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Au pied de notre sapin, il se tient ...

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Grosse participation aujourd'hui avec Marino, Danie et Marie-Paule qui a fait un apport de 16 mots!  De sorte que nous atteignons 73 mots!

Vous l'attendiez avec impatience ? Voici notre traditionnel jeu de l'Avent !   Après le corbillon et le soulier, c'est au pied de notre sapin que vous devrez déposer des cadeaux....
 
Règle du jeu :

A la façon du jeu du corbillon, il s'agit, en réponse à notre question "Dans notre sapin, il se tient ... ?" d'annoncer des mots ayant une finale en "-in".    *    Pour en faire un jeu de l'Avent, nous avons corsé la règle en vous demandant de ne donner que des mots ayant un lien avec l'Avent et Noël, directement ou indirectement. Seuls les substantifs sont acceptés.    *    Chaque mot ne pourra être utilisé qu'une fois : vérifiez bien sur la liste alphabétique que vos idées (forcément géniales) n'ont pas déjà été utilisées...    *    Le gagnant sera celui ou celle qui aura donné le plus de mots. Et d'ailleurs : combien de mots notre sapin recevra-t-il ?

Pour lancer le jeu, voici deux premiers mots :

Au pied de notre sapin , il se tient....

(73 mots)

 

Alsacien , babouin , baldaquin , ballotin , bambin , Bédouin , bouquin , boursin, bottin, bovin, brodequins , burin ,capucin, cherubin , chien, chrétien , clavecin , couffin , coussin, cristallin , daim, dessin , diététicien , écrin, électricien, escarpins , essuie-main, félin, florin , foin , fusain, gamin , Gevrey-Chambertin , Gobelins , grille-pain, joint , Jourdain, lavandin, lilliputien, lutin, machin , main , malin , martien, massepain, matin , mocassin , nain, oursin , pain , parfum , passe-tout-grain , patin, pélerin , pingouin , poulain, poussin , quotidien , raisin , réveille-matin, Rintintin, romarin , rondin, sac à main, séraphin , sous-main, strapontin , tambourin , tintin , train , traversin, tricotin , vin

 

 

A vous de jouer maintenant !

 

 

Publié dans Jeux

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Les sapins (Guillaume Apollinaire)

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Les sapins

Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
A briller plus que des planètes

A briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d'automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l'hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L'été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles

Sapins médecins divagants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l'ouragan
Un vieux sapin geint et se couche

Guillaume APOLLINAIRE

Alcools (1913)

 

Publié dans Poésies

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La paix c'est comme l'enfant de Noël ....

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

La paix c'est comme l'enfant de Noël ....

 

Publié dans Beaux textes

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Notre conte de l'Avent 2016 : "On a tué Gaspard !"

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

C'est l'heure de notre conte de l'Avent 2016.  Jour après jour, nous vous rapporterons ici la dernière histoire racontée par notre amie, la femme sans âge du pays de n'importe où... Une aventure pleine de frissons... Pelotonnez-vous bien dans votre plaid préféré... !
Dimanche 27 novembre 2016

Alors que nous nous étions arrêtés dans l’église Notre-Dame à Nogent-le-Rotrou pour admirer

la superbe crèche du XVIème siècle et ses quatorze statues en terre cuite, représentant, l'Enfant Jésus, la sainte Vierge et saint Joseph, les rois mages, les bergers et plusieurs anges, nous avons reconnu derrière nous le frôlement familier de notre amie, la femme sans âge.

Vous savez, la femme sans âge du pays de n’importe où, qui rend visite, les nuits sans lune, à n’importe qui pour raconter des histoires de n’importe quoi si étonnantes que l’on ne peut s’empêcher de les écouter et … d’y croire !

La reconnaissant, nous nous sommes assis sur les chaises de bois et aussitôt elle nous a raconté une nouvelle incroyable histoire de n’importe quoi…

Hmmmm… nous sentons que vous retenez votre souffle pour écouter aussi cette histoire de n’importe quoi…

Alors, asseyez-vous et ouvrez grands vos yeux pour la découvrir avec nous …

Lundi 28 novembre 2016

Plissant ses yeux dans un sourire malicieux, notre femme sans âge se pencha vers nous :

«Vous admirez cette magnifique crèche, n’est-ce pas? On dit qu’elle est une des plus anciennes au monde mais savez-vous qu’il y en a une aussi belle au pays de n’importe où ? Elle fut même le théâtre d’un drame incroyable... »

Saisis par le ton mystérieux de notre femme sans âge, nous lui avons demandé, déjà frémissants, de nous raconter la suite de l’histoire...

« Eh bien, cette crèche se situe dans l’église de la ville dont le nom importe peu au pays de n’importe où. Cette ville était célèbre pour son église, construite au cœur du vieux quartier.

Oh, non que cette église fût très belle : son clocher était tout simple et ses façades extérieures peu décorées. L’intérieur n’attirait pas non plus le regard : peu de vitraux, une ombre qui gommait tous les reliefs, un chœur traditionnel.

Non, tout était très banal dans cette église sauf… dans une grande chapelle latérale toute discrète, un groupe de statues de terre cuite aussi grandes que des êtres humains. Des œuvres d’art d’une qualité exceptionnelle qui avaient traversé plus de quatre siècles en gardant toute la finesse de leurs ciselures, toutes leurs riches couleurs, et leurs merveilleuses dorures.

Ces statues, offertes par de puissants seigneurs du pays, représentaient la nativité avec un réalisme stupéfiant car tous les visages étaient ceux des généreux donateurs et de leurs proches. Ce groupe extraordinaire, surgissait subitement de l’ombre qui noyait l’église lorsque l’on allumait un éclairage spécial dans la chapelle.

Une telle œuvre d’art était si rare au monde qu’elle avait été classée sur la liste des monuments historiques du pays de n’importe où et qu’il était même question qu’elle soit aussi inscrite au patrimoine mondial. Des visiteurs venaient de tous les pays pour l’admirer et toute la ville dont le nom importe peu se réjouissait de l’activité qui en résultait.

Vous imaginez bien combien toute la population de la ville dont le nom importe peu était fière de sa Nativité et tenait à ce patrimoine.

Mardi 29 novembre 2016

Cette passion n’était pas récente. Depuis des siècles et des siècles, l’œuvre d’art se transformait en crèche vivante au moment de l’Avent. Des habitants prenaient les rôles de la scène sculptée, enfilaient des costumes anciens, inspirés par les habits des statues et faisaient revivre la Nativité en récitant des textes bibliques et des poèmes. Ce spectacle en plein hiver attirait aussi beaucoup de monde et les figurants étaient très fiers de tenir leur rôle de génération en génération, au point que souvent on donnait pour prénom aux enfants celui du rôle des parents.

Ainsi, Marie, la servante du café «A la Nativité», Joseph, le menuisier de la grand-rue, Hérode, le garde-champêtre, Angèle, Angelina et Angelo les enfants de chœur, Pascal, Sylvain et Olivier, guides touristiques et les trois cousins, descendants lointains des seigneurs donateurs Melchior, bijoutier, Balthazar, pharmacien et … Gaspard, parfumeur.

L’enfant Jésus était figuré par un beau baigneur en vinyle souple dont les paupières battaient à chaque mouvement.

Cette année-là, au début de l’Avent, toute notre petite équipe se préparait fébrilement en ressortant les décors et les costumes et en révisant les textes.

A l’heure de la première répétition dans l’église tous arrivèrent joyeusement bavards …

Tous ? Mais non, Gaspard avançait, encore baigné d’effluves embaumés, tête basse et pas traînant. Lui qui habituellement était aussi léger et insouciant que ses parfums avait la mine sinistre et le teint gris.

«Es-tu malade?» s’inquiétèrent ses cousins Melchior et Balthazar.

