, des charbonniers tout noirauds de poussière, des boulangers tout blafards de farine, des nerveux qui tambourinaient sur la vitre, des tout mous qui s’y affalaient en laissant des grosses traces de doigts gras, et tant d’autres plus effrayants les uns que les autres…

Mais la bulle de verre des Tel-Tel était très solide. Plus personne ne se souvenait de la date à laquelle elle avait été donnée aux Tel-Tel par une bonne fée mais tous les Tel-Tel savaient qu’elle était là pour l’éternité et s’en réjouissaient car, sans elle, Dieu sait ce qu’il pouvait leur arriver !

Les Tel-Tel redoutaient en effet un puissant ennemi qui rôdait autour de leur bulle.

Mercredi  2  décembre 2015

Cet ennemi était le puissant roi Lôtre. Son vaste royaume cernait nos Tel-Tel et il se disait chez les Tel-Tel que leur petit peuple n’était sauf que grâce à sa bulle de verre et que bien de leurs ancêtres étaient morts, écrasés par le féroce Lôtre. On racontait que le pays de Lôtre était empli de désordres, d’êtres hostiles et affreux, prêts à tout moment à dévorer les Tel-Tel.

Parfois les parois de verre vibraient des pas démesurés de Lôtre et les Tel-Tel se blottissaient, frileusement, entre deux fleurs géantes. On disait que les sujets du roi Lôtre connaissaient d’horribles choses comme le froid, la faim, la maladie, les pleurs, les bagarres et la guerre. Il n’y avait qu’à voir les terribles figures qui s’écrasaient parfois sur les vitres de la bulle : toutes blafardes, plates, avec des yeux exorbités et des bouts de nez comme des groins.

A la seule évocation de Lôtre, tous les Tel-Tel frissonnaient d’un seul mouvement et se regardaient tendrement sans mot dire pour se réconforter.

La règle d’or chez les Tel-Tel était d’éviter le plus possible de s’approcher du bord de la bulle et surtout de ne pas regarder les faces des envoyés de Lôtre pour éviter toute provocation et toute confrontation dangereuse. Des grandes lianes vertes et luisantes avaient été plantées tout autour du petit monde des Tel-Tel pour faire écran à ces visions d’horreur et pour résister au terrible Lôtre.

Or, un jour de grande et belle fête chez le Tel-Tel, advint un terrible évènement.

Jeudi  3  décembre 2015

C’était la fête du bonheur parfait. Elle avait lieu périodiquement, quand l’envie s’en faisait sentir, sans vrai motif, simplement pour se réjouir d’être heureux et joyeux ensemble, simplement et tranquillement, à leur façon. Les Tel-Tel se mettaient alors en ribambelle et faisaient une grande ronde autour de leur oasis, s’adressant mutuellement des regards rieurs, pleins de bonté et de connivence. Les oiseaux sifflaient, chantaient et roucoulaient à tue-tête pour animer la fête. Au milieu de leur ronde  était préparé un merveilleux buffet, constitué des fruits les plus délicieux et des nectars le plus enchanteurs, où les Tel-Tel puisaient de temps à autre des forces avant de reprendre de plus belle leur ronde effrénée.

Or ce jour-là, un Tel-Tel, étourdi par la danse, trébucha malencontreusement sur la racine d’un manguier. Cherchant à reprendre son équilibre, il s’accrocha à une superbe liane des vanilliers qui faisaient office de rideau pour cacher les parois de la bulle de verre. Ses doigts glissèrent sur les gousses gorgées de parfum, ses mains filèrent dans l’entrelacs des lianes, les bras suivirent, puis la tête, puis le buste, puis les jambes, le tout dans un délire d’effluves épicées qui enivra notre infortuné Tel-Tel, au point de perdre conscience.

Lorsqu’il se réveilla, quel ne fut pas son étonnement !

Vendredi 4 décembre 2015

Il n’était plus dans la bulle ! En s’écroulant dans les lianes, il s’était affalé trop lourdement contre la paroi de verre qui avait cédé, le laissant choir dehors. Or ces parois de verre avaient la propriété magique de se reconstituer immédiatement pour protéger  solidement le petit monde des Tel-Tel… Notre Tel-Tel égaré avait beau tambouriner contre la paroi elle ne s’ouvrait pas ! Et les Tel-Tel, entraînés dans leur ronde folle encouragée par le concert des oiseaux ne devaient rien entendre non plus !

Il eut alors l’idée de faire des signes à ses compagnons pour qu’ils le sauvent et s’approcha de la vitre mais il ne voyait rien. Et il se rapprocha plus, et plus et plus encore, au point d’écraser son visage contre le verre. Sa face s’aplatit, son nez s’écrasa, ses lèvres s’épatèrent, et même ses yeux écarquillés se mirent à pleurer sur la vitre : rien n’y fit, il ne voyait plus ses compagnons ni son paradis perdu.

Seul son visage épouvantablement déformé se reflétait sur la glace ! Saisi d’effroi, notre Tel-Tel  comprit soudain qu’il ressemblait aux terribles figures qui s’écrasaient parfois sur les vitres de la bulle : blafardes, plates, avec des yeux exorbités et des bouts de nez comme des groins !

Il était devenu une créature du terrible Lôtre !

Samedi 5 décembre 2015

Notre Tel-Tel, interloqué, ne comprenait plus rien. Finie sa beauté si délicate, fini le douillet cocon de la bulle, finie la douceur du temps, fini le chant des oiseaux, finie la douce laine des moutons, fini le banquet de fruits et de nectars délicieux, finie la grande farandole, finis les autres Tel-Tel ! Mais que lui restait-il ?

Il essaya encore de tambouriner contre la paroi de la bulle mais rien n’y fit : elle ne céda point. Bien sûr, puisqu’elle avait été créée pour protéger les Tel-Tel des attaques de Lôtre et de ses sbires ! Notre Tel-Tel comprit alors qu’il était perdu à tout jamais au pays de Lôtre, transformé lui-même en horrible monstre. Un grand frisson le parcourut, comme il n’en avait jamais ressenti : notre Tel-Tel découvrait la peur !

Alors qu’il cherchait où trouver refuge, une petite voix le fit sursauter : « Es-tu perdu, étranger ? Je ne t’avais jamais vu ici ? » .  C’était la voix d’un enfant, un de ces  êtres affreusement dissemblables  qui collaient leur visage sur la bulle.  Un enfant tout barbouillé de chocolat.

Notre Tel-Tel se mit à trembler de plus belle : à coup sûr, cette créature de Lôtre allait se ruer sur lui et le mettre à mal. Et ce maudit frisson qu’il n’avait jamais connu le parcourut de nouveau de la tête aux pieds. Pire : ses dents se mirent à claquer avec un son parfaitement désagréable. Sa fin était arrivée …

Dimanche 6 décembre 2015

Mais l’enfant barbouillé s’approcha doucement de notre Tel-Tel frissonnant et lui dit : « Pourquoi trembles-tu si fort ? Aurais-tu peur ? » Notre Tel-Tel ne répondit pas, paralysé de frayeur. L’enfant reprit : « Mais je ne te veux aucun mal ! J’aimerais être ton ami. Prends-donc ces morceaux de chocolat : ils te réconforteront ! » Notre Tel-Tel, tout étonné le regarda : tout compte fait,  cet enfant n’était pas si laid, mises à part les traces cacaotées de sa gourmandise. Il tendit alors la main, saisit le chocolat et, timidement, le goûta. Un nouveau frisson le parcourut de part en part mais, cette fois, de plaisir. La peur avait disparu ! Notre Tel-Tel se tourna vers l’enfant et lui dit : « Oh,  comme c’est délicieux ! Seul un ami peut apporter un tel réconfort. J’accepte volontiers d’être ton ami. » L’enfant tout joyeux bondit vers lui et lui assena… un gros bisou plein de chocolat sur la joue ! Notre Tel-Tel se mit à rire comme avant, sous la bulle. Mais c’était l’heure de l’école et l’enfant dut le quitter en sautillant gaiment.

A nouveau seul, notre Tel-Tel se sentit très décontenancé et il sentit une chose bizarre glisser sur ses joues. Il n’avait jamais senti cela sous la bulle : c’était chaud, mouillé, et salé. Des larmes !

« C’est affreux, pensa-t-il, je vais être encore plus monstrueux que tout à l’heure ! » Et plus, il se désespérait, plus les larmes coulaient. Et non seulement les larmes coulaient mais des sanglots s’ajoutaient, retentissant dans le silence.

Bien sûr tout ce vacarme ne passa pas inaperçu. Soudain, devant notre Tel-Tel, surgirent deux silhouettes difformes et menaçantes.

Lundi 7 décembre 2015

Les sombres silhouettes avançaient vers notre Tel-Tel, de plus en plus grandes, de plus en plus inquiétantes avec un curieux bruit sec et répétitif. tac, tac, tac,Tac, TAc, TAC : le tapement s’intensifiait au point que le cœur de notre Tel-Tel palpitait en tous sens. Entre deux hoquets de larmes, notre Tel-Tel leva la tête et découvrit deux cannes noires auxquelles étaient accrochées quatre mains noueuses, sous deux grandes capes sombres. Il pleura de plus belle : le monde de Lôtre était vraiment trop affreux et trop triste !

C’est alors que lui parvinrent deux petites voix frêles mais aussi douces que la laine des moutons de sa bulle perdue : « Pourquoi pleures-tu, bel inconnu ? Es-tu donc si seul en ce monde pour laisser couler autant de larmes ? » Notre Tel-Tel releva la tête et vit deux beaux visages de vieillards, pleins de tant de tendresse qu’il en sécha ses larmes et eut envie de leur sourire. C’étaient deux des vieillards accrochés à leur canne qu’il avait entraperçus à travers la vitre de la bulle. Mais ses reflets avaient bien caché leur douceur infinie. Et ils lui racontèrent de belles histoires  où personne ne restait seul longtemps. Il reprit confiance et cette fois, ce fut lui qui embrassa leurs bonnes joues moelleuses comme des coussins. Et il les regarda s’éloigner tranquillement, clopin-clopant. Il se sentait ragaillardi et léger comme l’air de sa bulle.

Un nouveau frisson bizarre le saisit. « Allons bon, se dit-il, je n’ai plus peur, je ne suis plus triste et je ne viens pas de déguster une délicieuse friandise… ! Quelle est cette nouvelle sensation inconnue ? »

Mardi 8  décembre 2015

Horrifié, notre Tel-Tel découvrit soudain que ses bras se hérissaient de petites pointes et il se mit à trembler. « Décidément, ce pays de Lôtre est plein de mauvaises surprises et de sensations désagréables ! Que m’arrive-t-il encore ? » Et il se mit à trembler de plus belle et même à claquer des dents ! Notre Tel-Tel n’avait pourtant pas peur. Il avait tout simplement froid et pour cause : sous la bulle des Tel-Tel à la température douce et constante, il n’était pas besoin d’avoir des vêtements bien chauds …

Alors qu’il se recroquevillait instinctivement sur lui-même pour avoir moins froid, survint un charbonnier tout noiraud de poussière. Maintenant habitué aux surprises de sa nouvelle situation, notre Tel-Tel ne s’étonna point et se souvint d’avoir aperçu aussi son visage déformé par la vitre de la bulle. Lui aussi était beaucoup moins laid qu’il n’y paraissait mais il était toujours tout noir et poussiéreux…  « Eh bien l’ami ! Tu n’es pas bien vêtu pour la saison ! Nous sommes en hiver et il faut se couvrir mieux ! Prends donc tout de suite mon vêtement à capuche : il y a bien un peu de poussière de charbon mais en le secouant, elle s’en ira et tu auras plus chaud ! »

Ce qui fut fait et notre Tel-Tel frissonna à nouveau d’aise en se sentant protégé du froid. Le charbonnier qui était décidément un bon garçon, le prit par la main et l’emmena jusque chez lui ou un magnifique poêle ronflait tout chargé de charbon, bien sûr ! « Reste donc là à te réchauffer sur les coussins et reste autant qu’il faut si tu veux dormir un peu ! » lui proposa le charbonnier avant de repartir faire sa tournée. Et aussitôt notre Tel-Tel, réconforté plongea dans un bon sommeil.

Mais de sourds grondements finirent par le réveiller…

Mercredi  9  décembre 2015

Jamais notre Tel-Tel n’avait entendu de pareils grondements ! Ou plutôt des gargouillements ! Oui, le bruit était un peu liquide, comme un petit ruisseau. Mais il n’y avait pas d’eau chez le charbonnier ? D’où venait donc cet étrange bruit ? Notre Tel-Tel, à nouveau tout chamboulé, se leva et la tête lui tourna. Inquiet, il sorti prendre l’air mais arrivé sur le chemin : paf ! Tout le paysage se mit à tourner et il n’eut que le temps de s’asseoir sur un banc.

Il ne resta pas seul bien longtemps. Un boulanger tout blafard de farine passait justement par là et, voyant notre Tel-Tel tout pâle – encore plus pâle que son visage plein de farine- il s’arrêta et lui dit : « Allons, allons, mon gars ! Que t’arrive-t-il ? Tu ne sembles pas bien dans ton assiette ! » Notre Tel-Tel, tout blême le regarda comme dans un halo et bredouilla : « Je ne comprends pas ce qui m’arrive, j’entends tout le temps un grondement, ou plutôt un gargouillement effrayant et tout tourne autour de moi ! »

« Ha-ha ! Je crois savoir, moi ce qui t’arrive ! Quand as-tu mangé pour la dernière fois ? Cela doit faire bien longtemps à voir ta tête et tu dois avoir bien faim ! » Notre Tel-Tel était tout éberlué. « La faim, la faim ? Mais je ne sais pas ce que c’est : sous la bulle des Tel-Tel, nous mangions des fruits et des légumes à volonté sans même y penser ! Il est vrai que je n’ai plus rien avalé depuis que je suis sorti de la bulle ! »

« Eh bien, viens avec moi dans ma belle boulangerie : tu pourras dévorer tous les pains et les gâteaux que tu voudras » Et, le prenant par le bras, il l’emmena dans sa boutique. Une fois rassasié, notre Tel-Tel reprit tous ses esprits et regarda mieux le boulanger : il était très beau et ses cheveux, poudrés de farine lui donnait une allure de marquis… « Bigre, bigre, se dit notre Tel-Tel, les gens du monde de Lôtre sont vraiment différents de ce que nous voyions de notre bulle ! Et, repu, il eut un petit soupir d’aise.

Mais notre Tel-Tel n’était pas au bout de ses surprises.

Jeudi  10  décembre 2015

Notre Tel-Tel était bien content d’avoir pu rassasier sa faim quand lui vint tout à coup une nouvelle sensation bizarre : peu à peu sa langue semblait se dessécher et coller à son palais. « Décidément je ne suis pas fait pour vivre au royaume de Lôtre ! Comme je comprends les ancêtres qui cherchaient à s’en protéger ! Je crois que je vais mourir étouffééééé… » Et il tomba.

Le boulanger inquiet lui tapota les joues et comprit : « Mais bien sûr ! Il n’avait pas mangé depuis longtemps mais il n’avait pas bu non plus et après avoir avalé une telle quantité de gâteaux, il meurt de soif ! » Il lui apporta vite de l’eau qui calma notre Tel-Tel. « Tu avais soif, mon gars ! » « Soif ? se dit notre Tel-Tel, je ne connaissais pas cela non plus sous ma bulle… ah comme j’aimerais y retourner et oublier toutes ces sensations affreuses que Lôtre répand sur ses terres… »

Et notre Tel-Tel sortit de la boulangerie, bien décidé à revenir vers sa bulle pour essayer de trouver la solution miracle qui lui permettrait de repasser la barrière de verre dans l’autre sens.

