Pensée du soir

Publié le par Autour de Nicole et Pierre

Pensée du soir

(...) Dans la nuit qui tombe, nous sommes tous des égarés, des consciences errantes. La pensée du soir médite un retrait du monde, dans une bonté silencieuse et solitaire. Ou bien elle rêve de se rapprocher les uns des autres dans le sentiment d’une commune vulnérabilité, au point qu’il n’y ait plus aucun espace ni écart entre nous, rien que la compassion obscure pour la commune humanité. Hannah Arendt a cependant raison : il n’est d’urgence plus grande que d’accoutumer notre regard à mieux voir par temps sombre, à mieux distinguer dans le clair-obscur ce qui reste entre nous de cette pluralité et de ces intervalles qui font que nous sommes bien, là encore, dans un monde commun. Partout sur la terre, répondant aux étoiles, les lumières s’allument.

La pensée du soir met la responsabilité au principe du monde. Elle sait que tous les actes du jour sont désormais mêlés au cours du monde, échappant aux intentions bonnes ou mauvaises de leurs auteurs. La vigilance du soir n’est pas celle du matin. Elle n’espère qu’au sens où elle sait combien le monde est petit, fragile, imparfait, livré à l’irréversible. La pensée du soir n’évoque les ancêtres qu’en pensant aux enfants, aux petits, à tout ce qui plus tard voudrait grandir. Elle ne prie pas seulement pour tous ceux qui ont été, mais pour tous ceux qui pourraient être et seront. Dans la nuit elle espère qu’un jour viendra pour chacun d’eux. Et cela lui suffit.

Olivier ABEL

L'effacement du pardon,Paru dans La Croix, série du 11/07/08 au 22/08/08

Pour lire la série intégrale :http://olivierabel.fr/nuit-ethique-l-effacement-du-pardon/pensee-du-jour.php 

Publié dans Beaux textes

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