«’mffff!» répondit Gaspard

«As-tu des soucis?»

«’mffff!»

«N’as-tu plus envie de jouer ton rôle?»

«’mffff!»

Mais la répétition commençait et les trois cousins se hâtèrent vers la sacristie pour vite endosser leurs beaux costumes sans connaître ce qui se cachait derrière les «’mffff!» de Gaspard si soudainement taiseux.

Mercredi 30 novembre 2016

La répétition parut longue et fastidieuse à Gaspard, contrairement aux autres figurants tout joyeux de se retrouver. Il oublia son texte, apparut trop tôt, puis revint avec Melchior et Balthazar en oubliant sa boîte d’encens. Bref il avait la tête ailleurs, lui qui était d’habitude si exact et si joyeux.

Ses cousins le retrouvèrent après la séance, déjà rhabillé et soupirant de toute son âme d’épouvantables «’mfff ! ». « Mais enfin, Gaspard, dis-nous ce qu’il t’arrive : nous sommes très inquiets ! »

« Ah mes chers cousins ! Comment vous dire ? Je crains que vous ne vous moquiez de moi ou que vous me preniez pour un grand malade ! » 

« Non, non, promis ! Nous ne nous moquerons pas de toi : nous voulons te retrouver comme les années passées, gai comme un pinson et heureux dans notre groupe ! Sinon notre spectacle sera complètement raté ! »

« ‘mfff ! ‘mfff ! C’est si affreux ! »

« Allez, raconte tout ! »

« ‘mfff ! Alors voilà : la nuit dernière, j’ai fait un cauchemar épouvantable, à nul autre pareil. Jamais, jamais, je n’avais ressenti une semblable douleur! »

« Raconte ! »

« ‘mfff ! J’étais dans l’église, habillé de mon beau costume de roi mage quand, soudain, je recevais brutalement une claque derrière la tête, si violente que je tombais sur le dallage et que ma tête se séparait de mon corps et allait rouler entre les chaises et les prie-Dieu. Je ne pouvais ni bouger, ni crier et je sentis tout à coup le ciel noir et la nuit humide m’emporter loin de tout : j’étais mort ! »

« Ahhh ! Ce n’est qu’un cauchemar ! « répondirent en chœur Melchior et Balthazar. « Tu es toujours bien vivant, crois nous ! »

« ‘mfff ! Certes mais j’ai un tel malaise et de telles douleurs au cou depuis ce matin : je suis sûr que c’est un présage et que ma mort est proche ! »

«  Balivernes ! »

« ‘mfff ! Comme je le souhaite ! Mais souvenez-vous comme mes rêves sont souvent prémonitoires ! Souvenez-vous du numéro de loto gagnant qui m’était apparu en songe !  Et des solutions des devoirs à l’école ! Et ... »

« Oui, oui, mais cela n’avait rien à voir avec la vie et la mort… Tu as dû te tordre le cou en dormant, c’est tout! » répondirent ses cousins, un peu ébranlés par le frémissement d’angoisse qui parcourait Gaspard. « Viens prendre avec nous un bon chocolat chaud et tu dormiras mieux cette nuit ! »

Gaspard les suivit mais continua à soupirer toute la soirée.

Jeudi 1er décembre 2016

A peine rentré chez lui, Gaspard, toujours aussi abattu, poussa encore de grands « ‘mfff ! » désespérés et décida de recourir à sa solution miracle pour retrouver calme et sérénité.

Il prit son beau coffret contenant l’encens qu’il gardait toujours avec lui, même hors des spectacles, et choisit avec soin un petit cône d’encens, l’alluma et le plaça sur une élégant support, laissa la fumée monter et respira ses effluves, installé dans son confortable fauteuil.

 

Depuis qu’il avait pris ce rôle de roi mage, il avait découvert toutes les vertus de l’encens et trouvait la solution à tous ses problèmes en se laissant porter par les parfums secs de ses fumées. Il n’était pas parfumeur pour rien … !

 

Gaspard était un peu superstitieux et crédule. Après avoir lu bien des livres consacré à l’encens, il était persuadé que ces petites séances embaumées lui apportait la guérison et le nirvana. Un rhume ? Un cône d’encens au cèdre pour guérir. Un chagrin ? un cône d’encens au muguet pour retrouver le bonheur. Une peur ? Un cône d’encens au pois de senteur pour retrouver le courage.

Ce soir, craignant de ne pouvoir dormir sans cauchemar, Gaspard avait choisi un cône d’encens au jasmin. Ah ! Les soirées d’été embaumées de jasmin dans le jardin de sa tante….

Comme un accès direct au paradis….

La main sur son précieux coffret d’encens, Gaspard allongea les jambes, s’étira de tout son long, ferma les yeux, respira profondément, profondément, très profondément … et s’endormit .

Vendredi 2 décembre 2016

Gaspard dormait depuis longtemps quand tout à coup il eut la bizarre sensation d’être observé. Un peu engourdi, il se dressa dans l’obscurité mais ne vit rien. Ses yeux s’habituant à la nuit, il lui sembla voir se glisser subrepticement sur le côté trois petites ombres silencieuses.

« Eh, vous ! Qui êtes-vous ? » se mit à crier Gaspard soudain inquiet. Mais il n’y eut aucune réponse.

« Melchior, Balthazar : est-ce vous ? » Mais il n’y eut aucune réponse et Gaspard sentit un souffle passer derrière sa nuque.

« Enfin ! C’est ridicule ! La plaisanterie n’est pas drôle : je vais allumer la lumière ! » Toujours aucune réponse mais Gaspard crût entendre comme des petits rires.

 

Gaspard tendit les bras dans l’ombre, balayant l’air autour de lui tel un moulin à vent mais il ne rencontra aucun corps, aucune surface, juste de l’air un peu plus chaud comme un souffle d’été.

Il comprit alors qu’il ne s’agissait ni de Melchior, ni de Balthazar, ni d’aucun ami, ni d’aucun être humain : il s’agissait à coup sûr de gnomes venus l’enlever pour voler son précieux coffret d’encens et l’emmener sous terre. Il allait mourir !

 

Gaspard voulut se lever quand il sentit un violent coup s’abattre sur sa nuque . Une douleur inouïe le saisit, un horrible déchirement dans le cou. L’air manqua à Gaspard. Il se sentit tomber et sa tête éclata, séparée du corps.

Et … plus rien !

Gaspard était mort !

Samedi 3 décembre 2016

Le lendemain matin, lorsque la ville dont le nom importe peu se réveilla, de petits flocons de neige flottaient dans le ciel d’un gris rosé. Des enfants sortaient en poussant de grands « Ahhhh ! » suivis de rires cristallins, imaginant déjà les bonshommes de neige à construire. Des passantes mal chaussées émettaient de petits « Ahhh ! » inquiets en trottant à pas menus pour éviter de glisser. Des artistes s’extasiaient en « Ahhh ! » emphatiques et inspirés, imaginant déjà de nouvelles œuvres à créer.

 

Mais un « Ahhh ? » interrogatif et surpris retentit dans l’auberge de la Nativité : Melchior et Balthazar, venus prendre leurs petits-déjeuners comme chaque matin avec leur cousin s’étonnaient de ne pas le voir arriver. Or Gaspard était d’une régularité sans faille, surtout pour le petit-déjeuner.

 

Avec Marie, la servante, ils s’étonnaient, puis s’inquiétaient. Pourquoi donc Gaspard n’était-il pas là ? Aurait-il dormi plus longtemps, épuisé par ses inquiétudes ? Ou bien son torticolis de la veille l’empêchait-il de se préparer rapidement ? Ou bien était-il vexé par les remarques de ses cousins ? Et s’il était tombé  et ne pouvait bouger ?

 

Les deux cousins finirent par être très inquiets et décidèrent d’aller aux nouvelles. Ils avalèrent bien vite leurs petits-déjeuners et se rendirent chez Gaspard.