Mais d’où il était, il ne pouvait plus voir sa bulle. Il se mit en route, reprenant en sens inverse le chemin d’où il était venu. Et il marcha, il marcha, il marcha mais il ne voyait toujours pas sa bulle.

« Courage, se dit-il, retrouver mon paradis perdu vaut bien un effort ! » Et il marcha, il marcha, il marcha mais il ne voyait toujours pas sa bulle.

Et il marcha, il marcha, il marcha encore mais il ne voyait toujours pas sa bulle.  Et peu à peu, il sentit une grande lassitude l’envahir, tous ses membres devenaient mous, mous, mous…

Vendredi  11  décembre 2015

Notre Tel-Tel soupirait, soupirait. « Pfff tous ces chemins sont semblables et ternes ! Bien loin des fleurs brillantes de ma bulle ! Ce qu’ils appellent hiver ici fait taire tous les oiseaux et on n’entend même pas le chant cristallin d’un ruisseau ! » Et notre Tel-Tel se sentit encore plus fatigué et mou : il s’ennuyait. Il bailla largement : « Jamais je ne me sentais aussi mou dans la bulle et jamais je n’avais ouvert la bouche aussi largement ! Je ne vois vraiment pas ce que je peut faire dans cet horrible pays ! Mais où est donc la bulle ? »

C’est alors qu’il entendit un bruit de pas rythmé comme des claquettes. Ce son lui rappela un tambourinement déjà entendu dans  sa bulle : l’un des nerveux passait par là. Sautillant devant lui, il demanda : « Pa-pa-pah, le beau gosse ! Que se passe-t-il pour que tu fasses aussi pâle mine ? » « Justement rien, répondit notre Tel-Tel. Je cherche ma belle bulle où je passais mes journées à jouer avec les miens, les oiseaux, les papillons, les chiens et les chats. Ici  il n’y a rien pour jouer et je m’ennuie. » «  Ta-ta-tah ! ne sais-tu donc pas que l’on peut trouver de quoi s’amuser partout, même seul ? Moi, je ne m’ennuie jamais ! Regarde : je danse en tapant les pieds, je chante et un rien m’amuse, comme cette petite perle de pluie au bout de la brindille : regarde bien, elle est magique : elle est petite mais tout un arc-en-ciel brille en son cœur, elle est fragile mais elle s’accroche souplement à la branche, elle est toute ronde mais ondule au gré du vent ! Oui la gouttelette est magique : si tu t’ennuies, plonge ton regard dans son orient et tu trouveras ce que tu cherches ! » Et le nerveux partit joyeusement en tambourinant sur les troncs d’arbres une sorte de mélodie que notre Tel-Tel n’avait jamais entendue.

Retrouvant avec la curiosité un nouvel élan, notre Tel-Tel se pencha sur la gouttelette en murmurant : « Petite goutte d’eau montre –moi la bulle des Tel-Tel, mon bel univers ! » Et dans l’orient de la gouttelette il vit …

Samedi  12  décembre 2015

Sa bulle ! Oui : sa bulle ! Sa bulle vue de l’intérieur avec toute sa végétation luxuriante à la beauté sans pareille,  avec ses fleurs aux parfums extraordinaires, ses fruits pleins de jus délicieux, ses légumes succulents, avec ses oiseaux et leurs concerts, ses moutons et leurs belles toisons, les chats et les chiens joueurs, avec ses cascades, ses ruisseaux et ses bassins tièdes et calmes ! Notre Tel-Tel retrouvait au fond de la gouttelette tout son bonheur passé et revivait intensément la douceur de l’air, le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, ses jeux et ses danses avec les autres Tel-Tel… Une grande onde de plaisir parcourut notre Tel-Tel.

Mais la gouttelette finit par glisser tout au bout de la brindille et chuta sur le sol, brisant en mille éclats la rêverie de notre Tel-Tel. Il regarda autour de lui et ne vit personne : seul, il était seul !

Tout déçu, il se frotta les yeux, releva la tête et vit une autre superbe gouttelette, nacrée et pleine de reflets… Il fixa la perle d’eau, murmurant : « Petite goutte d’eau montre –moi la bulle des Tel-Tel, mon bel univers ! » Et dans l’orient de la gouttelette il vit à nouveau l’intérieur de sa bulle et son décor féérique, les autres Tel-Tel, et à nouveau il fut parcourut d’une onde de plaisir. Mais la deuxième gouttelette tomba à son tour. Alors notre Tel-Tel, recommença avec d’autres gouttelettes, trois fois, quatre fois, cinq fois… cent fois et trois fois, quatre fois, cinq fois… cent fois il fut parcouru par son onde de plaisir mais il se retrouva trois fois, quatre fois, cinq fois… cent fois plus seul encore.

Il ne restait plus qu’une gouttelette sur l’arbuste qui avait fini de s’égoutter. Que faire ? Notre Tel-Tel fixa la dernière gouttelette et murmura, désespéré : 

Dimanche  13  décembre 2015

 « Petite goutte d’eau montre –moi un ami ! » La gouttelette se gonfla, se balança doucement, faisant danser ses moirures irisées et, sous le regard ébahi de notre Tel-Tel, apparut peu à peu un visage. Un seul, un beau un merveilleux visage. Un visage aussi beau que celui d’un Tel-Tel mais ce n’était pas un Tel-Tel. C’était un visage comme notre Tel-Tel n’en avait jamais vu. Il avait de grands yeux bleus et des longs cils dorés, un petit nez mutin et une bouche délicate comme une rose et tout autour flottait, comme une poudre d’or, des boucles légères et dorées. Notre Tel-Tel fasciné ne respirait plus de peur de faire tomber la gouttelette et cette douce apparition. Une onde de plaisir encore plus grande le parcourut et il souhaita que la gouttelette se fige à tout jamais sur sa brindille.

Mais voici qu’un mouvement d’air doucement parfumé fit onduler légèrement la gouttelette et notre Tel-Tel redouta le pire : l’horrible solitude qui s’abattrait sur lui avec la disparition de la perle d’eau et du beau visage, son ami maintenant. Mais, non, la gouttelette ne chuta point. Au contraire, le beau visage se mit à bouger et à rire ! Une nouvelle onde de plaisir le parcourut : son bonheur était tel qu’il aurait pu mourir dans l’instant sans le regretter !

Alors, le rire, léger et cristallin reprit, de plus en plus ample, si ample qu’il semblait l’envelopper tout entier…

Lundi  14  décembre 2015

Totalement ravi, notre Tel-Tel se demandait même s’il n’avait jamais entendu un aussi beau rire dans sa bulle.  Qui pouvait rire ainsi ? Tout étourdi de bonheur, il s’approcha de la gouttelette une peu, un peu plus, un peu plus encore et… bling ! Elle s’échappa de la brindille et tomba en mille éclats sur le sol ! Mais…

Mais, le rire retentit encore toujours aussi clair et plus joyeux encore ! Le rire ne venait donc pas de la gouttelette ! Notre Tel-Tel se retourna et découvrit, ébahi, le beau, le merveilleux visage avec ses grands yeux bleus et ses longs cils dorés, son petit nez mutin et sa bouche délicate comme une rose et tout autour, comme une poudre d’or, ses boucles légères et dorées ! C’était le visage d’une jeune-fille bien en vie dont le manteau dansait gaiment lorsqu’elle riait. En voyant l’étonnement de notre Tel-Tel, elle rit de nouveau : « Suis-je si effrayante que cela ? Moi, je m’appelle Lotte et toi ? » « Moi, moi ? Je, je suis Tel-Tel ! bégaya notre Tel-tel qui se rendit compte que pour la première fois on lui demandait son nom…

« Où habites-tu ? As-tu une grande famille ? » « C’est que… je n’habite plus nulle part et je n’ai plus de famille depuis qu’un mauvais sort m’a fait sortir de la bulle des Tel-Tel ! » « Tu habitais une bulle ? Quelle drôle d’idée ! »

« Oh non, oh non, j’y étais très heureux au contraire : il faisait toujours beau, il y avait des fleurs, des fruits et de doux animaux, des bassins d’eau tiède pour se baigner et les Tel-Tel s’entendaient si bien qu’il n’était point besoin de se parler pour s’amuser et danser ensemble. Nous n’avions qu’un ennemi dont la bulle nous protégeait : le terrible Lôtre ! »

En entendant ce nom, notre Tel-Tel vit comme un petit nuage passer dans l’onde bleue des yeux de Lotte mais aussitôt elle secoua ses boucles dorées et se remit à rire.

Mardi  15  décembre 2015

Tout en riant, Lotte reprit : « mais au pays de Lôtre aussi nous sommes heureux et nous avons des fleurs, des fruits et de doux animaux, des bassins d’eau tiède pour se baigner et nous savons aussi nous amuser et danser. Seulement, tu es arrivé en hiver et la nature fait chez nous une pause ; mais bientôt tu auras une surprise. » « Quelle surprise ? » « Petit malin, si je te le dis, ce ne sera plus une surprise ! » Et Lotte en secouant ses boucles blondes se remit à rire de plus belle.

Notre Tel-Tel ne pu s’empêcher de rire aussi : « Comme j’aime te parler et rire avec toi ! Mais, quand même, j’ai très peur que le terrible Lôtre me découvre et me réserve un sort aussi cruel qu’à mes ancêtres ! » Le rire de Lotte s’interrompit : « Qu’est-il donc arrivé à tes ancêtres ? » « Je ne sais exactement mais on savait dans notre bulle qu’ils avaient tous été détruits par le terrible Lôtre et que, sans le miracle de la bulle, plus un Tel-Tel n’existerait ! »

« Eh bien, je vais te montrer, mon cher Tel-Tel, que l’on peut vivre au pays de Lôtre avec bonheur ! » Lotte pointa son nez mutin et avec un grand sourire reprit : «Pour commencer, quelles souffrances atroces as-tu subi depuis ton arrivée au pays du terrible Lôtre ? »

Notre Tel-Tel, tout frémissant, écarquilla des yeux effrayés et se lança dans le récit tout ému de ses premières expériences.

Mercredi  16  décembre 2015

Lotte écoutait, toute attendrie et compatissante,  les premières expériences de notre Tel-Tel au pays du terrible Lôtre. Les pétales roses de ses lèvres frémirent délicatement : « Mon cher Tel-Tel, ta découverte du pays de Lôtre est bien particulière ! Tu es sorti comme par enchantement de ta bulle mais tu as ressenti le désenchantement de la quitter ! Ta bulle est si solide qu’aucun de nous n’a jamais pu la faire ouvrir et tu te souviens de nos visages écrasés à sa surface pour essayer de voir qui vous étiez sans y arriver. Même le puissant Lôtre avec toute sa force n’aurait pu l’ouvrir ! Il faut, je crois, que tu renonces à y retourner et, si tu le veux bien, je suis prête à te faire découvrir le pays de Lôtre ! »

Notre Tel-Tel plongea son regard dans les grands yeux bleus de Lotte et y vit une eau aussi douce et aussi pure que celle des lagons de sa bulle. « Oh oui, Lotte, avec toi je me sens à l’abri des cruautés de l’horrible Lôtre ! » Et un nouveau petit nuage ombra insensiblement l’eau bleue de son regard. Mais son beau rire léger revint aussitôt et elle secoua le nuage d’or de ses cheveux, tel une poudre magique.

« Commençons donc par tes premières expériences ! Si tu les regardes avec les yeux de ta bulle, elles t’ont fait bien souffrir, n’est-ce pas ? » Notre Tel-Tel frissonna : « Oh combien, Lotte ! » « Eh bien maintenant, plonge dans mes yeux et regarde de nouveau ce qui t’est arrivé depuis ton arrivée au pays de Lôtre » Notre Tel-Tel obéit et fixant les grands yeux bleus, plongea dans les douces eaux de la confiance … 

jeudi  17  décembre 2015

« Pour commencer, j’ai découvert au pays de Lôtre la terrible peur qui paralyse tout l’être et … » « Et… ? » reprit Lotte avec un sourire malicieux. « Et l’enfant tout barbouillé m’a donné ses chocolats si réconfortants que je n’ai plus eu peur !  Mais alors, je me suis senti si triste que des flots de larmes comme je n’en avais jamais connu m’ont envahi : c’était si horrible…» « Et … ? » « Et deux vieillards à la douceur infinie m’ont raconté de belles histoires  où personne ne restait seul longtemps qui m’ont redonné confiance et fait sécher mes larmes. Mais alors, ce froid qui règne en ce moment, aussi redoutable que Lôtre,  m’a fait grelotter au point de ne plus pouvoir bouger ! » « Et… » « Et le charbonnier qui passait par là m’a donné son manteau à capuche et m’a emmené chez lui pour dormir près du feu sur des coussins moelleux ! Mais alors, est survenu la faim, inimaginable dans la bulle des Tel-Tel ! » « Et… » « Et le boulanger tout poudré de farine m’a donné à manger du pain et de délicieux gâteaux … »

Lotte interrompit son récit avec son rire cristallin et un tantinet gourmand :  « Oui, oui, en ce moment nous avons coutume de préparer beaucoup de petits gâteaux ! » « Certes ils sont délicieux mais ils n’ont pas empêché que je meure presque d’une abominable soif, étouffé avec la langue toute sèche ! » « Et… ? » « Et alors, le boulanger m’a fait boire et je me suis senti très bien ! »

« Il n’empêche, à part ne plus avoir peur, ne plus être triste, me réchauffer, manger et boire, il ne me restait plus rien à faire  et loin de ma bulle et j’ai découvert le mortel ennui et l’effroyable solitude… ! » « Et alors, le danseur nerveux m’a  amusé avec son jeu de claquettes et m’a confié le secret de la gouttelette où j’ai pu revoir ma bulle mais sans pouvoir y retourner et retrouver les autres Tel-Tel pour autant ! »

« Et… ???? »

Vendredi  18  décembre 2015

« Et la dernière perle d’eau est tombée sans que je puisse revoir ma chère bulle et Dieu sait ce qu’il peut m’arriver seul dans ce pays de l’épouvantable Lôtre ! »

Une nouvelle ombre glissa sur l’eau bleue des yeux de Lotte qui s’obstina : « Et, et, et … ??? » « Je ne sais plus ! » « Eh bien dans la dernière gouttelette magique qu’as-tu donc vu ? Etait-ce vraiment ta bulle ? » Notre Tel-Tel rougit et bégaya : « B-ben, n-non ! Et je dois dire que c’est la plus belle image que je n’ai jamais vu ici et même dans ma bulle : ton : merveilleux visage avec tes grands yeux bleus et tes longs cils dorés, ton petit nez mutin et ta bouche délicate comme une rose et tout autour, comme une poudre d’or, tes boucles légères et dorées… »

Cette fois ce fut Lotte qui rougit : « C’est très beau ce que tu dis-là mais bien flatteur aussi ! Ce qui est important c’est que désormais, Tel-Tel, tu as une amie, une vraie, prête à t’aider et à te faire découvrir ce pays que tu redoutes tant ! En as-tu envie ? » « Oh, oui, Lotte ! Mais que ferons-nous si nous rencontrons sur notre route le terrible Lôtre ? » L’ombre passa de nouveau sous les longs cils dorés : « Eh bien nous aviserons ! Ne suis-je pas délicate et fragile ? Je n’ai jamais été détruite par Lôtre ! »

« Prends donc ma main et commençons ! »