La neige commençait à blanchir les trottoirs et les grands pas de Melchior et Balthazar produisaient de sourds crissements. Croc, croc, croc ! Les voici arrivés devant la porte de Gaspard.

 

Ils frappèrent à la porte et attendirent… mais ne Gaspard n’ouvrit point.

Ils ôtèrent leur gants pour taper plus sec… mais ne Gaspard n’ouvrit point.

Ils crièrent : « Gaspard, Gaspard, c’est nous, Melchior et Balthazar ! Ouvre-nous ! » … mais ne Gaspard n’ouvrit point.

Inquiets, ils collèrent leur oreille à la porte … mais ils entendirent aucun bruit.

Se souvenant de leur conversation de la veille avec Gaspard, ils se regardèrent, glacés : « Ce n’est pas possible ! Il n’avait quand même pas raison ! … Non, non, non ! »

« Et si… si… si … Gaspard était mort ! »

Dimanche 4 décembre 2016

Melchior sortit de sa poche une clé que Gaspard lui avait confié un jour et cric-crac ! Il ouvrit la porte. Suivi de Balthazar, il se précipita chez son cousin et tous deux poussèrent un grand cri !

Gaspard était là, devant eux, gisant de tout son long par terre, inerte sur le sol ensanglanté. Gaspard était mort ! On avait tué Gaspard !

Les deux cousins s’approchèrent, se penchèrent vers le visage de Gaspard et virent … ses paupières palpiter légèrement ! Mais non, Gaspard était en vie ! En vie, mais avec le nez écrasé sur le sol et sanguinolent.

Ils appelèrent Gaspard doucement et lui tapotèrent les joues. Gaspard toussota un peu et ouvrit péniblement les yeux. Il se tourna vers Melchior et Balthazar, tout surpris de les voir au-dessus de lui. «Que, que faites-vous ici ? Où sommes-nous ? »

«Mais chez toi, Gaspard ! Que t’est-il arrivé ? » « Je, je ne sais pas, j’ai été attaqué cette nuit par trois petits gnomes qui m’ont assené un violent coup sur la nuque, si violent que j’ai senti ma tête éclater et se séparer de mon corps, puis je ne me souviens plus de rien… sauf la même douleur que dans mon cauchemar l’autre nuit… Je suis sûr maintenant que l’on veut me tuer ! »

Gaspard se releva et Melchior le prit dans ses bras pour l’aider à s’allonger sur le lit tandis que Balthazar courait à sa pharmacie chercher de quoi le soigner. «Allons, allons, Gaspard, ce n’est qu’un nouveau cauchemar : les gnomes n’existent pas ! Tu as simplement roulé hors de ton lit en t’agitant. Nous allons soigner ton nez, tu vas prendre un bon petit-déjeuner et l’air frais te fera du bien. Tu devrais aussi consulter le médecin pour avoir un remède pour ton torticolis et contre ces cauchemars... »

« Mais non, mais non ! Je ne suis pas malade : je sens seulement un danger de mort planer autour de moi… ! » Et Gaspard se leva pour allumer un cône d’encens au bois de santal afin de purifier son mental de toute influence négative et d’attirer les bons esprits.

Melchior leva les yeux au ciel…

Lundi 5 décembre 2016

 

Balthazar arriva avec sa trousse de secours et soigna Gaspard qui reprenait des couleurs tout en massant soigneusement son cou. « J’ai faim ! » s’exclama-t-il soudain, le sourire aux lèvres. Ses deux cousins se réjouirent : « Eh bien ! Tu retrouves ta forme ! Nous sommes rassurés ! Retournons à l’auberge pour ton petit-déjeuner ! ». Ils s’enveloppèrent chaudement et, croc, croc, croc ! Ils traversèrent joyeusement la rue enneigée pour retourner chez Marie.

 

Ils poussèrent la porte et les clochettes de l’énorme couronne de l’Avent qui la décorait tintèrent gaiement : kling, kling, kling ! Gaspard fut accueilli par d’amicales exclamations, chaque convive étant déjà au courant de ses aventures nocturnes par le « bouche à oreille », principale source d’information de la ville dont le nom importe peu.

« Gaspard n’est pas mort ! Vive Gaspard ! Le spectacle pourra avoir lieu ! »

L’arrivée de Gaspard à l’auberge prenait l’allure de l’arrivée du roi mage et de son encens à la crèche…

 

Et de joie, tous reprirent un deuxième petit-déjeuner en entourant Gaspard et en le pressant de raconter son rêve pour les uns, son aventure pour les autres. Car l’on était très partagé dans la ville dont le nom importe peu sur l’état de Gaspard : certes c’était un grand rêveur bien crédule qui se laissait influencer par ses songes mais, mais.. on ne sait jamais : certains songes peuvent être prémonitoires ...

 

Alors que l’auberge était bien emplie de rires joyeux et de parfums de croissants, de café et de chocolat mélangés, les clochettes de la porte d’entrée retentirent de nouveau : kling, kling, kling….

Mardi 6 décembre 2016

La porte de l’auberge « A la Nativité » s’ouvrit violemment et une grande bourrasque d’air froid et de flocons de neige s’engouffra dans la tiède atmosphère des petits-déjeuners. Sous la poussée, elle cogna le mur et la couronne qui la décorait tressauta, laissant choir au passage quelques boules de houx.

Tous les convives se tournèrent vers l’entrée, stupéfaits. La journée commençait avec décidément bien des remous : qui pouvait donc pousser cette porte avec tant de vigueur ?

 

Ils virent, tout petit et dodu au milieu de l’embrasure de la porte, le bedeau de l’église.

Lui , le bedeau, si calme et si tranquille, lui qui veillait chaque jour à l’entretien régulier de l’église et chaque fête ou dimanche au bon déroulement des cérémonies, lui, le bedeau arrivait ce matin essoufflé, tout rouge et bredouillant.

 

Marie le fit vite entrer, l’installa à une table et lui apporta une grosse tasse de chocolat chaud.

Le bedeau fut aussitôt entouré d’un cercle de curieux  qui, déjà oubliaient Gaspard et son aventure : « Bedeau, bedeau, que t’arrive-t-il ?  Te voilà bien agité : ce n’est pas dans tes habitudes ! »

 

Le bedeau voulut répondre mais s’étrangla dans son émotion : « ahhhhh ! ».

On le laissa boire son chocolat mais la boisson était brûlante ; il devint violacé et fut pris d’une terrible quinte de toux. Marie lui apporta une serviette et chacun attendit qu’il reprit son souffle.

 

Lorsque son visage eut retrouvé son teint naturel et sa respiration un rythme normal, la question revint sur toutes les lèvres : « Bedeau, bedeau, que t’arrive-t-il ? »

Prenant une grande respiration, le bedeau répondit : « Ah ! Mes bons amis ! Si vous saviez ! Il est arrivé un grand malheur dans l’église ! ... »

Mercredi 7 décembre 2016

« Un grand malheur, dis-tu ? » reprit l’assemblée effarée.

« Le curé… ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Monsieur le curé va bien ! »

« Un accident est survenu à un paroissien ? Un malaise ? Une chute ? Ou … ?»

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Tous les fidèles présents dans l’église sont en bonne santé! »

« L’organiste a les doigts paralysés ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Les doigts de l’organiste sont toujours aussi agiles ! »

« Un trou dans le toit ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Le toit est en bon état et l’église à l’abri des intempéries! »

« Un incendie ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Seuls les cierges ont des flammes! »

« Une inondation ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! L’église est bien au sec! »

« Le portail enfoncé par un chauffard ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Il n’y a pas eu d’accident de la circulation! »

« Des tags sur les murs de l’église ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Tous les murs sont propres et nets! »

«  Des souris ont dévoré les hosties ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Notre gros matou leur fait régulièrement la chasse !»

« La commère de notre bonne ville dont le nom importe peu a encore sévi ? »

« Oh non, oh non, Dieu soit loué ! Notre célèbre commère n’est pas intervenue aujourd’hui! »

« Alors , alors??? Quel grand malheur est survenu ? Nous n’avons plus d’idée… ! »

 

Tout tremblant, le bedeau, prit une grande aspiration et voulut se lancer dans la description du drame survenu dans l’église.

Jeudi 8 décembre 2016

Au moment où le récit aller démarrer, un curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, se leva du fond de l’auberge où il occupait seul une table et vint à la caisse payer sa note à Marie. Personne ne l’avait remarqué et tous les regards le suivirent, jusqu’à ce qu’il ait ouvert délicatement la porte et soit sorti avec un au-revoir à la compagnie agrémenté d’un sourire ni large ni petit, ni gai ni triste.

Un grand silence suivit.

Et les conversations repartirent de plus belle : « Tu le connais ? » « Non, et toi ? » « Moi non plus ! » « D’où vient-il ? »

 

A la réflexion, Gaspard se souvint de l’avoir reçu dans sa parfumerie mais ... qu’avait-il donc acheté ? Un parfum ni puissant ni léger, ni banal ni de grand nom. Balthazar aussi lui avait vendu quelque chose dans sa pharmacie ... un produit sans ordonnance et sans importance. Melchior qui accueillait beaucoup moins de monde dans sa bijouterie se souvint à son tour que l’inconnu était passé et lui avait acheté un bijou ni gros ni petit, ni précieux, ni mesquin. Et Joseph, le menuisier de la Grand-rue se rappela l’avoir renseigné sur le prix d’un meuble ni décoratif ni utilitaire, ni beau ni laid.

 

En y pensant bien, Pascal, Sylvain et Olivier, les guides touristiques, et bergers de la crèche vivante, l’avaient vu passer aussi dans la rue mais l’inconnu n’avait fait de visite ni de la ville ni de l’église avec eux. Peut-être les trois enfants de chœur, Angèle, Angelina et Angelo, facétieux petits anges qui jouaient partout dans la ville et dans l’église, le connaîtraient-ils ? Les parents leur demanderaient ce soir….

Quant à Hérode, le garde-champêtre, il ne l’avait rencontré ni dans la ville, ni dans les bois mais il allait ouvrir l’œil…

 

Et notre bedeau pendant ce temps restait, la bouche ouverte, prêt à raconter quel grand malheur était arrivé dans l’église…

Vendredi 9 décembre 2016

 

Ne trouvant plus de question concernant le mystérieux voyageur, et encore moins de réponses , les convives de l’auberge « A la Nativité » se lassèrent et, se souvenant soudain du mystérieux drame de l’église, se tournèrent vers le bedeau, toujours bouche bée, pour lui demander de raconter enfin quel grand malheur était survenu dans l’église.

 

« Bedeau, bedeau, raconte-nous donc ce qui est arrivé ? »

« Ah ! Mes bons amis, mes bons amis ! »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« C’est une catastrophe, une grande catastrophe ! »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« Lorsque je suis arrivé tôt ce matin, comme à mon habitude, pour ouvrir l’église, tout me semblait bien calme … « 

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« … mais lorsque je fis mon tour habituel, je vis, je vis… oh mon Dieu ! Quelle horreur !... »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

« Je passai devant le groupe de la Nativité dont j’aime admirer chaque jour la beauté... »

« Notre groupe de la Nativité ?» répondirent en chœur les figurants de la crèche vivante.

« Oui, oui mes bons amis, vos statues si importantes en ces jours de l’Avent... »

« Raconte, bedeau, raconte ! »

«  Ah, mes bons amis ! Il a été vandalisé ! »

« Oh non, non ! Pas nos belles statues si précieuses ! »

« Hélas, hélas, si, mes bons amis ! Le groupe de la Nativité est défiguré ! »

« Et quels dégâts ont été commis ? »

« Ah, mes bons amis : une vision d’horreur : une statue a été renversée et cassée : la tête s’est séparée du corps et a roulé sous les chaises... »

 

Un cri effrayant retentit au fond de la salle : « Noooooon ! »

Samedi 10 décembre 2016

Vous l’avez sans doute deviné, ce grand cri était celui de notre ami Gaspard qui se trouvait de nouveau confronté à son cauchemar. Blême au fond de l’auberge, il se tenait le cou, saisi de son horrible torticolis et criait : « Non, non !  On a tué Gaspard ! » ne sachant plus très bien s’il parlait de la statue ou de lui-même…

Ses amis restèrent sidérés et se demandant s’ils devaient le rassurer,se moquer ou s’inquiéter eux-même. Ses rêves étaient donc prémonitoires ? Gaspard était-il réellement visé ? Ou bien quelqu’un voulait-il gêner le spectacle de la crèche vivante ? Était-ce un symbole ?

 

Le premier temps de surprise passée, tous les occupants de l’auberge se levèrent et décidèrent d’accompagner le bedeau à l’église pour constater l’étendue des dégâts.

Chacun s’emmitoufla, Gaspard serra nerveusement sa cassette d’encens sur le cœur et la compagnie sortit dans la neige.

Croc, croc, croc, en quelques pas la petite procession avait traversé la place et se retrouva sur le parvis de l’église, toute tranquille et délicatement saupoudrée de neige.

 

A peine entrés, tous se dirigèrent rapidement vers la grande chapelle latérale où se trouvait le fameux groupe de la Nativité. Dans la lumière dorée de l’éclairage s’affichait le spectacle désolant du mage Gaspard renversé sur le dos, le cou brisé en mille miettes et la tête encore à demi cachée sous une chaise.

Un grand silence se fit puis, peu à peu les chuchotements revinrent :  « Qui a bien pu faire une chose pareille ? » « Il faut une certaine force pour renverser une statue de la taille d’un homme ! » « Quel but avait le vandale ? » « Comment réparer un tel désastre avant le spectacle ? »

 

Gaspard restait sur le côté, tremblant de peur et de colère. « Sa » statue avait été renversée, brisée et il revivait sa chute de la nuit passée.

Soudain, il se redressa dans un brusque sursaut et agrippa violemment le bras de son cousin Melchior.

Dimanche 11 décembre 2016

« Melchior, regarde vite là-bas, au fond de l’église : trois petites ombres silencieuses se sont glissées subrepticement. Les vois-tu ? » Melchior se tourna et scruta le bout de la nef mais ne vit rien. Il leva les sourcils : « Gaspard, Gaspard, tu te fais encore des idées : rien ne bouge ! Tu crois toujours que des gnomes rôdent partout ? » Gaspard approuva et regarda de nouveau dans les alentours mais ne vit plus rien. Et pourtant, et pourtant… Un peu vexé, il se renfrogna et se tut.

 

Pendant ce temps, les décisions allaient bon train dans la petite assemblée qui entourait le bedeau.

On ne se laisserait pas atteindre par l’adversité : le plus urgent était de remettre en état le groupe de statues pour redonner son cachet à l’église. Faire restaurer la statue était une opération trop longue et trop coûteuse dans l’immédiat.

Joseph, le menuisier, proposa de réaliser un système de consolidation discret en bois .

Melchior suggéra d’utiliser, pour cacher astucieusement la réparation,une draperie lamée d’or héritée de ses ancêtres.

Hérode, le garde-champêtre, se chargerait de mener une enquête aussi efficace que discrète pour trouver qui avait vandalisé l’église.

Le bedeau ferait des rondes très serrées pour surveiller ceux qui approcheraient de la Nativité.

Le curé qui venait de sortir du confessionnal, demanda qu’une jolie barrière soit posée devant la chapelle pour éviter que des curieux y entrent.