Samedi  19  décembre 2015

«  Tu sais déjà qu’au pays de Lôtre, s’il est possible d’avoir peur, froid, faim, soif ou de s’ennuyer, il y a toujours quelqu’un pour nous aider : tu en as déjà fait l’expérience.  Comme tu as pu le voir, mais sans t’en rendre compte, les habitants du pays de Lôtre sont beaux aussi, mais dans la différence : dans ta bulle tous les Tel-Tel étaient semblables mais ici les gens sont tous uniques et leurs particularités font leur beauté : n’as-tu pas trouvé toi-même que les vieillards avaient de beaux visages plein de tendresse ? Que la farine du boulanger poudrait ses cheveux aussi élégamment que ceux d’un marquis ? Et moi-même qui suis si différente de toi, ne m’as-tu pas trouvée aussi belle qu’un Tel-Tel ? » « … oh ! Tu es même beaucoup plus belle… ! » « Il suffit de bien regarder chaque personne, chaque animal, chaque chose pour découvrir sa beauté ! Crois-moi c’est un très beau jeu ! »

Et les voilà partis sur les chemins et les routes, les sentes et les rues à la découverte des … autres ! Notre Tel-Tel, tout égayé, sautait comme un cabri  de l’un à l’autre en criant à Lotte : « Oh, regarde comme ce bébé est beau avec ses doigts tout minuscules et déjà agiles ! Oh ! ces écolières avec leurs blouses presque pareilles mais toutes différentes ! Et ce garde tout sévère qui ne bouge pas, vois comme ses yeux rient sans rien dire ! Et ce bel homme avec sa haute taille son grand sourire et longues bottes ! Et… »

Lotte se mit alors à rire, de son rire, léger et cristallin, si ample qu’il enveloppait notre Tel-Tel tout entier : « Justement … »

Dimanche  20  décembre 2015

« Regarde bien cet homme, Tel-Tel, et dis-moi comment tu le vois ! » Notre Tel-Tel leva les yeux haut, bien haut pour regarder l’homme tout entier tant était grande sa stature. Ebloui, il dit doucement et avec admiration : « Cet homme est immense ! Il est beau, si beau ! D’une beauté qui reflète la bonté ! Il est si beau et si bon qu’on ne peut que l’aimer et l’admirer ! Comme j’aimerais être de ses amis ! »

Le bel homme à la haute taille entendit sa remarque et lui adressa un sourire léger mais si ample qu’il enveloppa notre Tel-Tel tout entier. « Eh bien, Lotte ! Tu as trouvé un nouvel ami : je n’ai jamais vu ce beau jeune homme dans le pays ! Qui est-il donc et d’où vient-il ? » Et Lotte se mit à raconter toute l’histoire de notre Tel-Tel, de la beauté de sa bulle et son exil à toutes les expériences et découvertes faites ensemble, ponctuant les épisodes de son rire léger et cristallin. Le bel homme à la haute taille, en écoutant ce récit, souriait de plus en plus.

Notre Tel-Tel était totalement subjugué par le talent de Lotte qui présentait avec tant d’intérêt son aventure et par l’immense bienveillance avec laquelle l’homme à haute taille l’écoutait.  Il se sentait si enveloppé par le rire de l’une et le sourire de l’autre qu’il en vint à souhaiter pouvoir vivre toujours dans ce pays merveilleux… 

Lundi  21  décembre 2015

« Hou-hou, Tel-Tel : à quoi rêves-tu ? Tu sembles parti bien loin de nous ! » « Oh, Lotte ! C’est si bon d’être ici, avec vous deux : vous me rendez aussi heureux que lorsque j’étais dans ma bulle avec les autres Tel-Tel !  » Lotte éclata de son rire léger et cristallin : « Ne t’avais-je pas dit que notre pays aussi était merveilleux même s’il est très différent du tien ? » 

Lotte se mit sur la pointe des pieds et, agrippant avec familiarité la manche du bel homme à haute taille, elle lui chuchota quelque chose à l’oreille. L’homme rit : « Mais bien sûr, ma fille, tu peux lui proposer… ! » « Alors voilà, Tel-Tel, puisque mon père est d’accord, si tu le veux vraiment, tu peux rester vivre pour toujours ici et devenir l’un des nôtres ! »

Notre Tel-Tel était stupéfait : cet homme était donc son père ! Et une personnalité importante du pays de Lôtre puisqu’il donnait son accord ! « Oh oui, comme je le souhaite ! répondit-il, mais ici, c’est le pays du terrible Lôtre, l’ennemi des Tel-Tel : que deviendrai-je s’il apprend ma présence ?  Sa colère pourrait être épouvantable ? »

Le léger nuage ombra le bleu des yeux de Lotte qui se tourna vers son père. Celui-ci regarda notre Tel-Tel de son sourire si bienveillant et si ample : «  Crois-tu donc que le seigneur Lôtre n’est pas au courant de ta venue parmi nous ? Depuis tant de jours et d’aventures parmi les habitants du pays de Lôtre as-tu jamais été menacé ? Es-tu bien sûr que Lôtre soit un monstre ? » « Mais, mais dans notre bulle tous les Tel-Tel se souvenaient que les ancêtres auraient été massacrés par le terrible Lôtre sans la protection de la bulle… ! »

Les yeux de Lotte devinrent aussi sombres que la nuit…

Mardi  22  décembre 2015

Mais son père lui prit la main pour la calmer et se pencha vers notre Tel-Tel : « Très bien mon ami. Avant que tu ne te décides définitivement à reste parmi nous, je te propose de retourner voir ta bulle. Comme tu l’as compris, j’ai quelques pouvoirs spéciaux qui me permettront de t’y faire entrer de nouveau.  Veux-tu y retourner ? » Oubliant tout son désir de rester au pays de Lôtre, bienheureux entre Lotte et son père, notre Tel-Tel bondit joyeusement : « Oh oui, combien j’aimerais revoir ma bulle et les autres Tel-Tel ! »

Lotte, très triste, s’éloigna mais son père rit avec bienveillance : « Soit, Tel-Tel ! En notre pays il se prépare en ce moment, au creux de l’hiver,  une grande fête de la bonté, de la générosité, du partage et du renouveau  que nous appelons « Noël » et nous aimons faire plaisir en réalisant des vœux. Je vais réaliser ton vœu ; viens avec moi ! » Il prit la main de notre Tel-Tel et l’entraîna vers le buisson aux gouttelettes magiques, secoua les brindilles au-dessus d’une belle coupe d’argent où se forma une énorme goutte, toute ronde et irisée à la façon des boules de Noël.

« Tel-Tel, veux-tu vraiment retourner dans ta bulle ? » « Oui, oui ! » « Regarde avec moi la goutte dans cette coupe d’argent et concentre-toi ! »

Notre Tel-Tel se pencha au dessus de la coupe et dans la grande goutte irisée rencontra le regard du père de Lotte. Il pensa à la bulle des Tel-Tel fort, très fort, très très très fort… et …

Voilà notre Tel-Tel soudain transporté avec le père de Lotte dans sa bulle !

Tout était comme avant !  Le temps y était toujours clément. La végétation luxuriante était d’une beauté sans pareille. Les oiseaux offraient des concerts dignes des plus belles chorales. Les cascades ajoutaient leurs harmonies à celles des oiseaux et les bassins tièdes accueillaient les ébats joyeux des Tel-Tel … et … et DES pères de Lotte !

Mercredi  23  décembre 2015

Notre Tel-Tel resta sidéré : « Comment était-ce possible ? Le père de Lotte s’était démultiplié et reproduit en un nombre incroyable de frères jumeaux ! » Le sourire si plein de bienveillance se retrouvait  sur tous leurs visages et se transforma tout à coup en un beau rire sonore qui fit envoler les oiseaux : «Tel-Tel, Tel-Tel, mon ami, ton étonnement  est si drôle à voir ! » Notre Tel-Tel frissonna, réalisant, qu’il n’avait jamais entendu parler sous sa bulle !

« Tel-Tel : comprends-tu maintenant quelle était ta vie ici  et pourquoi les Tel-Tel n’ont pu t’aider lorsque tu es passé de l’autre côté de la vitre ? »  Hébété, notre Tel-Tel ne comprenait rien à ce qui se passait sous sa bulle et vit tous les pères de Lotte prendre la main de tous les Tel-Tel : la farandole se reformait !  Mais en regardant mieux les autres, notre Tel-Tel vit qu’ils étaient tous vêtus des vêtements chauds qu’il portait au pays de Lôtre. Un nouveau frisson le parcourut : quel était donc ces mystères ?

La voix du père de Lotte reprit : « Tu ne sembles pas avoir compris, Tel-Tel. Viens près de la vitre et vois comme elle reflète tout ce qui est à l’intérieur de la bulle : comme tu m’aperçois en grand nombre alors que je suis seul, elle t’a reflété aussi alors que tu étais seul : c’est pourquoi tu n’avais pas besoin de parler pour que les autres te comprennent : tu te comprenais toi-même. La végétation luxuriante, les animaux en grand nombre n’étaient aussi que des reflets… Tel-Tel tu étais seul, terriblement seul ! » Un grand froid parcourut notre Tel-Tel.

« Maintenant que cette révélation vient de t’être faite : où veux-tu vraiment vivre ? » « Au pays de Lôtre , sans hésiter, en espérant que je ne serais pas la proie du terrible Lôtre… »

Le père de Lotte se mit de nouveau à rire : « Ne t’inquiète donc pas Tel-Tel ! Je saurai te protéger car … »

Jeudi  24  décembre 2015

« Ton terrible Lôtre  que tu redoutes tant, cet horrible Lôtre, eh bien : c’est moi ! »

A cette nouvelle révélation, notre Tel-Tel vacilla, tout pâle, et aurait lourdement chuté si le père de Lotte, autrement dit, le seigneur Lôtre, ne l’avait recueilli à temps dans ses grands bras bienveillants. « Vois-tu Tel-Tel, il faut sortir de sa bulle pour découvrir que les autres ne sont pas aussi détestables qu’on l’imagine !  Viens vivre avec nous et tu seras encore plus heureux que tout seul sous ta bulle ! »

Frissonnant de bonheur cette fois, notre Tel-Tel murmura « Oh, oui, emmenez-moi vite loin de ma bulle ! » Et, se penchant sur la coupe d’argent, ils réunirent leurs regards dans l’irisation de l’eau et se retrouvèrent aussitôt devant un magnifique palais entouré d’un immense parc où croissaient d’innombrables- et réels- arbres tout poudrés de neige. Quand ils entrèrent dans le château, des feux réconfortants brûlaient dans les âtres et  coloraient des tentures merveilleuses et faisaient scintiller ici et là des objets en or et en pierres précieuses . Des chants de Noël, joyeux, retentissaient de toutes parts, un sapin richement décoré trônait dans le grand salon au milieu de gâteaux, de confiseries et de cadeaux.

Notre Tel-Tel écarquillait les yeux. Le seigneur Lôtre lui fit découvrir toutes les pièces du palais et finit par lui dire : « Tel-Tel, mon ami toutes ces richesses sont magnifiques mais, crois-moi, la plus grande des richesses reste la bienveillance et l’amour des autres… »

 Notre Tel-Tel acquiesça et sentit une petite main se glisser dans la sienne : c’était Lotte et son merveilleux visage avec ses grands yeux bleus et ses longs cils dorés, son petit nez mutin et sa bouche délicate comme une rose et tout autour, comme une poudre d’or, ses boucles légères et dorées : « Tu sais tout maintenant ? » « Oui, et je suis sûr de vouloir rester ici, avec le seigneur Lôtre, ton père, et surtout… avec toi ! »

Alors, le rire, léger et cristallin de Lotte éclata, de plus en plus ample, si ample qu’il l’enveloppa tout entier jusqu’à la fin des temps.

 

Fin

 

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Publié dans L'heure du conte

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Bernie et Etincelle

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Nous avons lu ce charmant conte pour enfant sur Les contes pour enfant du monde
http://www.contes.biz et comme il entre dans notre thème du partage le voici donc. (Pour le lire sur le site : http://www.contes.biz/modules.php?name=Content&pa=showpage&pid=18
Bernie et Etincelle

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Le soir, lorsque les enfants sont couchés et que la nuit a volé les couleurs dans toute la maison, vient pour les jouets l'heure d'un repos bien mérité.
Finies les guéguerres sur la moquette du salon, les rase-mottes d'avion au-dessus des plantes vertes... Les poupées ferment leurs petits yeux de porcelaine, les dînettes cessent de tintinnabuler, et les petites autos rentrent au garage, sous les franges du canapé. Puis tout le monde sombre dans un profond sommeil.

Mais ce soir, dans la chambre de Kelly et Valentine, bien sagement assis sur une étagère, deux petits jouets ne trouvent pas le sommeil. Deux petits pantins de tissu et de peluche, qui ont le cœur gros ; de ne pas avoir été regardés de la journée, de ne plus plaire et d'être abandonnes, là, depuis des jours et des jours.

Les jouets sont comme ça : ils sont nés pour jouer, ils aiment rire, ils aiment que les enfants les aiment. Quelle tristesse pour eux de se sentir abandonnés !

Eh oui ! Bernie et Étincelle ont le cœur gros ce soir. Il y a trop longtemps qu'ils s'ennuient sur cette étagère, figés dans l'oubli et la poussière.

Bernie ? C'est l'ours en peluche, un bel ours brun, comme ceux de la forêt, avec de beaux yeux ronds et noirs comme du charbon, un gros nœud rouge autour du cou. Avant c'était le roi des jouets, aujourd'hui c'est tout juste s'il ne sert pas de ballon de foot ou de chiffon pour essuyer le tableau.

Étincelle est un petit pantin de tissu, joyeux et turbulent. Dans son bel habit bleu électrique, il brille comme une étincelle. Il a, bien dessiné au coin des lèvres, son éternel sourire de charme, mais le cœur n'y est plus, son habit est passé, et il a le regard triste des jouets abandonnés. Tous deux sont là, blottis l'un contre l'autre, et pensent la même chose : "Il y a tellement de jouets, et il y a tellement de jouets maltraités, ce n'est pas juste qu'il y ait tant de malheureux !"

Alors, un beau soir de pleine lune, Bernie et Étincelle ont décidé de changer leur destin.
Ils sont descendus de leur étagère ; à pas de velours, ils ont traversé la chambre endormie, puis, sans un bruit, se sont glissés par la fenêtre dans le jardin enneigé, pour s'enfoncer dans la nuit froide, ne laissant derrière eux que les traces menues de deux petites peluches fuyant une maison qui ne les aime plus.
Au contact de cet air de liberté, Bernie retrouva les instincts sauvages de ses ancêtres. Et nos petits amis pénétrèrent les bois noirs qui bordaient le village.

La liberté se paya cher ; les premiers jours furent terribles. Transis et fatigués, les deux compères traversèrent des forêts immenses au péril de leur vie.

La nuit, Bernie, avec son épaisse fourrure, protégeait Étincelle du froid, et lorsqu'ils trouvaient du bois sec, Étincelle, qui portait bien son nom, allumait un petit feu.

Il en fut ainsi longtemps. Jusqu'au soir où, alors qu'ils n'en pouvaient plus de fatigue, ils se trouvèrent nez-à-nez avec une pauvre maisonnette, croulant sous un épais chapeau de neige.

Curieux, ils s'approchèrent. Par la fenêtre où filtrait une chaude lueur, ils virent un vieil homme. Qu'il avait l'air vieux avec sa grande barbe blanche, ses longs cheveux bouclés, son habit rouge et ses grandes bottes ! Il était assis devant sa cheminée, l'air bien triste, et de grosses larmes coulaient sur ses vieilles joues.