Et tous décidèrent de maintenir le spectacle de la crèche vivante et de le préparer avec un enthousiasme accru pour attirer de nombreuses entrées payantes qui financeraient les réparations.

Lundi 12 décembre 2016

 

«Des yeux injectés de sang qui brillent dans le noir : pas de doute ! Ce sont les gnomes en colère ! Ce n’est pas la statue qui était visée mais moi ! Ils veulent me tuer ! » Il se tourna vers Melchior et Balthazar pour en parler mais ils discutaient ardemment avec le groupe. « Pffff ! Se dit Gaspard, ils ne m’écouteraient pas et - surtout - ne voudraient pas me croire une fois de plus! Je vais me débrouiller tout seul et faire ma petite enquête. Mais avant, je vais me protéger du maléfice des gnomes ! »

 

Et Gaspard s’assit loin du groupe, ouvrit sa cassette et choisit soigneusement un petit cône d’encens à la pivoine qui protège et chasse les influences négatives. Fermant les yeux, il respira tranquillement la douce fumée et se sentit rassuré et réconforté. Lorsqu’il ouvrit les yeux, le point rouge avait disparu ! Comme quoi … Ses cousins avaient bien tort de ne pas croire aux vertus de l’encens…

A propos de cousins, il n’entendait plus aucun bruit : le groupe s’était dispersé après s’être réparti les tâches urgentes.

 

Lui aussi avait une tâche urgente à réaliser : trouver les gnomes qui le menaçaient et leur demander de le laisser en paix. Il resta assis dans son coin sombre, respirant les derniers effluves de pivoine, pour mettre au point son plan d’attaque : « Où trouver les gnomes ? Comment leur parler ? Surtout : comment les persuader de mettre fin à leur persécution ? »

Il rêvait ainsi depuis un bon moment quand il entendit des pas feutrés approcher et sentit une main s’appuyer sur son épaule.

Mardi 13 décembre 2016

Gaspard releva la tête et découvrit le curé qui retournait à la sacristie.

« Eh bien, Gaspard ! Je me doutais que tu étais là à l’odeur d’encens qui n’est pas celui de notre église : tu as encore fait brûler l’un de tes petits cônes ? Que fais-tu seul ici quand tous les autres sont repartis ? Laisseras-tu ta parfumerie fermée aujourd’hui ? Tu sembles bien fatigué et troublé ? As-tu des secrets à me confier ? »

 

Gaspard qui n’allait jamais se confesser, imagina vite ce que pourrait lui dire le curé s’il évoquait ses soupçons à l’égard des gnomes ! Il répondit vite : « Oh, ce n’est rien ! J’ai passé une très mauvaise nuit et je suis tombé du lit. J’ai maintenant un beau torticolis qui me fait souffrir. Mais cela passera et je vous assure que je pourrai jouer mon rôle de mage sans problème ! »

 

Le curé qui connaissait bien Gaspard eut un petit sourire, regarda la statue brisée de loin et s’éloigna tranquillement après avoir tapoté l’épaule de Gaspard en guise d’encouragement.

Gaspard regarda sa montre et tressauta. Le curé avait raison : il fallait ouvrir vite sa parfumerie ! Jamais il ne l’avait laissée fermée ! Et le passage des clients lui changerait les idées tout en le tenant informé de ce qui se passait à l’extérieur.

 

Gaspard se releva, ferma sa cassette d’encens et la serrant précieusement sur son cœur, se dirigea vers le tambour de la sortie et remarqua que la porte du sas battait encore : quelqu’un venait de sortir alors qu’il se croyait seul dans l’église !

Mercredi 14 décembre 2016

Il poussa à son tour la porte qui heurta légèrement un obstacle. Gaspard sortit et se retrouva nez à nez avec le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit. Il s’excusa de l’avoir ainsi bousculé mais l’homme se recula : «Ce n’est pas grave! C’est ma besace que la porte a cognée !» et il referma son sac après y avoir rangé un objet.

Il ajouta, avec son sourire ni large ni petit, ni gai ni triste : « Êtes-vous Gaspard, le parfumeur ? Je vous avais rendu visite il y a quelques jours pour vous acheter un parfum... » « Oui, oui je me souviens bien de vous ! » « Vous portez le nom du mage dont la statue vient d’être cassée ? »

 

Gaspard s’étonna de cet intérêt : «Ah ! Vous étiez dans l’église ? » « Oui, quand j’ai vu votre petit groupe sortir de l’auberge J’ai eu l’envie de connaître la cause d’une telle agitation et je vous ai suivi dans l’église. Mais les conversations allaient bon train et vous ne m’avez sans doute pas remarqué... Qu’est-il arrivé ? Savez-vous comment cet accident est survenu ? »

Le voyageur ponctua sa question d’un nouveau sourire, ni large ni petit, ni gai ni triste.

 

Gaspard eut une étrange sensation. Pourquoi ces questions et ce sourire étrange ? Gaspard ne se souvenait absolument pas de l’avoir vu dans l’église. Et s’il était déjà là quand toute la compagnie de l’auberge était arrivée ? Et si ce voyageur n’était autre que le responsable de la chute du mage ou plutôt l’assassin de Gaspard… et qui sait ? Son futur assassin ? Notre ami eut soudain très mal à la nuque et serra fort sa cassette contre son cœur : assurément il était en danger !

 

Il bredouilla une vague excuse et quitta aussitôt le voyageur. Il hâta le pas – croc, croc, croc dans la neige jusqu’à sa parfumerie.

Jeudi 15 décembre 2016

 

Entré dans son refuge chaud et odorant, Gaspard sentit aussitôt ses forces revenir. Il déposa soigneusement sa cassette derrière le comptoir, ôta son manteau saupoudré de neige et se secoua joyeusement : finalement il ne se sentait pas si mal… mais il fallait élaborer un plan pour trouver qui avait pu casser la statue du mage et peut-être bien en vouloir à sa propre vie …

La piste des trois gnomes lui paraissait la plus sure mais, mais ce voyageur ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit ne lui inspirait guère confiance : peut-être était-il en cheville avec les gnomes ? Leur représentant sur terre ?

 

La journée était bien avancée lorsqu’il aperçut devant sa vitrine Hérode, le garde-champêtre. « Hérode qui est chargé d’enquêter a sans doute déjà une piste... » Il tapota contre la vitre et fit signe à Hérode de rentrer dans la parfumerie.

Hérode entra en se frottant les mains : « Brrr! Il fait meilleur ici que dehors ! Comment vas-tu Gaspard ? Ton malaise est-il passé ? As-tu toujours mal au cou ? »

« Oui, oui je vais mieux mais je m’inquiète encore : qui peut bien en vouloir ainsi à Gaspard ? As-tu une piste ? »

« Non. J’ai bien ma petite idée mais je n’ai pas de preuve. » Et Hérode se frotta les mains en regardant bizarrement Gaspard.

« Penses-tu aux gnomes ? » Hérode éclata de rire : « Mais les gnomes n’existent pas ! »

 

« Et le voyageur ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit ? N’a-t-il pas un comportement anormal ? Je l’ai trouvé ce matin à la sortie de l’église, cachant un objet dans sa besace. Il commençait à me poser bien des questions mais je me suis méfié et je l’ai planté là ! »

« Cette piste me semble plus sérieuse, Gaspard, et tu n’est pas le seul à y penser : personne ne le connaît et tout le monde se demande pourquoi il séjourne aussi longtemps ici. Aucun visiteur jusqu’à maintenant n’a trouvé assez d’occupation dans notre ville pour rester plus de deux jours… J’ai demandé plus haut des renseignements sur lui et j’attends les réponses... »

Mais la porte de parfumerie s’ouvrit et nos deux compères se turent.

Vendredi 16 décembre 2016

Un joyeux babillement emplit la parfumerie : celui des trois anges de la crèche vivante, Angèle, Angelina et Angelo, les enfants de chœur. Il avait été décidé le matin de ne pas les inquiéter et de ne pas évoquer devant eux les préoccupations des adultes concernant la chute de la statue du mage dans l’église. Gaspard et Hérode changèrent donc de sujet de conversation et demandèrent aux trois angelots si leur répétition chorale qui venait d’avoir lieu dans l’église était réussie.

 

Les trois enfants se regardèrent rapidement et firent leur plus beau sourire : « Oh oui ! Nous avons chanté tous les airs de Noël qui doivent accompagner les scènes de la crèche vivante et le curé a trouvé que nos voix étaient très belles ! » Ils éclatèrent de rire, à leur coutume : « Il est vrai que sans notre chœur, le spectacle serait bien moins attrayant ! »

Gaspard et Hérode, entraînés par leur joie, se mirent à rire aussi : « Petits chenapans ! Quelle vanité ! Que faites-vous du talent des récitants et de la beauté du décor ? »

 

Mais à l’évocation du décor, tous se turent subitement et les trois enfants de chœur échangèrent de nouveau un regard en coin : «Euh ! Croyez-vous que la statue de Gaspard sera réparée ? Nous nous demandons bien ce qui a pu arriver ! »

Gaspard et Hérode se regardèrent et répondirent qu’il n’y avait pas de souci à se faire, que c’était un fâcheux accident qui serait vite réparé.

Angèle, Angelina et Angelo se firent un bref clin d’œil entre eux et éclatèrent de rire : « Tout va bien, alors ! »

 

Voyant qu’ils ne cherchaient pas à repartir, Gaspard se pencha vers eux et leur demanda pourquoi ils étaient entrés à cette heure dans la parfumerie.

Ils prirent un air de conspirateurs et baissant la voix, lui firent une importante confidence.

Samedi 17 décembre 2016

 

Les trois anges se regardèrent encore et chuchotèrent dans l’oreille de Gaspard : « Voilà, nous avons entendu nos mères dire qu’elles aimeraient porter le fameux parfum « Etoile du Matin » parce qu’il rend les papas amoureux et nous aimerions leur en offrir pour Noël. Mais nous ne savons pas si nous avons assez de sous... » Et les trois enfants tendirent vers Gaspard leurs économies avec un sourire déroutant et … angélique !

Gaspard était sans illusion « Étoile du Matin » était le parfum le plus cher de tous les parfums et les pécules avancés par Angèle, Angelina et Angelo étaient très loin du compte.

 

En les regardant pleins d’espoir, il eut le cœur chaviré : comment les décevoir quelques jours avant Noël ? Il lui vint alors une idée : « Eh bien, les enfants, c’est bientôt Noël et je vais vous donner des flacons de ce précieux parfum. Je ne vous donnerai pas la grande bouteille que vous ne pourriez pas acheter mais je vais vous offrir ces petites mignonnettes de démonstration. Le parfum est si capiteux qu’une goutte suffit pour embaumer toute une journée. Et vous pourrez garder vos sous pour d’autres achats ! » Et il emballa les petites boîtes dans du beau papier cadeau.

 

Angèle, Angelina et Angelo éclatèrent de joie et lui promirent de lui rendre service un jour en retour. Ils se mirent à danser une espèce de ronde à leur façon pleine de cabrioles et de battements de bras. Ils dansèrent tant et si bien … qu’ils finirent par renverser un présentoir si lourd qu’ils ne purent le relever sans l’aide de Gaspard et Hérode réunis !

« Du calme, les angelots ! Du calme ! Ouste ! Allez faire les petits fous ailleurs ! » Les trois enfant prirent vite leurs petits paquets et s’esquivèrent sans demander leur reste.

 

Hérode prit aussi congé, pressé de voir si les renseignements attendus sur le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, étaient déjà arrivés.

Gaspard resta seul dans la parfumerie, remettant en place les flacons tombés du présentoir.

Dimanche 18 décembre 2016

Une fois sa tâche terminée , Gaspard admira d’un regard circulaire son magasin et respira largement le parfum ambiant. « Comme le dit le poète, se dit-il, là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté... ». Et satisfait, il se tourna fièrement vers sa vitrine richement décorée pour Noël lorsqu’il fut ébloui par un éclair. « Encore une photo prise de mon superbe décor ! » pensa-t-il, un peu vaniteux mais il reconnut dans l’obscurité extérieure l’ombre du curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit et sa vanité retomba sous une brusque inquiétude. « Saperlipopette ! Ce voyageur est toujours là où on ne l’attend pas ! Pourquoi a-t-il pris un cliché de ma parfumerie ? »

Il se précipita sur le pas de la porte et regarda dans la rue mais il n’y avait personne…

 

Il était tard et Gaspard décida de fermer sa boutique et de commencer sa petite enquête avant de rentrer chez lui.

Il attrapa son manteau, son chapeau, sa cassette de précieux encens et traversa la place encore recouverte de neige : croc, croc, croc ! Il entra dans l’église pour chercher des indices.Tout était silencieux. Il s’avança vers le groupe de statue, contempla désolé, la silhouette encore décapitée de son mage préféré et frissonna : « ‘mfff ! Ce n’est pas l’acte d’un humain ! On ne me retirera pas de la tête qu’il s’agit des gnomes qui m’ont attaqué l’autre nuit chez moi... »

 

Il serra plus fort contre lui sa cassette et réfléchit. « Comment mettre fin à cette crainte permanente ? Je vais affronter moi-même les gnomes, saperlipopette ! Je me souviens que ce sont des êtres qui habitent sous la terre : il faut que je trouve une entrée sous le sol… » En réfléchissant, son regard parcourut machinalement l’église et tomba sur la pancarte : « Entrée de la crypte ». La crypte ! Un lieu souterrain et caché ! Ne pourrait-il pas s’y trouver un accès au domaine des gnomes ?

Gaspard poussa un nouveau petit soupir satisfait, serra sa cassette et courageusement s’avança vers la crypte.

Lundi 19 décembre 2016

En descendant les marches vers la salle souterraine, Gaspard réfléchissait « Ce sont des êtres minuscules mais doués de capacités extraordinaires et détenteurs de connaissances immenses. Si on les déçoit il peuvent être méchants mais ils peuvent aussi aider certains humains. Je me souviens de l’histoire du cordonnier aidé par eux… S’ils ne m’ont pas coupé la tête l’autre soir, c’est qu’ils ne me sont pas si défavorables et je pourrais même leur demander secours… S’il y a un accès à leur monde souterrain dans la crypte ! » Et notre parfumeur se hâta de descendre l’escalier, serrant toujours sa cassette contre lui.

 

La crypte qui abritait des tombeaux anciens parmi lesquels ceux des généreux donateurs des statues de la Nativité , dont un ancêtre de Gaspard, était chichement éclairée par de petites veilleuses dont la lumière vacillait. Notre ami frissonna et s’assit sur un large rebord de pierre. L’air humide sentait un peu le moisi. Il ouvrit sa cassette pour choisir un cône d’encens à la sauge dont la fumée délicate accroît la sagesse, assure la protection, exauce les souhaits et facilite la divination.

 

Il inspecta chaque recoin de la crypte, décidé à trouver un accès au monde souterrain des gnomes mais ne vit rien qu’un trou de souris ! Et pourtant ! Plus il cherchait, pus il était persuadé que la crypte devait être le bon lieu pour trouver un gnome. Sa célèbre intuition le confirmait. A son habitude, il ferma les yeux et aspira les parfums de sauge profondément pour trouver la solution.

 

Il aspira, aspira, aspira si fort que la tête lui tournait un peu. Il s’appuya contre le mur humide et resta sans bouger, à l’écoute du silence profond.