Comme il avait l'air gentil et bien malheureux, Bernie et son copain s'approchèrent.
- Pourquoi pleures-tu, grand-père ? Pourquoi es-tu si malheureux ?
- Vois-tu petit, répondit le vieux d'une voix chaude, je suis le père Noël des enfants pauvres. Noël n'est plus très loin, et tous attendent que je remplisse leurs souliers. Mais je suis moi-même si pauvre, que je n'ai plus de jouets à leur donner ; je suis un père Noël sans jouets pour ses petits, voilà pourquoi je suis triste.

Bernie devint songeur. "Pauvres gosses", pensa-t-il. Mais il eut soudain une idée géniale qu'il soumit illico au père Noël.
- Formidables, vous êtes formidables !

Le père Noël sautait de joie, dansait, chantait...
- Vite, au traîneau, Noël est dans deux jours, il n'y a pas une minute à perdre, je veux être à l'heure pour ce qui sera le plus beau Noël de mes petits chéris.

Comme une comète, dans un nuage d'étoiles, le beau traîneau rouge et or du père Noël fendit la nuit en direction du village.
Ce qui se passa ensuite n'arrive que dans les contes...

Maison après maison, Bernie et Étincelle invitèrent tous les jouets abandonnés à les suivre. Et l'on vit bientôt, venant de toutes parts, des tas et des tas de jouets escalader le traîneau. Peluches, soldats de plomb, poupées et camions de bois...

Le père Noël fut submergé, et c'est à peine si les rennes purent s'envoler à nouveau avec leur précieuse cargaison.

De retour chez le père Noël, sans perdre une seconde, tout le monde se mit au travail. On sortit colle, peinture, ciseaux, marteaux... Tous se mirent au boulot. L'atelier du père Noël bourdonnait comme une ruche ; on peignait un soldat par-ci, on réparait un avion par-là, ici on habillait une poupée... Les valides aidaient les estropiés et tous ces petits jouets étaient ravis de s'entraider pour retrouver un air de neuf.

Quand Noël arriva, le père Noël avait une hotte pleine jusqu'au ciel de jouets, tous plus beaux les uns que les autres, de quoi faire pâlir d'envie le plus riche des pères Noël.

La fête fut merveilleuse pour tous les enfants pauvres. Debout sur les toits, notre vieux père Noël entendait monter par les cheminées les cris de joie des enfants, ivres de bonheur. Ils étaient heureux et riaient, et les jouets étaient heureux et riaient aussi.

Fatigué mais ravi, le père Noël, à la fin de la nuit rentra chez lui. Mission accomplie ! Mais de nouveau seul, il eut soudain un gros coup de cafard.
- Personne ne fait jamais de cadeau au père Noël, se dit-il, et c'est bien triste, me voilà de nouveau seul jusqu'à l'année prochaine.

À peine avait-il fini sa phrase que nos deux héros apparurent dans la pièce. Et Étincelle annonça :
- Ne sois pas triste père Noël, Bernie et moi sommes décidés à rester avec toi. Et chaque année, nous irons dire aux jouets que l'on abandonne de venir nous rejoindre pour faire le bonheur des petits enfants pauvres

Publié dans L'heure du conte

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Marcello, le petit berger

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Marcello, le petit berger
En attendant la fin de notre propre conte, voici cette belle histoire, répondant bien à notre thème de cet Avent 2015, trouvée sur http://www.idees-cate.com/le_cate/contesdenoel.html d’après un conte de Julie River, Album "Bonjour Noël!", décembre 1985 ed. Averbode.
Bonne soirée conte...

CONTE DE MARCELLO, LE PETIT BERGER:

 

Ce soir-là, au château, le Roi Marson et la reine dînaient aux chandelles. Les ménestrels jouaient un air de mandoline. On en était au dessert.

Soudain, la reine dit: «Les fêtes de Noël approchent, Sire».

«Je sais», dit le roi. «Et je n’oublie pas que nous régnons déjà depuis 25 ans. C’est l’occasion de faire plaisir à nos sujets.»

Certes, l’occasion était rêvée, mais encore fallait-il trouver une idée originale, digne d’un palais royal.

Des idées, le roi n’en avait pas. Il n’en avait jamais et les propositions de la reine ne lui plaisaient guère. Quant aux ministres, ils se cassaient bien la tête, mais ne trouvaient rien d’extraordinaire. Fut alors appelé le seul vrai savant de la maison, maître Merlin. Il était un peu sorcier et débordait d’imagination.

«Moi, j’ai la solution à votre problème, sire!» Et, il montra un joli coffret précieux rempli de pièces d’or et une clé.

«Alors?», fit le roi.

«Alors! Voici une clé magique... Elle ne tourne dans la serrure que si celui qui l’a en main pense justement ce qu’il faut penser. Lui seul peut alors emporter le coffret et vivre riche.»

«Mais, à quoi faut-il donc penser?» interrogea le roi.

«Ah! ça c’est un secret que je ne puis dévoiler! C’est vos sujets qui doivent chercher!», répondit Maître Merlin.

 

Cette idée plut au roi et à sa dame. Aussitôt, un jeune troubadour parcourut la ville pour en informer les habitants.

Un coffret précieux au palais? Une clé à secret? Emporter le contenu? Pour toujours? Une idée de maître Merlin?.....

En ville, les gens ne parlaient plus que de cela. La boulangère oublia les pains dans le four. Ils avaient brûlé. Et le fermier, qui ne pensait plus qu’à gagner ce coffret, laissa la barrière ouverte, si bien que son cheval s’échappa…

 

La veille de Noël, dès le matin, une longue file de chercheurs de bonheur attendait à la porte du palais. Le roi et la reine les regardaient discrètement d’une petite fenêtre. Ils s’amusaient beaucoup. Un garde surveillait le coffret pendant que maître Merlin, caché derrière une tenture, observait le déroulement des faits.

A tour de rôle, les habitants de la région essayaient de faire tourner la clé.

«Ah! Je vais me faire construire un château aussi grand que celui du roi» pensa l’aubergiste du village en agitant la clé dans la serrure.

«Finie, la corvée du pain!» maugréa la boulangère en s’acharnant sur le coffret.

«Moi, je vais ouvrir une banque… Je serai riche, car je vais prêter ce trésor avec de gros intérêts!» se dit un des ministres, en cherchant à forcer le couvercle.

En vain! Au bout de la matinée, personne n’avait réussi. L’après-midi? Pas davantage.

Oh! Il y avait bien un bandit de grands chemins qui crut voir son heure de gloire arrivée, quand la clé sembla tourner. Hélas! son rêve de devenir roi s’effondra, car le coffret ne s’ouvrit pas.

Et le fermier qui pensait racheter un superbe cheval fut déçu lui aussi, tout comme le tisserand qui ne pensait qu’aux magnifiques brocards d’or qu’il pourrait acquérir avec tout ce trésor, et comme encore le médecin qui rêvait de devenir maître de la faculté de Paris… ou la paysanne qui pensait rivaliser avec les beaux atours de la reine...

Le coffret gardait son secret et restait bel et bien fermé. Le roi et la reine commençaient à trouver le temps long…

 

Mais voilà que Marcello, le petit berger, qui arrivait vers l’église du château pour la messe de minuit entendit parler aussi de cette nouvelle étonnante. Dans ses montagnes, l’annonce n’était pas venue jusqu’à lui. Le patron ne riait pas quand un mouton se perdait. Déjà qu’il recevait à peine de quoi aider sa pauvre famille…

Marcello mit donc à son tour la clé dans la serrure. Il ne savait vraiment pas à quoi penser. Il avait tant de soucis, mais il se dit que si le coffret s’ouvrait, il l’offrirait de tout son cœur à ses pauvres parents…

«C’est vrai», murmura-t-il… «Ils sont si bons, je leur apporterais nourriture et vêtements; je ferais soigner ma petite sœur malade; je permettrai à mes frères d’aller à l’école. Et sûrement qu’il resterait encore des pièces d’or pour les plus malheureux du village!»

Comme il pensait à tout cela, le roi et la reine et tous les habitants du village n’en crurent pas leurs yeux. La clé venait de tourner!

Le petit berger en pleura de joie. Maître Merlin quitta alors sa cachette et le félicita d’avoir pensé aux autres plutôt qu’à lui-même.

«Emporte ce coffret», lui dit-il, «et vis heureux maintenant avec tous ceux que tu aimes!» Le bonheur déjà illuminait son visage. Quand il s’agenouilla devant la crèche, ce soir-là, Marcello se sentit envahi par une immense paix et une grande joie. Il entendait Jésus lui murmurer dans le creux de l’oreille: «Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait... Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait»…

Publié dans L'heure du conte

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L'étoile du matin

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

L'étoile du matin
Nouvelle heure du conte avec, cette fois, un conte narré par Richard Gossin, Conteur et Maître de Conférence à la Faculté de Théologie protestante de Strasbourg, sur le site Protestants.org :

http://www.protestants.org/index.php?id=673

Au pied de la Sainte-Victoire, il est un petit village provençal. Monsieur le curé n’a que quelques pas à faire pour aller du presbytère à l’église et de l’église au presbytère. Mais que diable va-t-il faire entre le presbytère et on ne sait où, peut-être au diable vauvert ! chaque année, quand la messe de minuit est terminée ? Depuis douze ans, la question revient. Et depuis douze Noëls, elle fait glousser les bonnes gens. Personne, évidemment, n’a osé lui poser la question. Mais les clins d’œil et les commérages vont bon train. Un bon train d’enfer ! Monsieur le Curé, après la messe de minuit, qui sait ? il va rejoindre sa belle. Ou son beau. Ou un club innommable. C’est chaque fois le même scénario : monsieur le curé dont la bonne humeur n’échappe à personne, mène avec entrain sa messe. Puis il gagne son presbytère précipitamment. Et quelques minutes après, sa R4 asthmatique traverse le village. Et ça dure depuis douze ans. Faudrait peut-être avertir l’évêque. Une lettre anonyme, et le tour serait joué. Pour le plus grand bien des braves âmes, de la bonne morale, de la sainte Eglise et du curé lui-même. Parce qu’on pense à son salut ; en tout bien tout honneur. Mais comme personne ne s’y risque, Antoine s’est porté volontaire. Pas pour tenir un stylo, non. Il en est bien incapable. Antoine prendra en filature la R4 toussotante de monsieur le curé. Puis il reviendra faire son rapport. Prendre monsieur le curé en flagrant délit de mauvaise vie…

Marché conclu. En cette année mémorable, monsieur le curé a conduit la messe du pastrage avec célérité. Les bergers sont entrés dans l’église portant agnelet sur leurs épaules, précédés par un âne, au son des fifres et des tambourinaires. Après la sainte messe, le curé a serré quelques mains, esquissé quelques sourires. Et dix minutes après, la R4 fiévreuse a descendu la rue principale, suivie à roues feutrées par la Fiat 500 de l’Antoine.

Les braves paroissiens en oublient la ferveur de la sainte nativité, les treize desserts et la bûche qui attend d’être allumée, et les enfants qu’on envoie au lit ! Ils oublient même de parler. C’est dire ! Eh bien l’Antoine est revenu deux heures après. Dès que sa Fiat 500 s’immobilise devant l’église, une trentaine de gens accourent. Alors ? Alors monsieur le curé a engagé sa voiture dans le sentier qui grimpe tout droit vers la crête de la Sainte-Victoire. Boudiou, c’est pas possible ! C’est à la bergerie qu’il se rend. Répète-nous ça ! s’affolent trente gosiers. Chez le gitan ! s’étrangle l’Antoine. Silence consterné : celui-là, on l’a pas vu au pastrage ! Le berger est un gitan égaré à la réputation sulfureuse. Tenez, voilà ce qu’on m’a raconté de source sûre… Et les langues vont mauvais train, en cette nuit de Noël, autour de la Fiat 500 de l’Antoine, dans ce petit village provençal. Mais faut pas perdre du temps. Ils s’entassent dans une dizaine de voitures et filent vers la colline. Ils se garent près de la R4 de monsieur le curé. Et hommes et femmes, lampe de poche à la main, manteau sur les épaules, s’engagent sur les cailloux. Dans le plus grand silence, on grimpe. Une heure plus tard, on s’arrête, à bonne distance de la bergerie. Les plus courageux s’approchent, lampes éteintes. Ne pas réveiller les chiens ! Sûrs de surprendre le curé et le gitan, seuls ou en galante compagnie !

Mais rien. Personne. Pas de curé, pas de gitan, pas de chien, même pas de mouton. Déçus, les enquêteurs se concertent. Faut monter vers la crête ! A côté du prieuré, je connais une cabane ouverte aux randonneurs. Ils ne peuvent être que là. Allez vaï ! Encore une heure de grimpe. Et avant même d’arriver au prieuré, ils voient les premiers moutons. Et puis sur la crête, deux silhouettes humaines, immobiles. Ils s’approchent. Un chien aboie. Les deux silhouettes se lèvent. Marchent vers eux. Le curé et le berger. Sans un mot, le doigt posé sur les lèvres en signe de silence, ils invitent les arrivants à s’asseoir, près d’eux, sur la crête.

Méfiants, les paroissiens prennent place entre les touffes de thym. D’abord, l’odeur du thym monte à leurs narines, mêlée d’odeurs inconnues. Comme un encens de garrigue. Le silence les surprend. Ces deux silhouettes immobiles, complices d’on ne sait quel forfait les intimident. Indécis, ils détachent leur regard du sol. Un fabuleux spectacle surgit du ciel. Soudainement. En un clin d’œil. Comme si un rideau se levait devant leurs paupières. Des milliers d’étoiles les dominent. Pointes de lumière plantées dans la voûte céleste. D’abord gênés, puis fascinés, ils sont là les villageois, une trentaine de paires d’yeux, sous le charme divin d’un événement de majesté.

Et vous me croirez si vous voulez, mais les étoiles scintillent. Comme si l’émotion les inondait d’un bonheur débordant. Elles s’apprêtent à donner de la voix. S’accordent et entonnent à l’unisson l’ineffable et ardente reconnaissance de toute la création. Elles se répondent alors, mille chorales à mille voix. Développent leurs harmoniques, tendent leurs accords vers les créatures. Ce sont les voix des astres et les voies lactées dispersées aux marges des galaxies. Ce sont les chants des enfants d’Abraham, aussi nombreux que les étoiles du firmament qui se joignent au chœur des anges. Et tous, étoiles, planètes, enfants d’Adam et Eve et anges de lumière, reprennent leur louange éperdue de tendresse. Et cette poignée de gens perchés sur la Sainte-Victoire se sent emportée par l’élan irrésistible et joyeux de la danse cosmique. Ils se mettent à danser, au son des fifres et des tambourinaires, la farandole des choses et des êtres, des animaux et des humains, des forces du bien et du mal, des vivants et des morts, devant le trône de Dieu. Ils racontent l’histoire des temps lointains où main dans la main ils dansaient à travers l’espace et le temps, heureux de vivre devant le Créateur. Ils racontent l’histoire où la chaîne des anges et des humains s’est rompue. Ils racontent l’histoire pas si lointaine où des savants venus d’Asie, d’Arabie et d’Afrique se sont laissés guider par l’étoile jusqu’à Bethléem. Ils racontent l’histoire du temps qui vient où l’étoile du matin, brillante entre les plus brillantes, reprendra la tête du ballet des gens et des choses réconciliés. Le ciel reprend son visage impénétrable et s’immobilise. Seules les bouffées d’encens du thym et du romarin montent de la terre. Les villageois regardent les silhouettes complices du curé et du berger. Les silhouettes se lèvent et les villageois font de même. Le berger dresse ses deux bras vers le firmament en signe de bienvenue. Car elle vient…

Elle vient comme une bonne nouvelle, brillante entre les plus brillantes, l’étoile du matin, l’étoile du berger. Elle étincelle de joie. Elle scintille, paisible et émue ; elle sourit aux êtres et aux choses et à ce petit peuple debout sur la crête de la Sainte-Victoire. Elle leur parle avec douceur, avec chaleur : « Moi Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous annoncer tout cela dans les Eglises. Je suis le descendant de la famille de David, je suis l’étoile brillante du matin. » Et le berger s’écrie : « L’Esprit et l’Epouse disent : Viens ! ». Et le curé reprend : « Que celui qui entend cela dise aussi : Viens ! ». Et il ajoute : « Que celui qui a soif vienne, que celui qui veut de l’eau de la vie la reçoive gratuitement. »

Et tous s’assoient. Ils gardent longtemps le silence. Les yeux fixés sur l’étoile du berger qui entraîne dans sa ronde le cortège céleste. Lentement le cortège s’efface. Il laisse place aux premières lueurs de l’aube. Et tel un prisonnier libéré, le soleil jaillit de sa nuit, apporte chaleur et lumière à la terre et aux hommes. Mais longtemps encore l’étoile s’attarde dans les replis lointains des arrières cieux. Comme une promesse, comme une présence : « Tant que les étoiles et le soleil vous entoureront, mon amour vous guidera ».

Ils s’en sont allés, chacun de leur côté. Les moutons et les chiens sur les pas du berger gitan. Les paroissiens sur les pas du curé. Sans mot dire. Sans maux dire. La honte effacée. Le mal vaincu. La joie naissante, intacte comme un enfant nouveau-né dans le fond d’une étable. Ils emportent, plantée dans leur cœur, une étoile qui les guide désormais. Ils s’en sont retournés dans leur petite église, pour la messe de ce jour de Noël, dans ce petit village provençal au pied de la Sainte-Victoire. Et puisque la veille, les enfants ont été privés de la bénédiction que l’aïeul de chaque famille prononce en allumant la bûche dans l’âtre, c’est Monsieur le curé qui l’a dite :

« Alegre, Alegre, Diou nous alegre, cachofué ven, tout ben ven, Diou nous fague la graci di veïre l’an que ven. Se sian pas mai que siguen pas men ». (« Soyons joyeux, Dieu nous garde joyeux. Noël vient, tout bien vient, Dieu nous fasse la grâce de voir l’an qui vient. Si nous ne sommes pas plus, que ne soyons pas moins. »).

L'étoile du matin

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Publié dans L'heure du conte

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L'étoile de Noël

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

L'étoile de Noël
12 décembre! Le saviez-vous? C'est la journée du poinsettia, l'étoile de Noël !
Nous ne pouvions laisser passer cette occasion au cours de notre Avent 2014, consacré aux étoiles !
Nous vous offrons donc une brassée d'étoiles de Noël avec leur histoire et même un petit conte rapportant la légende de leur naissance...
L'étoile de Noël

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C’est  Joël Poinsett, ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Mexique, médecin et botaniste passionné, qui ramena vers 1828 l’étoile de Noël dans son pays et donna son nom à la plante. En commémoration de sa mort, le 12 décembre 1851, le congrès des Etats-Unis décida d’instaurer la journée nationale du Poinsettia le 12 décembre. Ainsi, chaque année depuis le milieu du 19e siècle, le poinsettia est célébré ce jour-là aux Etats-Unis où l’on offre traditionnellement des étoiles de Noël. La coutume gagne peu à peu l’Europe et plus particulièrement les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne et la France.

L'étoile de Noël

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A l’origine, les Aztèques l'appelaient « Cuetlaxóchitl » en nahuatl (mot provenant de «Cuetlaxtli» ,peau, et de «Xochitl» , fleur) que l’on peut traduire par  «Fleur de peau» . Selon une ancienne légende Aztèque, la plante est née d’une histoire d’amour tragique au cours de laquelle le cœur brisé d’une déesse aztèque laissa tomber au sol des gouttes de sang qui donnèrent naissance à l’étoile de Noël.

A cette époque le poinsettia était plus apprécié pour des raisons pratiques que décoratives :  ses bractées servaient à faire un pigment rouge utilisé pour les textiles et les produits cosmétiques, la sève laiteuse de la plante pour fabriquer un médicament contre la fièvre, les feuilles appliquées en cataplasmes pour les maladies de la peau. et en boisson pour accroître la production de lait chez les femmes qui allaitaient.

L'étoile de Noël

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Le poinsettia a maintenant pour nom  au Mexique «Flores de Noche Buena» (Fleur de la Nuit Sainte) car c’est à Noël que les bractées du poinsettia changent de couleur et que la plante est en pleine floraison !

Ce charmant petit conte rapporte comment ce nom lui a est venu :

L'étoile de Noël
L'étoile de Noël

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Publié dans L'heure du conte

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La précieuse étoile (conte oriental)

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Nous avons lu sur le site http://: http://www.puiseralasource.org/contes_noel.htm ce joli petit conte oriental et nous avons envie de le partager avec vous aujourd'hui...
La précieuse étoile (conte oriental)

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La précieuse étoile

(vieux conte oriental)

 

Il était une fois, il y a fort longtemps, une petite étoile qui venait de tomber du ciel s’égarant en plein champ sur la planète terre. Elle était splendide cette petite étoile, étincelant de mille feux, elle scintillait pour tout le monde. Mais elle était bien seule, elle ne voyait jamais personne. Pourtant comment ne pas être vite repérée quand on scintille de la sorte.

 

A ce moment-là, un méchant loup qui rodait dans les environs cherchant à se mettre quelque chose sous la dent, aperçut l’étoile. En un éclair, il était sur elle, cherchant à la dévorer. Elle était effrayée. Ne pouvant la croquer - car on ne mange pas une étoile ! - le méchant loup entrepris de l’enterrer. Comme seule défense, l’étoile ne peut que briller plus fort pour aveugler le loup. Mais bientôt elle sent qu’elle étouffe, elle se sent perdue et son éclat diminue !

 

Survint une pauvre femme, tout occupée à ramasser des branches mortes pour chauffer sa maison. Le loup, surpris, s’enfuit à toute jambe laissant la petite étoile à moitié morte. La femme doucement s’approche… De ces mains délicates, elle écarte la terre qui écrase la malheureuse étoile. Peu à peu, reprenant espoir, elle se remit à vivre, et bientôt, elle brille de tous ses feux.

- « Oh, se dit la femme, je vais l’emporter dans ma maison, elle éclairera mon mari quand il reviendra du travail ! »

 

Abandonnant ses branches mortes, la femme recueille la petite étoile dans ses deux mains ouvertes en forme de coupe… et toute joyeuse, regagne sa maison. Arrivée chez elle, elle dépose sa précieuse découverte sur un socle près de la porte. De retour, le soir, le mari est tout étonné par la vive clarté qui l’accueille en franchissant la porte.

- « Qu’est ce que cette chose brillante ? » demande l’homme. Et la femme lui raconte la merveilleuse aventure qu’elle vient de vivre.

- « Elle nous est précieuse, cette étoile, dit l’homme, gardons-la pour nous. »

- « Non dit la femme, mettons-la dehors, elle éclairera tous ceux qui passeront près de notre maison ! ».

 

-« Et plus l’homme disait : « Gardons-la pour nous », plus la clarté de l’étoile diminuait, diminuait, diminuait… Plus la femme disait : « Mettons-la dehors, elle éclairera les passants » plus l’étoile brillait.

L’homme prépare une place sur le rebord extérieur de la fenêtre, et y dépose le brillant trésor… Depuis ce jour, la petite étoile n’a pas quitté sa fenêtre … Et sa clarté est de plus en plus vive.

 

La précieuse étoile (conte oriental)

Publié dans L'heure du conte

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Notre conte de l'Avent 2014 : Ki N'dodo et les étoiles

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Notre conte de l'Avent 2014 : Ki N'dodo et les étoiles
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Jour après jour, chapitre après chapitre, nous vous avons fait vivre cette année les aventures de Ki N'dodo, telles que nous les a racontées notre vieille amie, la femme sans âge du pays de n'importe où.
Etes-vous bien installés pour (re)lire ce conte ?
Le voici dans son intégralité :
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(Dimanche 30 novembre 2014)

En été, lorsqu’il fait bien chaud, nous aimons commencer au jardin notre nuit, allongés dans les transats en regardant le ciel étoilé. Pierre y voit des étoiles filantes que Nicole manque inévitablement parce qu’elle regarde tous les coins du ciel à la fois…

Les meilleures nuits pour cette contemplation sont les nuits sans lune : les étoiles les plus lointaines se voient d’autant mieux. Or, vous le savez, nous recevons souvent la femme sans âge du pays de n’importe où, qui rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter ses histoires de n’importe quoi.

Eh bien, cet été, elle est venue nous rejoindre alors que nous regardions les étoiles par une nuit sans lune et nous a ainsi interpellés : «  Eh ! Bonsoir mes bons amis ! Alors, vous aussi, vous aimez regarder les étoiles  les nuits sans lune ? » « Bonsoir, curieuse amie ! Vous aussi, vous contemplez les étoiles les nuits d’été ? » « Oh non, oh non ! Je suis bien trop occupée à parcourir le vaste monde ! Mais je connais un jeune garçon de mon pays de n’importe où qui… » «  Racontez-nous : il fait si doux ce soir ! » «  Alors, voici l’histoire de Ki N’dodo… »

(Lundi 1er décembre 2014)

Il est, au pays de n’importe où, qui est fort vaste, comme vous le devinez, une contrée qui se nomme « Kiéou ». Cette contrée se situe dans une zone où il ne pleut jamais et où le sable tout doux et les cailloux rugueux alternent sous le soleil et le ciel bleu. Au milieu de cette contrée aride jaillit une grande source qui se répand en frais ruisseaux le long desquels poussent généreusement des palmiers, des manguiers, des orangers, des cannes à sucre, du maïs, du blé, des tomates, des fèves et même de l’herbe … bref, de quoi nourrir toute une population et bien des animaux.

Cette belle région s’appelle aussi « Kiéou », tout comme ses habitants, les « Kiéou ». Les Kiéou se reconnaissent à ce que tous leurs noms commencent par « Ki », à commencer par leur chef, le sorcier « Kisétou ».

Au bout de l’oasis, sous les derniers palmiers avant le désert, se trouve la maison de Ki Vafor, le papa très en forme et sa femme Ki Doudou, la maman toute douce. Ki Vafor et Ki Doudou ont six enfants qui ont, chacun leur caractère :

- Ki Atoubon, le grand frère modèle : il sait déjà tout faire : irriguer le jardin, cultiver les légumes, récolter les fruits, nourrir le bétail, cuisiner, réparer la maison et même chasser les animaux sauvages qui rôdent dans le sable ;

- Ki Senbon, la grande sœur coquette : elle sait aussi faire beaucoup de choses au jardin et dans la maison mais elle adore aussi  se parer de très beaux bijoux qu’elle fabrique elle-même ;

- Ki Riankor, le frère toujours joyeux : il n’est pas encore aussi costaud que Ki Atoubon mais il participe à tous les travaux d’un cœur si joyeux que tous ceux qui l’entourent rient de bon cœur avec lui ;

- Ki N’Sépa, la sœur indécise : elle sait faire beaucoup de choses mais elle aime tant que tout soit parfait qu’avant de se lancer  qu’elle réfléchit, réfléchit, réfléchit et réfléchit encore et encore …

- Ki Essibel, la jolie petite sœur, vient de naître : c’est un tout petit bébé tout joli !

- il y a aussi  Ki N’dodo, notre héros, qui était le petit benjamin jusqu’à l’arrivée de Ki Ebel. Lui, il  n’a jamais sommeil ; il est pourtant très actif et très vif mais il n’a pas besoin de dormir comme ses frères et sœurs et lui suffit  de s’allonger dehors dans le sable et de regarder le ciel…

(Mardi 2 décembre 2014)

Ki N’dodo aime tant et tant regarder le ciel toujours si pur à Kiéou que parfois, il en vient à oublier qu’il y a une terre sur laquelle il vit. Le jour il plonge dans le vaste océan cobalt et le soir il se noie dans l’immensité outremer et marine entraîné loin, très loin dans l’univers noir  par le scintillement des étoiles. Les astres le fascinent. Il aimerait pouvoir les toucher ou même que toutes les étoiles viennent à lui et le recouvrent comme un dais de brocart doré.  Il serait comme un roi… et il rêve, et il rêve…

« Ki N’dodo ! tu as encore la tête dans les étoiles ! » vient lui dire tendrement Ki Doudou, sa maman. « Il faut venir manger ». Et Ki N’dodo arrive en secouant ses jolies boucles brunes tout en souhaitant pouvoir un jour « avoir la tête dans les étoiles » pour de bon.

Lorsqu’il arrive à table, toute la famille rit de lui.

Ki Atoubon, le grand frère modèle demande si ses étoiles l’aideront à entretenir le potager et à chasser les bêtes nuisibles, Ki Senbon, la grande sœur coquette lui concède que les étoiles sont très belles mais bien trop inaccessibles pour décorer la maison, Ki Riankor, le frère toujours joyeux, rit aussi de voir son petit frère si étonné, Ki N’Sépa, la sœur indécise ne sait pas si elle doit rire ou pleurer de l’embarras de Ki N’dodo. Seule Ki Essibel ne dit rien … parcequ’elle ne sait pas encore parler mais elle lance quand même un grand  « arrreuhhhhhhhhhhhh ! » qui laisse Ki N’dodo très perplexe… Pourquoi est-il aussi incompris des siens ?

Dès le repas fini, Ki N’dodo participe au nettoyage de la table et part vite retrouver son ciel.

En chemin …

(Mercredi 3 décembre 2014)

En chemin Ki N’dodo retrouve ses camarades, en vacances comme lui,  qui lui demandent s’il vient se baigner avec eux dans la rivière. Ki N’dodo hésite : il avait vraiment envie de contempler son beau ciel bleu et de se perdre, loin, loin dans l’azur. Mais il aime bien ses compagnons de jeu aussi et il fait si chaud que les jeux dans l’eau doivent être bien délicieux… et notre ami Ki N’dodo décide de suivre ses camarades.

L’eau de la rivière est très claire. Le sable doré scintille au fond de l’eau comme une nuée d’étoiles et  on  voit les poissons multicolores (oui, multicolores car au pays de Kiéou, tout est très beau) s’ébattre et danser en rondes élégantes. Ki N’dodo et ses amis aiment participer à leurs ballets en agitant leurs pieds au milieu des rondes. Les poissons sont effarouchés et sautent en tous sens, les éclaboussant pour leur plus grand amusement. Des gouttes d’eau jaillissent en tous sens, attrapant les rayons du soleil et retombent sur les enfants comme une douce pluie dorée. Et Ki N’dodo murmure : « que c’est beau … on dirait une pluie d’étoiles ! Comme j’aimerais que les étoiles du ciel viennent ainsi à moi en une pluie d’or… ».

Entendant son murmure, ses compagnons s’esclaffent bruyamment et chantonnent en dansant autour de lui : « Ki N’dodo a encore la tête dans les étoiles, Ki N’dodo a encore la tête dans les étoiles, Ki N’dodo a encore la tête dans les étoiles … ».  Ki N’dodo sourit doucement : « décidément personne ne voit comme le ciel est beau et profond, et… » Et il lève les yeux vers le ciel pour se perdre dans son azur.