Silence profond ? Pas tout à fait : pfrrrr, pfrrrr… il entendit comme de petits frottements : enfin les gnomes ?

Mardi 20 décembre 2016

Gaspard tendit l’oreille : les petits bruits venaient du trou de souris :«’mfff ! Ce ne sont que des rongeurs qui viennent sans doute grignoter les restes de bougies ! » Déçu, il gardait les yeux fermés quand il sentit comme un petit courant d’air, juste un peu plus chaud, comme un souffle d’été… comme celui de l’autre nuit ! »

Son sang ne fit qu’un tour et il ouvrit un œil et vit se glisser trois petites ombres mais cette fois colorées et pourvus de petits chapeaux de feutres rouges : les gnomes ! Il en oublia de respirer et se tassa sur lui-même.

 

« Hep, hep ! beau Gaspard ! Nous sommes les frères Gnam’, Gnim’ et Gnum’ , tes amis gnomes. Quand cesseras-tu de nous craindre ? Voici plusieurs nuits que nous essayons de te parler mais tu fais de grands gestes, tu tombes et nous sommes trop petits pour te relever ! Nous t’observons depuis longtemps dans cette ville dont le nom importe peu car tu nous sembles le plus apte à recevoir notre aide et nos conseils mais pour cela, il faut que tu aies confiance en nous ! »

Gaspard ouvrit son deuxième œil, émerveillé : « ils » existaient bien ! Rassuré, il tendit la main et les trois gnomes grimpèrent aussitôt dedans. » Quand je raconterai notre rencontre à mes deux cousins, ils seront bien obligés de me croire ! » « Oh non, oh non, Gaspard, tu as été élu par notre petit peuple pour recevoir nos messages mais cela doit rester un secret sinon nous disparaîtrons à tout jamais.»

Gaspard promit donc de garder un silence absolu.

 

Gnam’, Gnim’ et Gnum’ eurent un petit rire futé : « Hep, hep, beau Gaspard ! Nous sommes trois et nous t’offrons la possibilité de réaliser trois vœux. Voici trois petits flacons de parfum plus que précieux que nous seuls savons fabriquer. Leurs effluves te permettront chacun de réaliser un vœu : fais-en bon usage ! » Ils rirent de nouveau , sautèrent de la main de Gaspard et disparurent dans le trou de souris.

Gaspard se retrouva seul, frissonnant dans l’air humide de la crypte avec trois magnifiques petites fioles taillées dans des pierres précieuses. Encore tout abasourdi, il ouvrit sa cassette, y rangea les trois bijoux et rentra vite chez lui, se demandant s’il avait encore rêvé.

Mercredi 21 décembre 2016

Lorsqu’il se retrouva dans sa chambre, Gaspard était épuisé. Sa rencontre avec Gnam’, Gnim’ et Gnum’ lui avait causé de fortes émotions : non seulement les gnomes existaient bien mais ils lui étaient favorables et n’étaient pas responsables de sa chute. Il n’empêchait qu’il avait toujours très mal au cou! Ah que n’aurait-il donné pour être libéré de cette douleur ! Il ouvrit sa cassette pour faire brûler un cône d’encens et retrouva ses trois fioles précieuses. « Et si je testais leurs pouvoirs tout de suite ? »

Il s’installa dans son lit, prêt à dormir et prit le premier flacon, taillé dans une émeraude. Notre parfumeur connaissait absolument tous les parfums existants mais, lorsqu’il ouvrit la fiole verte, un incroyable parfum d’euphorie et de paix intérieure l’enveloppa. Jamais il n’avait senti d’effluve aussi extraordinaire. Aucun cône d’encens ne lui avait apporté autant de bien-être. Toutes ses douleurs disparurent comme par enchantement et … il s’endormit.

 

Gaspard se réveilla le lendemain, libéré et heureux. Il arriva tout souriant chez Marie prendre son petit-déjeuner avec ses cousins, sidérés par le changement : « Comment vas-tu Gaspard ? » « C’est miraculeux ! Je suis complètement guéri ! » « Tes gnomes ne t’ont pas attaqué cette fois ? » ricanèrent Melchior et Balthasar. Gaspard eut envie de raconter sa rencontre de la veille mais il se souvint de sa promesse, se tut et rit à son tour.

 

Il n’en restait pas moins que le responsable du vandalisme n’était toujours pas connu et les conversations allaient bon train dans l’auberge, chacun rapportant ce qu’il avait entendu dire ici ou là : « Il paraît que l’on a trouvé des traces bizarres sur le sol de la chapelle de la Nativité… et des plumes dans les brisures du cou… et un coin de papier… » « ...et ce curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit qui rôde toujours à travers la ville … il paraît bien souriant mais il est certainement dangereux … pourquoi traîne-t-il ainsi ? Et que contient sa besace ? »

 

En entendant toutes ces allusions, Gaspard se souvint désagréablement de ses deux rencontres la veille avec le curieux voyageur mais l’effet du parfum d’émeraude persistait et il garda sa bonne humeur : « Je vais retourner discrètement tout à l’heure dans l’église avant la dernière répétition de la crèche vivante pour voir si notre homme s’y trouve de nouveau et avoir une explication... »

Jeudi 22 décembre 2016

La journée se passa tranquillement, sans incident et sans visite du curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit qui semblait avoir totalement disparu de la ville.

Gaspard, toujours guilleret, ferma tôt sa parfumerie, prit sa cassette et se rendit comme prévu dans l’église. Il s’installa devant le groupe de la Nativité dans un silence qui ne fut troublé que par le passage d’un oiseau que le bedeau n’arrivait pas à chasser de la nef. Les réparations provisoires avaient été faites : la statue de Gaspard était redressée, calée sur le support en bois de Joseph, son cou était caché par la très belle draperie de Melchior et une délicate barrière de bois tourné empêchait les curieux de s’approcher.

Oui, le spectacle pourrait avoir lieu devant la chapelle sans avoir à en rougir mais malgré sa bonne humeur, Gaspard gardait un malaise en contemplant l’effigie de « son » mage : « Quelle désolation ! C’est comme si j’avais toujours la tête coupée ! Comme j’aimerais que le mage soit « guéri » comme moi… ! » N’y tenant plus, il ouvrit sa cassette et prit la deuxième fiole qui était faite de rubis. Il l’ouvrit et il s’en dégagea aussitôt un merveilleux parfum de passion, de force et de noblesse : un nectar digne du roi Gaspard ! Notre parfumeur n’avait jamais rien senti de tel et ferma les yeux de bonheur.

Il entendit de petits frottements caractéristiques et un petit mouvement d’air tiède mais ne put ouvrir les yeux, envoûté par le puissant parfum de rubis. Sans doute les trois frères Gnam’, Gnim’ et Gnum’ venaient-ils lui confier un nouveau secret. Brusquement, les petits bruits disparurent, chassés par le soudain brouhaha des figurants arrivant pour la répétition.

Gaspard avait encore les yeux fermés lorsqu’il entendit des voix autour de lui s’extasier : «Venez voir ! C’est incroyable ! Gaspard est rétabli ! » Notre héros reconnut les voix des autres figurants de la crèche vivante et souriant, ouvrit les yeux pour leur confirmer que ses douleurs avaient disparu. Quelle ne fut pas sa surprise !

Vendredi 23 décembre 2016

La statue de Gaspard était réparée ! Là, devant lui : il n’y avait plus d’étais en bois, la draperie lamée gisait au sol et seules restaient quelques traces de terre sur le sol… ! Incroyable ! Les gnomes avaient réalisé son vœu !

Chacun interprétait l’événement : le curé et les paroissiens criaient au miracle, le bedeau Melchior et Joseph s’échangeaient des clins d’œil de connivence mais personne, personne ne voulut croire Gaspard lorsqu’il annonça que des gnomes avaient réalisé son vœu.