Mais l’un des enfants, Ki Fémal, un garçon un peu plus âgé que les autres se penche vers lui …

(Jeudi  4  décembre 2014)

Mais l’un des enfants, Ki Fémal, un garçon un peu plus âgé que les autres se penche vers lui et lui susurre à l’oreille : « tu as raison de rêver, Ki N’dodo, une pluie d’or, c’est merveilleux et moi je sais comment tu pourrais réaliser ton rêve… ».

Ki N’dodo revient sur terre et le regarde : « vraiment, Ki Fémal, tu sais comment réaliser mon rêve de voir une pluie d’étoiles tomber sur moi ? ». « Oui, oui, répond Ki Fémal, mais c’est un secret que je ne peux te raconter ici, devant les autres. Retrouve-moi ce soir, au puits tout noir ». Et Ki Fémal s’éloigna aussitôt.

Le puits tout noir était un lieu où personne n’allait jamais car il s’y était passé des évènements mystérieux et inquiétants et les parents de  Ki N’dodo ont interdit fermement à leurs enfants de s’y rendre sous aucun prétexte. Ki N’dodo, très troublé, quitte  l’eau pailletée de la rivière et ses compagnons de jeu, se demandant s’il doit se rendre au rendez-vous de Ki Fémal. D’un côté, il a une très grande envie de savoir comment il pourrait réaliser son rêve de voir les étoiles se poser sur ses épaules, de l’autre il sait que ses parents ont toujours raison … enfin ! sauf quand ils lui reprochent d’avoir la tête dans les étoiles…

Il chemine, songeur, sur le chemin du retour, lorsque, soudain, une ombre immense le recouvre….

(Vendredi  5  décembre 2014)

Craintivement, Ki N’dodo relève la tête pour voir, non son beau ciel bleu, mais … le grand sorcier Ki Sétou, chef de la contrée de Kiéou ! Pour être un grand sorcier, Ki Sétou est un grand sorcier. D’abord, il est grand, très grand : quand Ki N’dodo est devant lui, il doit regarder si haut, si haut pour voir son visage que la tête lui tourne presque autant que lorsqu’il plonge dans le ciel étoilé. Ensuite, Ki Sétou a appris tant et tant de choses ici et à travers le vaste monde qu’il est un des plus grand savant du siècle. L’oncle Ki Valaba, le grand voyageur, le dit très souvent : jamais il n’a rencontré d’homme aussi savant que Ki Sétou. Ki Sétou a aussi de très grands pouvoirs, à nuls autres semblables : il peut, par exemple, grâce à sa puissante pensée être en plusieurs lieux à la fois pour aider ceux qui sont dans l’embarras. Ki Sétou est très grand et très savant mais il sait aussi rire et réconforter les siens.

Et justement, le grand sorcier Ki Sétou a remarqué la démarche hésitante de Ki N’dodo. Il l’interpelle jovialement : « Eh bien, mon garçon ! Tu sembles très surpris ! Ne m’as-tu pas vu venir devant toi ? Je suis pourtant assez grand pour être aperçu de loin … !  Tu sembles bien préoccupé et tu n’as pas ton beau regard d’enfant qui a la tête dans les étoiles … Raconte-moi ce qui te préoccupe tant …»

(Samedi  6  décembre 2014)

Ki N’dodo est très gêné par la question du grand Ki Sétou.

Il aimerait bien tout lui raconter : combien il rêve  qu’un jour les astres viennent à lui au point d’être recouvert par une pluie d’étoiles, comme un grand manteau de chef, à quel point il souffre que tout les monde rit de lui et de « sa tête dans les étoiles »  et comment son camarade Ki Fémal a laissé entendre qu’il pouvait réaliser son rêve.

Ki N’dodo devine que le grand Ki Sétou lui interdira, comme ses parents, de se rendre au puits noir. Alors, il se contente de lui confier  qu’il aime passionnément le ciel et les étoiles et qu’il aimerait un jour ne vivre que pour elles.

Mais Ki Sétou connaissait déjà son histoire et lance son grand rire jovial qui rend le sourire et la joie à tout être vivant : « allons, allons, mon garçon ! tu es encore bien jeune pour décider de ton avenir ! Il te faut apprendre encore tant de choses ! Apprends bien tes leçons à l’école puis parcours le vaste monde et tu pourras t’approcher des étoiles ! »

Ki N’dodo lève les yeux vers Ki Sétou et, le regardant très fort, découvre au fond des prunelles du grand chef deux étoiles de bronze scintillantes… et ne sait quoi répondre.

Le grand Ki Sétou devine que Ki N’dodo ne lui a pas confié tous ses soucis mais n’insiste pas et au moment de le quitter, lui tend simplement la main ouverte pour lui donner …

 (Lundi 8 décembre 2014)

Epuisé par toutes ces questions, Ki N’dodo décide de s’arrêter en chemin sur un banc de sable tiède et de partir loin, très loin dans le ciel bleu, deviner où se cachent de jour les étoiles du soir…

Mais c’était sans compter sans ses frères Ki Atoubon et Ki Riankor de retour d’une cueillette de dattes avec leur âne trébuchant sous le poids des paniers remplis des beaux régimes bruns. « Hi, hi, hi, s’esclaffe Ki Riankor tu as les yeux tout bleus d’avoir trop regardé le ciel ! ». « Pfffff compatit l’aîné, Ki Atoubon, tu préféreras donc toujours contempler ton azur plutôt que nous aider dans nos travaux ? »

Ki N’dodo se sent penaud : il aimerait bien faire quelque chose mais il ne sait jamais quoi faire. Et puis, il est trop petit encore pour faire les mêmes tâches que ses deux grands frères. Et puis il oublie tout quand il plonge dans l’infini du ciel. Et puis, il passe tant de temps la nuit à regarder les étoiles sans dormir qu’il est toujours fatigué dans la journée. Et puis… Et puis… oui ! C’est ainsi, il a la tête dans les étoiles et ne sait pas en sortir. Ses deux frères ironisent : « Ce n’est pourtant pas ainsi que tu pourras manger et vivre plus tard… ! »

Ki N’dodo, baisse la tête et rentre avec eux à la maison pour les aider à vider les paniers de dattes mais il n’est pas heureux pour autant…

… il sent pourtant la chaleur du tout petit livre dans le fond de sa poche, le touche du bout des doigts et voit les deux belles étoiles de bronze au fond des yeux du grand Ki Sétou : « Il te faut apprendre encore tant de choses ! ». Ki N’dodo sourit : « Alors j’apprendrai ! »

( Mardi 9 décembre 2014)

Mais la journée se termine et la nuit arrive, recouvrant Kiéou de son beau manteau étoilé. Ki N’dodo n’a bien sûr pas encore envie de dormir et prend sa couverture pour aller s’allonger sous ses étoiles chéries. Au passage, il sent de doux effluves de jasmin : sa grande sœur Ki Senbon va sans doute se promener avec son amoureux…

Ki N’dodo choisit avec son soin sa butte de sable tiède, qu’il creuse délicatement pour être confortablement installé. Il s’allonge sur sa couverture et lève les yeux vers l’immensité de velours et se perd dans ses chères étoiles. Il les aime tant. Il voudrait tant jouer avec elles comme avec autant de brillantes amies… ce serait si bon qu’elles viennent sur lui  comme un beau manteau d’or… il serait comme un roi…

Et soudain, il se rappelle les paroles de Ki Fémal,  qui prétendait savoir comment réaliser son rêve et le rendez-vous ce soir au puits noir. Le puits noir !  La seule évocation du lieu le fait frissonner : pourquoi ses parents interdisent-ils d’y aller ? Est-ce vraiment si dangereux ?  Après tout, Ki Fémal y va souvent et reste bien en vie… Et  Ki Fémal connaît le moyen de réaliser son rêve… Ki N’dodo imagine alors ses amies scintillantes descendre doucement vers lui et se poser une à une sur sa tête, ses épaules, ses bras, son corps tout entier… et il rayonne de mille feux…

Après tout, Ki Sétou lui a bien dit qu’il avait tant de choses à apprendre : il  commencera donc par découvrir le mystère qui entoure le puits noir. Et puis, il a le grand-petit livre dans sa poche et même s’il ne l’a pas encore ouvert pour le lire, il sait que lorsqu’il le tient dans sa main, il voit les yeux rassurants du grand chef… Prenant son courage à deux mains, Ki N’dodo se lève, replie sa couverture et part en direction du puits noir…

(Mercredi 10  décembre 2014)

Curieusement, même s’il a la « tête dans les étoiles » Ki N’dodo  est courageux et futé. Il est vrai qu’il a le sens de l’observation, lui qui suit le mouvement des étoiles dans le ciel chaque nuit et qu’il ne craint pas de partir loin, très loin dans l’immensité céleste et noire. Mais il lui est bien nécessaire de faire appel à tout son courage pour avancer jusqu’au puits noir, tout au bout du dernier pavé de la dernière route  à la dernière limite du pays de Kiéou.  Chaque pas l’éloigne de sa maison et de sa butte de sable clair sous les étoiles pour l’entraîner vers des ombres de plus en plus nombreuses. Peu à peu, les étoiles disparaissent du ciel qui devient noir d’encre et Ki N’dodo se demande s’il pourra aller jusqu’au puits noir sans embûche. Voilà pourquoi les parents interdisent ce lieu !

Ki N’dodo serre fort son petit livre au fond de sa poche et voit les yeux de Ki Sétou , comme deux étoiles de bronze, un peu sévères ce soir : « Il te faut apprendre encore tant de choses ! » … mais lesquelles ? Le puits noir est-il le bon lieu pour apprendre de nouvelles choses ? Pourquoi n’en a-t-il pas parlé à ses parents ou au grand Ki Sétou ? Peut-être ne reviendra-t-il jamais du puits noir ?

Ki N’dodo hésite à continuer, craignant de trébucher et de tomber dans l’obscurité sans pouvoir se relever.  Et ce ciel sans étoile est si inquiétant !  Ki N’dodo peut supporter les railleries sur « sa tête dans les étoiles », il peut se lancer sans peur dans l’infini du ciel parmi les étoiles, mais ce lieu où toutes les étoiles ont disparu est trop angoissant…

Il décide de retourner sur ses pas  quand il entend soudain un susurrement à côté de lui …

(Jeudi 11  décembre 2014)

« Ssstop ! ». Ki N’dodo sent un frisson lui parcourir le dos… A-t-il bien eu raison de se lancer sur ce chemin sans lumière et sans étoile ? « Sssalut ! C’est ici ! » … et Ki N’dodo reconnaît la voix de Ki Fémal étrangement déformée dans la nuit : il était donc bien arrivé au fameux puits noir et un deuxième frisson le traverse. « Ccc’est bien Ki N’dodo ! Si tu as eu le cran de venir jusqu’ici, tu pourras suivre le sentier vers ton rêve si ambitieux ! » . « Je pourrais vraiment voir les étoiles descendre sur mes épaules ? » murmure Ki N’dodo tout intimidé ? « Sssûr ! Mais il faudra me suivre sans poser de question ! ».

 « D’accord, d’accord ! »  répond Ki N’dodo qui frémit déjà en imaginant les étoiles sur ses épaules, oubliant le doux parfum de Ki Senbon, sa grande sœur coquette  les rires de Ki Riankor, son frère toujours joyeux , les conseils de Ki Atoubon, son grand frère modèle  la perfection de Ki N’Sépa, sa sœur indécise , les babillements de Ki Essibel, sa jolie petite sœur, le tonus de Ki Vafor, son papa très en forme et les tendres câlins de Ki Doudou, sa maman toute douce…

Plus rien n’existe que son rêve et Ki N’dodo serre encore son petit livre au fond de sa poche : les deux yeux de bronze de Ki Sétou éclaire alors la nuit et Ki N’dodo croit entendre sa voix grave le prévenir que Ki Fémal n’est pas un garçon sérieux et qu’il ferait mieux de suivre ses conseils : « Il te faut apprendre encore tant de choses ! Apprends bien tes leçons à l’école puis parcours le vaste monde et tu pourras t’approcher des étoiles ! ».

« Ccc’est bon ? Tu me suis ? C’est tout de suite ou jamais !». L’ordre de Ki Fémal tombe, sèchement. Ki N’dodo hésite encore un peu puis se dit qu’après tout, tout le monde dort à la maison et qu’il a bien le temps de suivre Ki Fémal pour cette nuit seulement.

Il avance à tâtons la main dans la nuit et se sent brusquement attrapé et tiré en avant dans le noir…

(vendredi 12  décembre 2014)

C’est la main de Ki Fémal, sèche et dure, qui l’entraîne ainsi jusqu’à un muret. « Ccc’est la margelle du puits noir, Ki N’dodo,  c’est ici le départ pour la réalisation de ton rêve. Mais avant, il faut que tu me donnes un gage de ta confiance. As-tu de l’argent ? ».  « Non, non, je n’ai rien : je ne suis qu’un enfant… » « Alors, c’en est fini de ton rêve… ». « Attends, attends, je veux vraiment le réaliser : je peux te donner ce petit livre ».

Il fouille au fond de sa poche et tend dans l’obscurité le cadeau de Ki Sétou vers la main de Ki Fémal qui le saisit promptement. Ki N’dodo voit dans la nuit, deux petites étoiles de bronze réduites à un trait : c’est le regard courroucé du grand sage. « Comment peux-tu donner mon cadeau ainsi à ce vaurien de Ki Fémal ? N’as-tu pas honte ? Tu n’es pas digne de ma confiance…. ». Et Ki N’dodo baisse la tête dans le noir, honteux.

Mais Ki Fémal  a soupesé le don de Ki N’dodo et réagit vivement : « Il est minuscule ton livre ! Que veux-tu que j’en fasse ? C’est un gage trop petit ! Je n’en veux pas. Au revoir ! ». Ki N’dodo reprend aussitôt son petit livre, soulagé de n’avoir pas eu à donner un cadeau reçu mais fort inquiet quant à la réalisation de son rêve.  Vite, vite, trouver un autre gage… Découragé, il hausse les épaules lorsqu’il sent glisser quelque chose sur son bras : sa couverture ! Sa chère couverture de laine tissée, compagne de ses contemplations du ciel sur le sable tiède…

Ki N’dodo retient vite Ki Fémal : « J’ai un autre gage à te donner que tu pourras aisément revendre : ma couverture ! » et il la lance dans sa direction.  Ki Fémal l’attrape au vol : le lainage est doux, moelleux et résistant,  de très bonne qualité ; il est très grand et Ki Fémal imagine déjà  le profit qu’il pourra en tirer. « Cccc’est bon ! Je prends ! Voici en échange, quatre petits sacs à accrocher à ta ceinture : ils te seront utiles pour notre voyage ». « Un voyage ? Il ne sera pas trop long ? Je dois être rentré à la maison demain matin, moi ! » « Sssilence ! J’ai dit : pas de question ! Allons-y, vite ! ».

Et dans le même temps, Ki Fémal pousse lestement  Ki N’dodo par-dessus la margelle du puits noir…

 (samedi 13  décembre 2014)

Ki N’dodo se sent basculer et tomber, tomber, tomber… Il fait noir, si noir … Il sent les parois humides et gluantes du puits frotter ses bras et se jambes nues… Aucun autre bruit que le léger sifflement de l’air. La peur lui noue le ventre. Où va-t-il ? Est-il seul ? Où est Ki Fémal ? Il crie : « Ki Fémal !  Qu’as-tu fait ? » - « Pas de question, j’ai dit ! Laisse-toi glisser et ouvre ton premier petit sac  » répond son étrange camarade qui semble l’accompagner dans sa chute folle.