La répétition se déroula dans une telle bonne humeur générale que Angèle, Angelina et Angelo commencèrent la même ronde endiablée pleine de cabrioles et de battements de bras qu’ils avaient si malheureusement exécutée dans la parfumerie. Mais, à peine un bras levé, ils se regardèrent et s’arrêtèrent aussitôt, très embarrassés. Gaspard pensa que la leçon avait porté ses fruits.

Il n’en restait pas moins que personne ne connaissait l’origine du vandalisme. Et si l’auteur n’était pas découvert, rien ne l’empêchait de recommencer on ne sait où et d’accomplir peut-être des actes plus graves. Les conversations allaient bon train et Marie proposa de les terminer au chaud dans son auberge où elle avait préparé des chocolats chauds pour les anges et du vin chaud pour les autres figurants.

La chaleur et les vapeurs du vin épicé aidant, chacun se mit à énoncer des hypothèses et, finalement, tous tombèrent d’accord pour suspecter le seul coupable possible, celui qui avait rôdé des jours et des jours entier dans la ville dont le nom importe peu avant de disparaître brusquement, celui qui avait une grosse besace dans laquelle il cachait des secrets, celui qui avait pris une photo de Gaspard à travers sa vitrine et d’autres habitants sans demander leur accord, celui qui avait un sourire trop large trop étroit, trop gai et trop triste pour être honnête… bref, le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit !

Et plus le vin chaud faisait de l’effet, plus les vitupérations contre le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, s’envenimaient. Les trois petits anges qui engloutissaient chocolat chaud sur chocolat chaud, se taisaient et se recroquevillaient dans leur coin au fur et à mesure que les adultes s’emportaient.

Il fut décidé que Hérode porterait plainte contre le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit, et que les journalistes seraient convoqués le lendemain, veille de Noël, pour une conférence de presse.

Le mystère de la restauration subite du mage était déjà oubliée et chacun repartit chez soi, grommelant encore dans la rue. Gaspard, serrant sa cassette sur son cœur ne savait plus que penser….

Samedi 24 décembre 2016

 

« Notre bonne ville dont le nom importe peu devient folle ! Si le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit revient, il lui arrivera malheur sans aucun procès ! Que pourrais-je bien faire ? Il me reste bien la troisième fiole, la dernière et la plus précieuse, celle en diamant mais quel vœu serait utile alors que personne ne croit en mes trois petits conseillers ? » Gaspard décida d’attendre le lendemain pour aviser.

La veille de Noël arriva donc et toute la population se réunit dans la grande salle au fond de l’auberge de Marie, prête à accueillir la presse. Tout était prêt : la tribune, les chaises, les dossiers présentant « la chute de Gaspard », le vin chaud et les petits gâteaux. Hérode qui devait faire la présentation n’était toujours pas arrivé et l’on commençait à se demander qui prendrait la parole à sa place s’il tardait trop, mais les journalistes ne venaient pas non plus ! La déception gagnait les habitants et les conversations hostiles reprenaient peu à peu ici et là.

Enfin on entendit retentir les clochettes à l’entrée de l’auberge : kling, kling, kling… Hérode ? Les journalistes ?

Un silence glacial se fit. C’était… le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit avec sa besace gonflée pesant lourdement sur son épaule! Quelle audace ! Quelle indécence ! Personne ne trouvait de mot. Et Hérode qui était toujours absent !

Gaspard ressentit un grand froid et craignant le pire, se décida à ouvrir sa cassette et prit son dernier petit flacon de diamant si précieux et l’ouvrit, sacrifiant sa dernière possibilité de vœu : « Je souhaite, oh oui je souhaite comme la chose la plus précieuse au monde que la paix de Noël règne ici ! »

Le parfum se répandit dans toute la salle, un parfum encore plus exceptionnel que les deux précédents, apportant, à l’image du diamant, la pureté, l’unité, la réconciliation et l’amour. Un vrai parfum de Noël ! Tous se calmèrent.

Le curieux voyageur, ni jeune ni vieux, ni brun ni blond, ni grand ni petit s’avança vers la tribune et regarda la salle avec son sourire ni large ni étroit, ni gai ni triste. « Bonjour mes amis ! J’ai passé quelques jours bien agréables dans votre bonne ville dont le nom importe peu et je voulais vous en remercier. » Il se pencha et ouvrit sa besace. Un petit mouvement fit onduler les têtes dans l’assistance. Il sortit une liasse de journaux qu’il distribua. « Voici :je suis journaliste et je suis venu faire un reportage sur le spectacle de la crèche vivante sans qu’aucun de vous ne soit au courant pour préserver votre spontanéité. Certains m’ont d’ailleurs aperçu alors que je prenais des photos ... »

Les habitants regardèrent la une du journal : toute la première page était consacrée à la crèche avec une superbe photo de Gaspard rayonnant derrière les ors de sa vitrine et un grand titre « On a tué Gaspard ! ». Les effluves de diamant faisant leur effet, il y eut des petits cris d’admiration .

« Mes amis, j’ai été si ému de voir votre peine et votre courage devant le saccage de la statue du mage que j’ai contacté un ami, propriétaire d’un atelier de restauration qui a travaillé avec son équipe jour et nuit pour restaurer le roi Gaspard. »

Un grand « Ohhhh ! » de reconnaissance emplissait la salle juste au moment où Hérode entrait, tout essoufflé : « ah, ah ! Je confirme ! Je viens juste de recevoir enfin les réponses que j’attendais : notre voyageur ici présent est non seulement un journaliste mais le bienfaiteur de notre commune et je propose que nous citions son nom et celui de l’atelier devant le groupe de la Nativité ! » Un immense hourra emplit la salle joyeuse.

Joyeuse, enfin presque, car l’on entendit alors sur le côté trois petits pleurs.

C’étaient Angèle, Angelina et Angelo qui sanglotaient à chaudes larmes. Toute l’assemblée se tourna vers eux et leurs parents s’inquiétèrent de ce désespoir soudain. Il fallut attendre un bon bout de temps avant qu’ils se calment, aidés par Gaspard et son flacon de diamant.

« Nous, nous , nous avons si honte ! Nous avons causé un malheur et aurions pu être responsables d’un plus grand malheur encore ! »

« Allons, allons, parlez ! Vous savez combien nous vous aimons tous ! »

« C’est, c’est, c’est nous qui avons fait tomber la statue de Gaspard. Nous sommes venus un soir avec nos ailes dans la chapelle de la Nativité et pour nous amuser, nous avons dansé notre ronde pleine de cabrioles et de battements de bras… et nous avons accroché la statue qui est tombée mais elle était trop lourde et nous n’avions pas la force de la relever... »

« Pourquoi ne pas l’avoir dit, petits sots ? »

« Nous avions si honte, si honte... » et les larmes revinrent.

Euphorisés par le parfum, les adultes les entourèrent : « Votre peine vous servira de leçon. C’est Noël, réjouissons-nous tous de commencer une vie nouvelle et pleine d’espoir ! »

Tous allèrent trinquer joyeusement et Gaspard regarda dans sa cassette ses trois bijoux vidés de leurs essences précieuses : « Merci mes amis Gnam’, Gnim’ et Gnum’ grâce à vous l’esprit de Noël est revenu! »

Fin

 

 

Publié dans L'heure du conte

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Heureux Avent 2016 !

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Heureux Avent 2016 !

Nous sommes heureux de vous retrouver pour cette nouvelle période de l'Avent.

Cette année nous nous préparerons à la venue de Noël dans la fraîcheur de la nature, si souvent à l'honneur dans les traditions de l'Avent.

Nous espérons vous retrouver chaque jour pour un nouvel article de réflexion, de poésie, de conte, de chant, de recette, de jeu... N'hésitez pas à les commenter !

A suivre ...

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