Ki N’dodo, bien peu rassuré, obtempère et dénoue vite le lacet de son premier petit sac, espérant y trouver un secours. Mais le petit sac ne contient ni parachute, ni corde, ni aucun élément solide : rien ! Il se sent perdu. Avant même qu’il n’ait eu le temps de comprendre, il ressent soudain sur le dos une grande claque : plouf ! Il plonge dans l’eau !  Aucun doute, il a atteint le fond du puits et son eau sinistre ! «Je suis perdu, se dit-il, je vais me noyer et personne ne viendra me chercher au fond du puits noir puisque personne ne sait que je suis venu en ce lieu interdit ! »

« Ouvre donc les yeux, nigaud, lui crie alors  Ki Fémal : tu viens d’arriver en un lieu où ton rêve se réalisera ! ». 

Est-ce bien possible ? Aussi vite ? Craintivement, Ki N’dodo  desserre ses paupières, l’une après l’autre, écarte ses longs cils, entrouvre les yeux, un peu, puis plus, ose un regard en biais, puis droit devant, il tourne la tête pour voir un peu plus encore, regarde encore ici et là et garde  finalement les yeux grands ouverts, tout écarquillés devant le spectacle qui s’offre à lui ! 

( dimanche 14 décembre 2014)

Ki N’dodo baignait dans l’eau … mais pas dans l’eau morte du puits noir. Non, dans une belle eau mordorée et délicieusement salée. Dans une eau tiède aux mouvements lents et balancés qui entrainaient Ki N’dodo comme une douce valse. La lumière semblait venir de haut, très haut ; elle était atténuée mais éclairait suffisamment toute une vie merveilleuse.

Il y avait des algues de toutes sortes et de toutes les couleurs qui venaient caresser la peau de Ki N’dodo. Il y avait des rochers moussus et des massifs de coraux aux vives couleurs. Et dans ce magnifique décor, passaient ici et là, en ondulant voluptueusement, mille et mille poissons de toutes sortes qui venaient se présenter un à un, lui racontant qui ils étaient et comment ils vivaient au fond de cette mer, si loin de la maison de Ki N’dodo.

« Ki Fémal, quel miracle ! Les poissons me parlent et je les comprends ! » « Eh oui, c’est la magie du petit sac ! Et tu n’es pas au bout de ton étonnement : ton rêve va se réaliser ! Il suffit que tu le veuilles suffisamment fort… ! »

Ki N’dodo s’étonne : mais je ne vois pas le ciel ? Comment les étoiles pourraient-elles descendre sur mes épaules ? » Ki Fémal ricane : « Pas de question, j’ai dit ! Emet ton vœu ! » Ki N’dodo obéit et dit doucement : « Je souhaite que les étoiles viennent sur mes épaules… » . A peine avait-il prononcé sa phrase que des ombres innombrables surgissent au-dessus de lui, planant dans les reflets moirés de l’océan, avant de se poser une à une sur ses épaules …

 (lundi 15 décembre 2014)

Ki N’dodo se met à rire, chatouillé par toutes ces petites caresses… son rêve se réalisait-il enfin ? Il tend le bras pur voir ses chères étoiles et découvre, ô stupeur ! Des êtres marrons et grumeleux, à la fois raides et mous,  doux et râpeux : ce ne sont pas des astres célestes… ce sont des étoiles de mer ! Ki N’dodo est déçu,  très déçu.

La joyeuse compagnie des étoiles de mer ne sait comment le consoler et, se tenant les unes aux autres par la pointes de leurs petites branches, l’entourent d’une ronde endiablée : «Nous sommes tes étoiles, nous sommes tes étoiles ! ». Ki N’dodo leur adresse un triste sourire pour les remercier du beau spectacle quand soudain, tous les poissons l’enveloppent dans un banc serré et l’entraînent au fond d’une caverne : le requin ennemi vient patrouiller dans les parages, sinistre ombre noire.

Au fond de la caverne Ki N’dodo retrouve Ki Fémal, en train de récolter des perles précieuses.

Il libère alors toute sa colère : « Ki Fémal, tu es un traître !  Je n’ai pas pu réaliser mon rêve ! ». Ki Fémal ricane, les poches pleines. « Allons, allons Ki N’dodo ! N’as-tu pas vu venir sur tes épaules des étoiles ? » « Mais ce ne se ne sont pas les étoiles du ciel ! Tu ne m’as emmené au fond de la mer que pour ton intérêt ! Je veux réaliser mon rêve ! » « Tu dramatises bien les choses ! Sans moi et sans ce petit passage au fond de l’océan, tu n’aurais jamais connu tout ce monde merveilleux : n’as-tu pas appris bien des choses ici ? » « Oui, oui, mais ce n’est pas mon but : tu m’avais promis de réaliser mon rêve et je t’ai donné ma belle couverture en gage, non ? »

Ki Fémal ricane de plus belle : « Eh bien, monsieur l’impatient : quittons ces lieux sur le champ ! Ouvre donc ton deuxième petit sac ! »

Ne voyant pas d’autre issue, Ki N’dodo détache de sa ceinture son deuxième petit sac et l’ouvre

(mardi 16 décembre 2014)

Tout comme le premier sac, le deuxième était vide mais : ô surprise ! Ki N’dodo et Ki Fémal se retrouvent soudain sur la terre ferme, au milieu d’un grand champ où  toute une équipe de personnages très sérieux va et vient entre des camions et des structures bizarres.

Ki N’dodo est très intrigué. Sachant que Ki Fémal ne répondra à aucune de ses questions malgré son assurance permanente, notre héros s’approche de l’équipe pour voir ce qui suscite chez eux une telle animation. Il soulève les cordes qui entourent le champ et entre. Tout à coup, un membre de l’équipe l’interpelle : « Holà ! Toi là-bas ! Tu n’as rien à faire ici ! N’as-tu pas vu qu’il est interdit de pénétrer sur ce terrain ? » « Mais Monsieur, répond très poliment Ki N’dodo, je l’ignorais. Je vous prie de m’excuser mais je suis à la recherche d’une pluie d’étoiles. Il parait que je peux en trouver ici… ? ».

Le grand personnage très sérieux regarde les yeux candides de Ki N’dodo et se met à sourire : « Ah, mon garçon !  Pour ça oui ! Tu pourras en trouver des pluies d’étoiles ici…  Veux-tu savoir comment ? » Ki N’dodo n’en croit pas ses oreilles : « oh, oui, vraiment, j’aimerais le savoir ! ». « Eh bien, viens avec moi mais fais très attention à ne pas marcher n’importe où : cela peut être très dangereux… » Et voilà Ki N’dodo parti avec son nouvel ami, tout fier de lui expliquer tout le matériel très bizarre que l’équipe installe dans le champ : « ici : une spirale, ici : une chandelle, ici : un bouquet, ici : une fontaine (Ki N’dodo, sourit, rêveur), ici une bombe, ici : un volcan (Ki N’dodo frissonne, un peu inquiet) ici : un soleil, ici : des  étoiles… » A ce mot, Ki N’Dodo explose de joie : « Des étoiles ! Mais, mais je ne vois rien d’autre qu’un tube et des fils ! » « C’est normal, mon garçon : c’est le dispositif qui permettra aux étoiles d’apparaître ce soir ! » Et le grand personnage très sérieux lui explique tout le fonctionnement de l’appareil. Ki N’dodo reste muet d’étonnement et plein d’impatience d’assister le soir même à la pluie d’étoiles … son rêve se réalisera-t-il donc ?

Le soir venu, Ki N’dodo prend place sur un banc désigné par le grand personnage très sérieux et, en attendant l’arrivée de la nuit noire, se tapote doucement les épaules pour se tenir chaud et peut-être bien pour les préparer à recevoir la pluie d’étoiles…

Soudain un grand sifflement déchire l’air suivi d’une détonation puis d’un éclat de lumière blanche dans le ciel. Ki N’dodo, surpris, sursaute. A peine le silence revenu, d’autres détonations, plus puissantes et plus nombreuses lui font bondir le cœur en tous sens : des milliers et des milliers d’étoiles de toutes les couleurs jaillissent et retombent vers lui … mais n’arrivent jamais jusque sur ses épaules ! Le spectacle est magnifique  mais son rêve, son beau rêve de voir les étoiles du ciel se poser sur ses épaules ne se réalisera pas encore ce soir !

Ki N’dodo, après avoir bien remercié le grand personnage très sérieux pour la beauté du spectacle, se met à la recherche de Ki Fémal et le trouve derrière un bosquet en train de faire des paris avec quelques gogos de passage. « Ki Fémal ! Les étoiles ne se sont toujours pas posées sur mes épaules ! » « Bien sûr, petit nigaud : il s’agissait d’un feu d’artifice ! C’est comme des étoiles et tellement plus coloré, non ? » « Non, non, non ce n’est pas mon rêve : ce sont les vraies étoiles que je veux voir venir sur mes épaules ! ». Ki Fémal, qui commençait à perdre son dernier pari, prit son petit camarade par les épaules  et lui dit : « Tu as raison, allons ailleurs chercher ton rêve : ouvre le troisième petit sac ! ».

(Mercredi 17  décembre 2014)

Ki N’dodo ouvre donc son troisième petit sac, aussi vide que les deux premiers, émet son vœu avec ardeur et … se retrouve sous une tente qui ne ressemble en rien à celles qu’il avait pu voir à Kiéou. Pas de coussins, pas de draperies aux couleurs chatoyantes, pas de tapis, mais de la toile kaki, un tapis de sol en plastique et une grande table sur tréteaux ! Où la magie de Ki Fémal l’a-t-il encore emmené ? Voyant le regard sceptique de son camarade, Ki Fémal fait le fier : « Ici, je t’assure tu pourras avoir des étoiles sur les épaules ! Mais je te  laisse un moment car j’ai des affaires importantes à réaliser ici ! » Il soulève un pan de la toile et s’éclipse aussitôt.

Ki N’dodo est encore tout abasourdi quand entrent à grandes enjambées quatre hommes bottés et armés et parlant haut et fort. Effrayé, Ki N’dodo cherche où se cacher mais les quatre hommes l’ont déjà vu. « Ha-ha, mon gaillard ! Que fais-tu donc là ? Tu es bien jeune pour venir t’entraîner avec nous ! » Ki N’dodo bredouille alors « Je suis là par hasard : c’est le petit sac qui m’a emmené ici pour réaliser mon vœu le plus cher… » « Et quel est ce vœu si important, mon gaillard ? » « Je … je … je voudrais avoir des étoiles sur mes épaules ! »

Les quatre hommes s’esclaffent bruyamment. « Ha, ha, ha ! Ton petit sac ne t’a pas trompé : il est bien possible d’avoir des étoiles sur les épaules ici ! Ha, ha, ha ! » Ki N’dodo ne sait ce qu’il doit penser et timidement se risque à demander : « Et vous, vous, vous avez eu des étoiles sur les épaules ? » . Les quatre hommes rient de plus belle : « Ah ça oui, mon gaillard ! Nous avons reçu des étoiles sur nos épaules ! » « Et que faut-il faire  pour recevoir les étoiles sur ses épaules ? » Attendris par sa naïve insistance, les hommes lui répondent « Si tu le veux vraiment très fort, malgré ton jeune âge, nous allons t’apprendre ce qu’il faut faire pour recevoir des étoiles sur ses épaules… Viens par ici… »

(Jeudi 18  décembre 2014)

Ki N’dodo suit les quatre hommes soudain bien sérieux dans un grand bâtiment où il reçoit tout un paquetage avec tenue et équipement du parfait soldat… en petite taille ! Commence alors un entraînement intensif : Ki N’dodo est emmené sur un terrain où il doit grimper à la corde, sauter des obstacles, ramper dans la boue. « Tout ceci est-il bien nécessaire ? » « Ah, mon gaillard, si tu veux être digne d’avoir des étoiles sur les épaules, tu dois t’y soumettre : nous aussi l’avons fait avant toi ! »

Notre Ki N’dodo  se prend au jeu, s’entraîne, et s’entraîne, et s’entraîne encore pendant des jours et des nuits dans cette terre épaisse qu’il n’avait jamais rencontrée dans son pays. L’observant de loin, les quatre hommes sont stupéfaits de voir comment il s’adapte et réussit son entraînement et décident de le conduire dans des salles de cours où on lui enseigne toutes les matières scientifiques et techniques nécessaires à la stratégie militaire. Là encore notre Ki N’dodo fait preuve de dons exceptionnels pour son âge.

Au bout d’un long, très long temps, les quatre hommes l’interrogent : « Comment  donc as-tu pu résister ainsi et apprendre aussi vite ? » Et Ki N’dodo répond tout naturellement : « Mais c’est parce que je veux réaliser mon rêve de voir des étoiles sur mes épaules ! » Les hommes sourient alors mystérieusement et l’un d’entre eux ouvre une armoire, décroche une veste et la pose sur les épaules de Ki N’dodo : « Ton vœu se réalise, Ki N’dodo, tu le mérites bien : vois, tu as maintenant des étoiles sur les épaules ! ».

Ki N’dodo, perplexe, se dirige vers un miroir et regarde la veste. Sur les épaulettes sont cousues quatre belles étoiles dorées. A voir le regard ému des quatre hommes c’est un très grand honneur mais … Ki N’dodo est horriblement déçu : ce ne sont pas les étoiles du ciel !  Avoir fait autant d’efforts dans la terre et la boue pour ces petites broches… Très triste, il rend la belle veste aux quatre hommes et s’en va, à la recherche de Ki Fémal .

Mais Ki Fémal n’est nulle part : l’entraînement de Ki N’dodo a duré trop longtemps et les activités douteuses de son camarade au milieu des armes ont éveillé l’attention des gardes qui l’ont renvoyé hors du camp d’entraînement.

Ki N’dodo est seul ! Tout seul loin de son beau pays de Kiéou ! Que va-t-il devenir ??

(Vendredi 19  décembre 2014)

Ki N’dodo tâte alors sa ceinture et retrouve le dernier petit sac donné par Ki Fémal.  Est-il bien raisonnable de l’ouvrir ? Le premier l’a conduit dans les eaux de la mer, le deuxième sous les feux d’artifice et le troisième dans la terre du centre  militaire : où le quatrième petit sac peut-il l’emmener ? Le ramènerait-il chez lui, à Kiéou ? Ou au milieu des vraies étoiles ?  Ki N’dodo décide de tenter sa chance et ouvre le dernier sac en énonçant, pour la quatrième fois son vœu : « je voudrais voir les étoiles du ciel se poser sur mes épaules ! »…

… Et hop ! le voilà transporté … en pleine forêt, en haut d’une montagne ! L’air est léger, si léger et si parfumé par les résines des arbres : Ki N’dodo le respire goulument. Mais la forêt est très sombre et il fait très froid. Ki N’dodo frissonne et regrette la couverture donnée en gage à Ki Fémal et le bon équipement militaire qui l’avaient protégé avant. Il ne peut même plus se plaindre auprès de  Ki Fémal  et il commence à se souvenir avec regret de son village, de sa maison, de  ses amis, de sa famille, même s’il se sentait toujours tourné en dérision parce qu’il « avait la tête dans les étoiles »…  Ah ! Comme il aimerait retrouver le tonus de son papa Ki Vafor, la douceur de sa maman Ki Doudou, le bon exemple de son grand frère Ki Atoubon, le parfum de sa sœur Ki Senbon, les plaisanteries de son frère Ki Riankor, les questions de sa sœur  Ki N’Sépa, et les babillements de sa petite sœur Ki Essibel !

Pour avoir moins froid et, peut-être, pour ne pas pleurer, il serre ses poings dans ses poches et retrouve le petit livre que lui avait donné le grand Ki Sétou. Il ne l’a toujours pas ouvert mais en le serrant dans main, il se souvient du grand rire jovial de Ki Sétou  et de ses paroles : « Il te faut apprendre encore tant de choses ! Apprends bien tes leçons à l’école puis parcours le vaste monde et tu pourras t’approcher des étoiles ! », « Dans ce livre tu trouveras des images  et tu trouveras des messages : si tu te perds un jour, il te dira où est le chemin… ». Et dans la forêt obscure, il se souvient des deux grandes étoiles de bronze de Ki Fétou , brillant au milieu de son visage et posées avec bienveillance sur lui.

« Ah !  Que dirait le grand Ki Fétou de tout ce qui m’arrive ? Pourquoi ne lui ai-je pas confié mon rêve plutôt qu’à Ki Fémal ? Il ne m’aurait pas abandonné ainsi en un lieu inconnu ! Comme les conseils de Ki Fétou me manquent ! Comme j’aimerais lui poser maintenant des questions ! Comme j’aimerais qu’il soit avec moi maintenant ! »

(samedi 20  décembre 2014)

Ki N’dodo est encore perdu dans sa songerie, seul au fond de la grande forêt sombre quand surgit tout à coup une grande silhouette. Deux yeux brillent dans la nuit, tels deux étoiles de bronze : Ki Sétou ! Ki N’dodo se frotte les yeux, incrédule et bégaie : « Ki, Ki Sétou ? Grand Ki Sétou est-ce toi ? Comment es-tu venu ici ? » « Allons, allons, jeune homme ! Comme tu le sais, je peux être en plusieurs lieux à la fois pour aider ceux qui sont dans l’embarras ! Il me semble que tu es bien malheureux, tout seul ici … Pour commencer, voici une couverture bien chaude pour te protéger du froid et un sac avec des provisions. Raconte-moi un peu comment tu es arrivé sur cette montagne. A Kiéou, tout le monde s’inquiète pour toi et craint même que tu ne sois mort car voilà bien longtemps que tues parti sans donner aucune nouvelle…»

Aussitôt pelotonné dans la couverture douillette, Ki N’dodo répond : « Oh, merci grand Ki Sétou ! Comme je regrette d’avoir ainsi quitté ma famille et mes amis ! J’ai suivi sottement Ki Fémal qui m’avait promis de réaliser une nuit le rêve qui me tenait tant à cœur … » « Et quel rêve donc est si important pour toi,  Ki N’dodo ? » Dans l’obscurité, Ki N’dodo rougit : «  Je, je, enfin, j’aimerais voir un jour les étoiles que j’aime tant descendre sur mes épaules… » En prononçant cette phrase Ki N’dodo n’est plus très sûr que ce rêve soit si important pour lui : il aimerait tant maintenant retourner à Kiéou au milieu des siens… Il poursuit : « Ki Fémal m’avait assuré  qu’il savait comment faire grâce à quatre petits sacs mais le premier nous a emmenés au fond des eaux de l’océan, le second sous les feux d’artifice, le troisième dans la terre d’un camp militaire où Ki Fémal m’a abandonné et le quatrième vient de m’amener ici, à l’air pur mais bien loin de mes étoiles ! ».

Ki Sétou part de son grand rire jovial : « Allons, allons, jeune homme ! Tes étoiles ne sont pas si loin, sais-tu ? Regarde là-bas, au bout de ce petit sentier : on devine une lueur. C’est la fin de la forêt. Prends ce chemin et tu retrouveras tes étoiles. Mais ce qu’il faut savoir, Ki N’dodo, c’est que ton rêve n’est que poésie et que jamais les étoiles ne viendront un jour se poser sur tes épaules. Ce serait même trop dangereux ! » Et Ki Sétou, raconte à notre héros comment sont constituées les étoiles, leur place dans le ciel,  et quels ravages peuvent faire les météorites quand elles viennent tomber sur terre.  Ki N’dodo écoute, passionné, un peu triste d’accepter que son rêve ne puisse un jour devenir réalité mais si heureux d’apprendre tant de choses sur ses chères étoiles.

«Ne sois pas triste : tu as déjà appris beaucoup de chose en traversant les quatre éléments : eau, feu, terre et maintenant air : tu en sais déjà plus que les jeunes de ton âge.  Mais il faut maintenant que tu reviennes à Kiéou. Je viens de t’enseigner la position des étoiles dans le ciel : fies-toi à elles pour retrouver ton chemin. Et pour le reste, as-tu gardé le livre que je t’ai donné autrefois ?»  Ki N’dodo rougit encore dans la nuit. « Euh, oui, je l’ai toujours au fond de ma poche… mais dans toutes mes aventures, je n’ai pas eu le temps de l’ouvrir… » « Ou pas l’envie de lire ? » Et le beau rire de Ki Sétou emplit de nouveau la forêt et le cœur de Ki N’dodo. « Eh bien jeune homme, quand tu te poseras des questions sur le chemin du retour, ouvre ton livre : il t’apprendra bien des choses encore… Reviens vite : nous t’attendons tous ! » Il rit encore une fois si fort que Ki N’dodo se sent transporté de bonheur pour longtemps, et longtemps encore et soudain…

(Dimanche 21  décembre 2014)

… le rire disparaît et avec lui les deux belles étoiles de bronze qui éclairaient l’obscurité de la forêt : le grand Ki Sétou avait disparu !

Mais, tout habité encore par le grand rire de Ki Sétou, et réchauffé par la merveilleuse couverture, Ki N’dodo  se sent empli de force et de confiance : plus besoin de petits sacs pour aller plus loin, plus besoin d’attendre que les étoiles ne viennent sur ses épaules ! Il sait ce qu’il doit faire maintenant : retourner chez lui en suivant la carte des astres ! Pour commencer, il décide de se restaurer et ouvre le sac donné par Ki Sétou, plein des mets délicieux qu’il aimait tant déguster à Kiéou. Ragaillardi, Ki N’dodo se lève et prend le petit sentier en direction de la vague lueur qui éclaire le fond de la forêt.

Arrivé au bout du chemin, Ki N’dodo reste muet de stupeur : un spectacle merveilleux s’offre à lui !  La forêt fait place à des grandes prairies, argentées par le givre sous la lueur de la lune et des étoiles. Du haut de sa montagne, Ki N’dodo domine tout le pays, et plus loin encore : là-bas, là-bas et encore là-bas est le pays de Kiéou et son village, et sa maison, et sa famille et ses amis… Dès demain, il prendra son sac et sa couverture et partira vers ce qui est devenu son rêve le plus cher et tout à fait réalisable : rentrer chez lui…

Avant tout, il s’agit de repérer sa position pour préparer sa route. Ki N’dodo, bien enveloppé au chaud dans sa couverture, s’allonge sur un rocher et plonge son regard dans l’immensité du ciel et les étoiles que maintenant il peut nommer une à une … Castor, Pollux, Sirius, An-ta-rèsssss …ssss… zzzz…Ki N’dodo s’est endormi !

Alors qu’il dort d’un profond sommeil, paisible et bienheureux, Ki N’dodo ressent une bien étrange sensation.

 (Lundi 22  décembre 2014)

C’était comme une petite caresse, ou plutôt, de petites caresses, ou de délicats picotements. Partout, sur son visage, sur ses épaules… Ki N’dodo frissonne légèrement sous sa couverture et ouvre doucement les paupières. Il ne fait plus nuit mais le ciel est gris, très gris et, tombant du ciel, une à une, légères et blanches, de petites étoiles scintillantes viennent se poser sur lui, sur son visage, sur ses épaules ! Mal réveillé, Ki N’dodo explose de joie : son vœu s’est réalisé ! Les étoiles descendent sur lui ! Son rêve n’était que poésie mais la poésie vient de rejoindre la réalité : les étoiles viennent à lui…

Vous l’avez deviné : ces jolies étoiles scintillantes, légères et blanches peu à peu deviennent un beau tapis blanc : la neige ! Ki N’dodo qui n’avait jamais vu de neige, se réveille tout à fait et contemple la féérie blanche qui s’offre à lui. Non, non, ce ne sont pas ses chères étoiles, il le sait bien,  mais tout est si beau ! Il se lève, secoue sa couverture, son sac et se lance dans une danse un peu folle à travers les arbres et les rochers, criant de joie à l’écho qui lui répond : « You-ou-ou-ouh… » « You-ou-ou-ouh… ».

Et il tournoie, il tournoie, il tournoie encore, tout grisé de joie, jusqu’à ce qu’il arrive ce qui devait arriver : il glisse sur un rocher, culbute sur un talus de neige glacée et glisse, glisse, glisse …

(Mardi 23  décembre 2014)

Ki N’dodo glisse jusqu’au bas de la montagne et aboutit sur une tendre banquette d’herbe mouillée ! Ici, il n’ya plus de neige et le ciel est tout clair et radieux, avec une dernière étoile un  peu pâle qui brille encore, très loin, juste en direction de son pays, de Kiéou.

Ki N’dodo rassemble ses esprits, range sa couverture dans son sac et s’apprête à partir quand il sent le petit livre au fond de sa poche. Il le sort et décide, enfin, de l’ouvrir, au hasard et il tombe sur une belle histoire où une étoile montre le chemin. Tout comme cette belle étoile toute légère devant lui ! Eh bien ! Elle sera sa bonne étoile à lui, Ki N’dodo !

Et il prend le chemin du retour, le si long chemin du retour. Mais qu’importe Ki N’dodo est courageux et garde en lui la chaleur du bon rire de Ki Sétou, le merveilleux spectacle des étoiles de neige descendant sur lui et l’idée que son étoile l’accompagnera.

Le chemin est si long que notre héros doit traverser de nombreuses contrées inconnues. Dans chacune d’entre elles, il rencontre des personnes nouvelles et étonnantes qui lui apprennent tant et tant de choses, grandes et petites : ici le métier de boulanger, là les techniques d’impression, plus loin, la peinture, le tissage, la pêche, la vie des abeilles et le goût du miel, la construction, la musique, la philosophie et les religions du monde,  la danse, la culture des fleurs et la beauté des bouquets, le nettoyage, l’enseignement, et même l’art de diriger un pays … Peu à peu, le goût de lire vient à Ki N’dodo qui, timidement d’abord, puis avec assurance et plaisir, plonge chaque jour sa main au fond de sa poche pour extraire le petit livre de Ki Sétou et le lire, découvrant les réponses à ses questions.

Chaque soir Ki N’dodo consulte longuement la grande carte du ciel pour vérifier son chemin et chaque matin, il retrouve sa petite étoile, toujours lointaine.

Puis, un beau matin, l’étoile apparaît,  plus proche et plus brillante qu’avant : il arrive à Kiéou !

Le cœur de Ki N’dodo bondit de joie ! Il court vers le village et la maison de ses parents, impatient de retrouver Ki Vafor, son papa très en forme, Ki Doudou, sa maman toute douce, Ki Atoubon, son grand frère modèle, Ki Senbon, sa grande sœur coquette, Ki Riankor, son frère toujours joyeux, Ki N’Sépa, sa sœur indécise et Ki Essibel, sa jolie toute petite sœur. Mais la maison, habituellement si bruyante est toute silencieuse. 

(Jeudi 24  décembre 2014)

Ki N’dodo, inquiet, entre et trouve une jeune femme installant confortablement deux vieillards dans leurs fauteuils.

Interloqué, il demande à la jeune femme où est passée la grande famille qui habitait là. Elle lui adresse un joli sourire et lui raconte comment Ki Atoubon a bien réussi dans la vie et a créé son entreprise un peu plus loin dans le village, Ki Senbon s’est mariée et a deux enfants, Ki Riankor anime les fêtes du théâtre, Ki N’Sépa après avoir longtemps hésité a choisi le métier d’enseignante et habite à l’école. « Et mes parents ? Et Ki Essibel, mon joli petit bébé de sœur ? » La jeune femme lui sourit à nouveau : « Mais nous sommes là, Ki N’dodo ! Papa et Maman sont maintenant bien fatigués et ont cessé de travailler ; quant à moi, Ki Essibel, je suis restée avec eux pour veiller sur eux ! Nous t’attendions patiemment car le grand Ki Sétou nous a assuré que tu reviendrais un jour.».

Ki N’dodo, confus, se penche aussitôt vers elle et vers ses parents pour les embrasser tendrement : le grand voyage est terminé et son vrai vœu de retrouver sa famille vient de se réaliser ! Mais … il se penche ? Son périple a duré si longtemps qu’il est devenu un homme : « Tu es si grand maintenant ! » lui dit avec admiration Ki Doudou. « Et tu as maintenant la tête bien sur les épaules ! » ajoute Ki Vafor avec un clin d’œil. Et tous les quatre, heureux se mettent à rire.

Tout à coup un grand rire jovial résonne dans la maison. Ki Sétou vient d’entrer : « Eh bien Ki N’dodo te voilà arrivé au bout de tes peines ! » Et Ki N’dodo va vers lui … et doit se pencher à nouveau pour le saluer : il est devenu plus grand que le grand Ki Sétou ! Ki Sétou repart de son beau rire en voyant son étonnement : « Mais oui, Ki N’dodo, moi aussi je vieillis : mes cheveux sont blancs maintenant et mes yeux ne voient plus si bien ! Et toi, tu es un homme maintenant ! Un homme tout nouveau !Mais je t’attendais et je voudrais que tu viennes maintenant avec ta famille et tout le village assister à un évènement important. » Et Ki Sétou disparaît comme il est venu.

Ki Essibel et Ki N’dodo aident leurs parents à se lever et, bras dessus, bras dessous, se rendent sur la place du village où ils retrouvent le reste de la famille et du village avec force embrassades et salutations. Ki N’dodo, sollicité de toutes parts commence à raconter ses aventures lorsqu’apparaît Ki Sétou. Le silence se fait et Ki Sétou intervient : « Je suis maintenant bien vieux et bien fatigué et je sens mes forces faiblirent mais je sais que je peux transmettre mes pouvoirs à l’homme le plus savant qui soit, un homme tout neuf,  qui est passé du rêve à la réalité, qui a traversé maintes tribulations en apprenant encore plus de choses que je n’en connais, et qui a su lire le livre de toutes les sagesses. Ki N’dodo, tu es devenu le plus grand et le plus sage parmi nous désormais.  Je te transmets tous mes pouvoirs : tu seras désormais le grand Ki N’dodo ! ».

Tout le village se réjouit et acclame Ki N’dodo qui remercie, très ému.

Croyez-vous que Ki N’dodo se met à discourir, à rire où à serrer des mains et des mains ?

Non, il se retire tranquillement dans sa chambre, sort de sa poche son petit livre qui contient tant de réponses à ses questions et l’ouvre pour méditer sur son nouveau rôle et la façon dont il pourra, à son tour, aider ceux qui l’entourent. A force d’avoir été lu et relu, le petit livre est devenu un gros, un très gros livre. Dehors, la nuit était venue avec toute ses belles étoiles et tout au loin, une étoile plus brillante. C’était la nuit de Noël, celle où en chaque homme peut renaître un homme nouveau. Ki N’dodo ferme son livre et le titre apparaît : « La Bible ».

***

« Ainsi s’achève l’histoire de Ki N’dodo. » conclut notre femme sans âge du pays de n’importe où. « Il vécut longtemps, dispensant autour de lui l’aide et la bienveillance, apprenant aux uns et autres comment réaliser ses rêves sans perdre pied avec la réalité.  » 

Fin
Notre conte de l'Avent 2014 : Ki N'dodo et les étoiles

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Publié dans L'heure du conte

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